Un jeu cruel
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11800-1
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Un jeu cruel». Краткое содержание книги:
… sommeil hanté par la visite des démons…
… une forêt d’yeux pédonculés, étincelants, scrutateurs…
… un monde sec… des épines… des épines…… grincements et cliquetis de bêtes insolites allant et venant dans les murs… pourriture de l’âme… la poésie réduite en cendres, tout l’amour du monde transformé en décombres…
… des yeux de pierre braqués sur l’univers… et l’univers qui leur rend leur regard…
Chalk, extatique, lançait des coups de pied dans l’eau qui jaillissait en cascade. Il la battait de ses paumes. Youpee !
Le raz de marée du plaisir l’engloutissait, le consumait.
Et ce n’est jamais que le commencement, se dit-il béatement, un peu plus tard.
Dans le ciel comme sur la terre
Quand ils partirent pour Luna Tivoli, étape suivante de leur circuit dans l’empire de Chalk, le soleil flamboyait, mais c’était encore l’hiver. Fuyant l’hiver véritable du nord et l’hivernal été du sud, ils allaient à la rencontre de l’hiver perpétuel de l’espace.
Ils reçurent au spatioport l’accueil réservé aux V.I.P. Les caméras de télévision tournaient. La petite navette au nez camard les prit à son bord pour traverser le terrain sous les yeux émerveillés des simples mortels qui acclamaient machinalement les personnalités, quelles qu’elles fussent.
Burris était à cran. Chaque fois qu’un regard se posait sur lui, c’était comme si un nouveau scalpel le tailladait.
— Pourquoi donc as-tu accepté ? lui demanda Lona. Si tu ne veux pas que les gens te dévorent des yeux comme ça, tu n’avais qu’à refuser de faire ce voyage.
— J’ai accepté par esprit de pénitence. Pour expier délibérément la faute que j’ai commise en me détournant du monde. Par discipline.
Mais toutes ces abstractions ne convainquirent pas Lona. Peut-être glissaient-elles tout simplement sur elle.
— Mais tu n’avais pas un motif, une raison ?
— Les raisons, je viens de te les expliquer.
— Ce ne sont que des mots.
— Ne te moque jamais des mots, Lona.
Les narines de la jeune fille palpitèrent.
— Tu es encore en train de te fiche de moi.
— Je te demande pardon.
Il était sincère. Il était tellement facile de se moquer d’elle !
— Je sais ce que c’est qu’être un objet de curiosité et j’ai horreur de ça. Mais j’ai été obligée d’accepter pour que Chalk me fasse rendre quelques-uns de mes bébés.
— Il m’a promis quelque chose à moi aussi.
— Ah ! Je savais bien que tu finirais par l’avouer !
— Une transplantation totale. Il me donnera un corps humain, normal et en bonne santé. En échange, je dois laisser ses caméras me disséquer pendant quelques mois, c’est tout.
— C’est vraiment faisable ?
— Tu sais, Lona, si l’on parvient à fabriquer une centaine de bébés avec, pour sujet de départ, une fille qui n’a jamais connu d’homme, c’est que l’on est capable de faire n’importe quoi.
— Quand même… un échange de corps…
— La technique n’est pas encore tout à fait au point, dit-il d’une voix lasse. Il faudra peut-être attendre encore plusieurs années. Je dois m’armer de patience.
— Mais ce sera formidable, Minner ! Te donner un corps réel !
— Mon corps réel, c’est celui-ci.
— Je veux dire un autre corps. Qui ne soit pas aussi bizarre, qui ne te fasse pas souffrir comme ça. Si seulement ils réussissaient !
— Oui, si seulement ils réussissaient !
