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Les fous de Baalbek

Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:

Malko n’osait plus bouger, même d’un millimètre. L’explosion pouvait se produire s’il tendait encore plus le fil. Mais la première tension pouvait aussi avoir été le système d’armement de la machine infernale, se déclenchant alors si on relâchait le fil…
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
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— Je n’ai rien fait, bredouilla-t-il. Je suis innocent.

L’unique chance de s’en sortir. Coupable, on était automatiquement fusillé.

Le coup de crosse de Kalachnikov l’atteignit sur la partie droite du visage, lui brisant la mâchoire inférieure et plusieurs dents. Il tomba, le goût du sang dans la bouche.

— Chien de sioniste ! cria un des Hezbollahis.

Il brandit un crochet de boucher à la pointe effilée et d’un geste précis, le planta dans l’épaule de Nabil ! Il commença ainsi à le tirer vers la porte. Sous le coup de la douleur, le jeune Palestinien perdit connaissance.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était dehors. Le vent frais l’aida à reprendre ses sens. Son épaule le brûlait atrocement. Il était attaché à un poteau, dans la cour de l’école qui servait de PC aux Iraniens. Les trois Hezbollahis le mettaient en joue avec leurs Kalachnikovs. L’un hurla :

— Va retrouver le grand Satan !

Les rafales claquèrent. Nabil cria et fit sous lui. Quelques instants plus tard, il rouvrit les yeux : les Hezbollahis se tordaient de rire ! Ils avaient tiré trop haut, volontairement. On détacha Nabil de son poteau pour le ligoter étroitement à une planche. Depuis deux jours on ne cessait de le battre.

La déchirure faite par le crochet de boucher continuait à saigner. On l’installa, la tête en bas, dans un étroit couloir, et on lui arracha ses chaussures. Les Hezbollahis se mirent alors à le frapper de toutes leurs forces sur la plante des pieds, à coups de câble électrique. Nabil s’évanouit. On le ranima en lui jetant un seau d’eau glacée. Et on recommença. Puis, après ce qui lui sembla des heures, on le détacha. Il aperçut au fond du couloir la silhouette du mollah. Ses bourreaux le mirent debout.

— Va demander ton pardon, dirent-ils.

Nabil essaya de faire quelques pas. Ses pieds torturés, éclatés, en sang, se dérobèrent sous lui. Aussitôt, les Hezbollahis se ruèrent en avant, le frappant à coups de crosse sur tout le corps. L’un d’eux écrasa sa main droite, en brisant les os avec un acharnement méthodique. Jusqu’à ce qu’il s’évanouisse de nouveau.

Cette fois, lorsqu’il reprit conscience, il rencontra le regard plein de douceur de l’homme au turban blanc. Ce dernier lui tendit un gobelet d’eau et proposa :

— Frère, veux-tu collaborer avec la Révolution islamique ? Il est encore temps de te racheter. Si tu m’aides, je te promets de mettre un terme à tes souffrances, au nom de Allah le Miséricordieux.

Nabil ferma les yeux, essayant de ne pas penser à toutes les douleurs qui le taraudaient. Son cerveau était vide. Une petite voix lui disait que son interlocuteur mentait, que les gardiens de la Révolution ne pardonnaient jamais à leurs ennemis. Mais, d’un autre côté, il ne pouvait plus supporter les coups, la douleur. Alors, les mots se mirent à sortir de sa bouche, en flots pressés, si vite que le mollah avait du mal à tout noter sur son petit carnet noir. Lorsqu’il eut tout révélé, Nabil affronta avec plus d’optimisme le regard du religieux.

Celui-ci arborait un sourire rassurant.

— C’est bien, dit-il. Tu t’es racheté.

Il se redressa, lissa sa belle robe blanche et se retourna vers les Hezbollahis qui attendaient, appuyés au mur, avec un signe de tête imperceptible.

Il n’était pas encore sorti de la pièce qu’un des Iraniens appuya le canon de son Kalachnikov sur le ventre de Nabil et pressa la détente. Le choc anesthésia d’abord le Palestinien. Puis, peu à peu, la douleur se mit à monter, comme une bête qui lui aurait déchiré les entrailles. Il hurlait, suppliait, gémissait, observé par les trois Iraniens. L’un d’eux approcha de son visage, la crosse de son Kalachnikov où était collée la photo de Khomeiny.

— Embrasse-le ! ordonna-t-il.

