Les fous de Baalbek
- Автор: Де Вилье Жерар
- Серия: SAS #74
- Год: 1984
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 2-84267-923-7
- Жанр: Шпионские детективы
Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
Chapitre XV
Malko se redressa, laissa se calmer les battements de son cœur et appela :
— Farouk !
Le béton lui renvoya l’écho, ironiquement. Il commençait à avoir des crampes. Le sang battait à ses tempes. Pourvu que Mahmoud s’inquiète. Seulement, il risquait d’attendre longtemps et il ignorait si l’hameçon n’avait pas armé une minuterie, bien que cela soit peu probable. Ces pièges étaient généralement assez primitifs, mais tuaient très bien.
Il s’accroupit, pour reposer ses muscles, appela de nouveau, sans plus de résultat. Il passa mentalement en revue toutes les solutions : déchirer son pantalon, se déshabiller, revenir en arrière, mais toutes comportaient un risque : il tendait ou détendait le fil …Un quart d’heure s’écoula. Il était en sueur en dépit de l’humidité glaciale. Il appela encore Mahmoud sans plus de chance. Ou les gosses n’étaient pas là, ou ils se moquaient de ce qui pouvait lui arriver … Il eut soudain une idée. En allongeant la main, il parvint à saisir un autre fil et à l’amener tout doucement à lui. Tenant l’hameçon délicatement entre deux doigts.
Alors, prêtant l’oreille dans le silence absolu, il le tendit avec précaution. Si le mécanisme était à double détente, il risquait d’entendre le petit déclic d’armement … Le fil se tendit presque autant que celui qu’il avait accroché, sans faire aucun bruit. Malko n’entendait que les battements désordonnés de son cœur. Il posa doucement le fil à terre, retenant son souffle.
Donc, la traction ne déclenchait pas l’armement piège.
Prenant garde de ne pas glisser, il bougea un peu le pied afin de détendre le fil accroché à son pantalon. Avec des gestes d’horloger, il retira l’hameçon du tissu et le posa à terre.
Enfin, il se releva, la sueur dégoulinant sur son visage. Un énorme éclat de rire le fit se retourner : appuyé sur son Kalachnikov, Farouk, le petit Palestinien, le contemplait, tordu en deux de joie. Malko était trop soulagé pour se mettre en colère …
Le gosse s’approcha, lui donna une grande tape dans le dos et s’exclama :
— Good, very good !
Il ramassa l’hameçon, se baissa, puis écarta deux pierres, découvrant un sac en plastique contenant un pain d’explosif avec différents bouts de ferraille. De quoi mettre en morceaux celui qui déclenchait le piège. Soigneusement, le gosse remit tout en place, retendit le fil, disposant l’hameçon afin qu’il s’accroche facilement. Puis, il fit signe à Malko de le suivre, ravi de sa bonne blague. Il avait un sens de l’humour très particulier …
La petite pièce où Malko avait rencontré « Johnny » pour la première fois était encombrée de caisses de munitions. Deux gosses dormaient dans un coin dans les bras de leur RPG 7 et deux autres étaient en train de manger des galettes avec des bouts de viande cuits sur un feu de braise … Le Kalachnikov sur la table, bien entendu. On fit une place à Malko et Farouk hocha la tête :
— On vous avait dit de ne pas venir. Vous avez eu beaucoup de chance.
— Je vous ai appelé, dit Malko. Vous n’avez pas entendu ?
— Si, mais je ne réponds jamais, si je ne suis pas prévenu, c’est peut-être un piège. Les gens d’Amal ne nous aiment pas, ils voudraient s’emparer des armes que nous avons et surtout des stocks d’obus de 120 mm. Nous préférons les vendre à Jumblatt.
— Ça vous rapporte beaucoup d’argent ?
— Pas mal. Mais bientôt, il n’y en aura plus …
— Et alors ?
Farouk tapota la crosse de son Kalachnikov.
— Avec ça, on peut gagner des livres … Qu’est-ce que tu veux ?
— Je cherche « Johnny ».
Le gosse secoua la tête.