Nabil posa ses lèvres sur le bois rugueux. Aussitôt, l’Hezbollahi ouvrit son pantalon et lui urina en plein visage …Un peu plus tard, on lui tira encore une balle en pleine poitrine qui rata le cœur. Il resta là, à agoniser jusqu’à la nuit. Comme c’était l’heure de la prière, avant de s’agenouiller vers la Mecque, un des pasdarans lui vida une partie de son chargeur dans l’oreille, lui faisant éclater la tête.

* * *

Étendu sur son lit, Malko ne pouvait s’empêcher de fixer le téléphone. Onze heures du soir. « Johnny » n’appellerait plus. Trompant son anxiété en parcourant un guide Lucas trouvé dans sa chambre, sorte de Gault et Millaut britannique. Celui-ci, faisant foin de son nationalisme, classait Air France en tête des compagnies aériennes d’Europe.

Il reposa le Lucas. Il avait mal pris l’attentat des Israéliens. Comment continuer son enquête dans la banlieue sud contrôlée par Amal ? Robert Carver appelait toutes les demi-heures relancé par Langley. À l’immeuble Shaman-di, il n’y avait plus personne.

Le téléphone sonna enfin et Malko se rua sur le récepteur. Ce n’était que Jocelyn qui avait du vague à l’âme. Il écourta et raccrocha. Avec le couvre-feu, il était hors de question d’aller à la recherche de « Johnny » maintenant, mais dès l’aube, il s’y mettrait : une seule piste : les gosses de la Cité Sportive Camille Chamoun.

* * *

Mahmoud nageait dans l’humilité et ne fit aucun commentaire lorsque Malko lui demanda de le déposer au stade Camille Chamoun. Il s’enfonça seul à travers les éboulis. Arrivé sur la pelouse centrale, il mit ses mains en porte-voix et appela à plusieurs reprises :

— Farouk ! Farouk !

Aucun écho. Ou les gosses n’étaient pas là, ou ils ne voulaient pas répondre. Il dut se résoudre à patauger dans la boue, la poche de son trench-coat alourdie par le 357 qui n’avait pas encore servi. Pourvu que les Schlomos ne l’aient pas suivi ! Il se retourna, aperçut Mahmoud, intrigué, qui l’observait du haut des gradins effondrés.

Il gagna le vieux tank détruit, où il avait rencontré Farouk la première fois. Aucune trace de vie. À partir de là, il s’orienta, cherchant à retrouver la faille entre les plaques de béton. Il tâtonna de longues minutes, s’engagea dans des impasses nauséabondes, rampa entre des blocs glissants jusqu’au moment où il arriva enfin près des deux plaques de ciment effondrées l’une contre l’autre à la façon de deux cartes à jouer. En se baissant, il y avait un espace suffisant pour s’y glisser. Ce qu’il fit. Cela sentait l’humidité et la décomposition.

Au bout d’une dizaine de mètres, il vit un couloir effondré et reconnut l’endroit par lequel il était passé. Au moins, il saurait si les gosses étaient partis.

Il fit encore quelques pas et soudain, sentit quelque chose qui accrochait le bas de son pantalon. Dans cet enchevêtrement de ferrailles, cela n’avait rien d’étonnant … Il baissa les yeux, aperçut un mince fil de nylon tendu, dont une extrémité était accrochée à son pantalon. L’autre disparaissait entre deux morceaux de ciment. Il s’apprêtait à détacher le fil, mais arrêta brusquement son geste, l’estomac serré.

Se souvenant soudain de la mise en garde de « Johnny » : « Ne revenez pas, tout est piégé, ici … »

Retenant sa respiration, il se baissa, prenant bien soin de ne pas tirer sur le fil et l’examina. Il était terminé par un hameçon de pêche qui s’était pris dans le tissu. Inspectant le sol autour de lui, il aperçut deux autres hameçons semblables qui tramaient sur le sol : sûrement des pièges explosifs, spécialité dans laquelle les Beyrouthins étaient passés maîtres. Il suivit du regard le fil. Impossible de savoir exactement ce qu’il y avait au bout. Il n’osait plus bouger, même d’un millimètre. L’explosion pouvait se produire s’il tendait le fil encore plus, mais la première tension pouvait aussi avoir été le système d’armement de la machine infernale déclenchée, ensuite, par une brusque détente du fil – Dans les deux cas, il était condamné.

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