— Je ne sais pas où il est.
— Il faut que je le voie, d’urgence.
Farouk ne broncha pas.
— C’est ton problème. C’est mon ami, mais je ne sais pas où il est.
— Tu l’as vu récemment ?
— Oui, hier.
Malko dissimula son soulagement. Donc, le Palestinien était vivant ! L’attentat des Israéliens avait échoué. Il tira de sa poche un billet de cent dollars et le posa sur la table.
— Trouve « Johnny », ou préviens-le. Dis-lui qu’il me téléphone, c’est très important.
Le gosse ne répondit pas, mais ne repoussa pas le billet. Malko lui serra la main et le petit Palestinien le raccompagna dans le couloir piégé. Avant de sortir, il avertit :
— Tu sais, comme tu as découvert ça, nous allons tout changer … Ne reviens pas.
Charmant bambin.
***
Malko se retrouva à l’air libre avec soulagement. Sa chemise était encore collée à son dos par la sueur. Il ne pouvait rien faire de plus. Mahmoud le regarda revenir avec curiosité.
— Où étiez-vous passé ? demanda-t-il. Je croyais que vous étiez tombé dans un trou.
— Je suis tombé dans un trou, fit Malko, mais j’en suis sorti.
Il se laissa aller sur le siège de l’Odsmobile, épuisé. C’était une bouteille à la mer. Une chance sur cent que le Palestinien se manifeste, après ce qui était arrivé. Il n’avait sûrement pas envie de risquer sa vie à cause des imprudences de Malko. Une seule autre personne pouvait l’aider : Neyla. Le temps pressait, il était sûr qu’Abu Nasra était sur le point de mettre son projet à exécution.
— Nous allons à Hamra, dit-il à Mahmoud.
Pour faire la paix avec Neyla, il fallait mettre toutes les chances de son côté.
L’avenue Clemenceau, déserte, tranchait sinistrement sur l’animation de Beyrouth Ouest. Malko poussa la porte du magasin de décoration où travaillait Neyla, et emprunta directement l’escalier. La jeune chiite était dans l’antre aux tapis, plongée dans un magazine et son regard s’assombrit en voyant Malko. Elle se leva et marcha sur lui.
— Je vous avais dit que …Son visage enfantin et sensuel était crispé par la colère. Ce qui la rendait encore plus belle. Elle devait se préparer à sortir, car le chemisier de soie et la jupe en cuir n’étaient pas vraiment une tenue d’employée modeste.
— C’était seulement pour te donner ceci, dit Malko, pour te remercier des risques que tu as courus.
Il tira un écrin de sa poche et le lui tendit. Aucune femme n’a jamais résisté à un écrin de bijoutier. Neyla l’ouvrit et poussa un cri extasié : c’était une Seiko à quartz en or. Spontanément, elle se jeta au cou de Malko, l’embrassa, d’abord sur la joue, puis sa bouche épaisse glissa et ils échangèrent un vrai baiser, étroitement enlacés. Neyla se détacha, l’air inquiet.
— Attends, viens, murmura-t-elle. Il ne faut pas qu’on nous voie.
Elle le poussa dans un bureau minuscule, dissimulé par une tenture, s’adossa à une table et mit la montre à son poignet. Elle l’admira quelques instants, puis reprit son baiser là où elle l’avait laissé. Tant et si bien que Malko, qui n’était pas venu pour cela, commença à ne plus vraiment se contrôler. Neyla continuait à se frotter contre lui.
N’y tenant plus, Malko fit glisser la jupe de cuir le long de ses hanches, découvrant les cuisses charnues.
— Tu es fou, souffla Neyla. On va venir.
À ce stade, Malko s’en moquait. Le dos appuyé à la table, Neyla se laissa prendre, gémissant, embrassant Malko, oscillant dans cette étreinte acrobatique et brève. Un bruit dans l’escalier les arracha l’un de l’autre. Les yeux agrandis par le plaisir, Neyla baissa vivement sa jupe, tandis que Malko, frustré, reprenait une tenue presque décente.