Cette perspective exaltait plus Lona que Burris. Il vivait depuis des semaines avec cette pensée dans la tête et, maintenant, il doutait que l’opération fût possible. Et voilà qu’il agitait à présent cet espoir devant les yeux de la jeune fille comme un jouet tout neuf, tout scintillant. Mais qu’est-ce que cela pouvait lui faire ? Ils n’étaient pas mariés. Chalk lui ferait restituer ses mômes pour la remercier d’avoir joué sa petite comédie et elle replongerait dans l’obscurité, satisfaite, en un sens, heureuse d’être débarrassée d’un compagnon exaspérant, bourru, qui passait son temps à l’asticoter. Quant à Minner, il partirait de son côté, peut-être condamné à habiter à jamais ce corps grotesque, peut-être doté d’un autre corps gracieux et de modèle standard.
Le minicar monta à l’assaut d’un plan incliné et s’immobilisa devant le vaisseau. Son toit s’ouvrit. Bart Aoudad s’approcha avec curiosité.
— Alors, les amoureux, ça va comme vous voulez ?
Ils descendirent en silence, sans sourire. Aoudad commença à s’ébrouer d’un air inquiet.
— C’est la joie, j’espère ? Relaxe et tout ? Tâchez de ne pas avoir le mal de l’espace, Minner ! Ce serait un peu fort de café ! Ha ! ha ! ha !
— Ha, fit Burris.
Nikolaides était là, lui aussi, brandissant des documents, des dépliants, des chèques de voyage. Dante n’a eu besoin que d’un seul Virgile pour le guider à travers les cercles de l’Enfer, songea Burris. Moi, j’en ai deux. Ce que c’est que l’inflation, quand même !
Il offrit son bras à Lona et tous deux pénétrèrent à l’intérieur de l’astronef. La jeune fille l’étreignait de toutes ses forces. L’idée d’aller dans l’espace la remplissait d’appréhension, sans doute. À moins que la tension permanente de leur grand périple ne la traumatisât exagérément.
C’était un bref voyage : huit heures sous une accélération faible mais régulière pour couvrir 385 000 kilomètres. Naguère, le même vaisseau accomplissait ce trajet en deux étapes. On s’arrêtait d’abord sur le satellite de plaisir en orbite à 80 000 kilomètres de la Terre. Mais ledit satellite avait fait explosion dix ans plus tôt. C’était un des rares exemples d’erreur de calcul dans cette époque placée sous le signe de la sécurité. Il y avait eu des milliers de victimes. Les débris de satellite avaient plu sur la Terre pendant un mois. Jusqu’à la fin des opérations de sauvetage, pendant près de trois ans, les longrines de l’épave avaient tourné dans l’espace comme les ossements d’un géant.
Une femme que Burris aimait se trouvait sur la Grande Roue quand elle avait été détruite. Mais avec un autre homme. Ils jouaient au casino, ils assistaient aux spectacles sensoriels, ils faisaient de la haute gastronomie dans une atmosphère qui niait le lendemain. Et le lendemain avait surgi à l’improviste.
Quand elle avait rompu, Minner avait cru que rien de plus catastrophique ne pourrait lui arriver jusqu’à la fin de ses jours. Ç’avait été le rêve romantique d’un jeune homme car, très peu de temps après, cette femme était morte et cela avait été encore plus affreux que la rebuffade qu’il avait essuyée. Maintenant qu’elle n’était plus, tout espoir de la reconquérir était anéanti et, pendant un certain temps, Burris n’avait plus été, lui aussi, qu’un mort-vivant. Ensuite, la douleur s’était curieusement atténuée et avait fini par disparaître. Se faire déposséder par un rival ou perdre l’objet aimé dans un accident, était-ce vraiment la pire des catastrophes ? Eh bien, non ! Dix années s’étaient écoulées et, à présent, Burris savait quel était le vrai visage du pire.
— Mesdames et messieurs, soyez les bienvenus à bord de l’Aristarque IV. Au nom du commandant Villeparisis, je vous souhaite un agréable voyage. Nous vous prions de ne pas quitter vos sièges tant que nous serons en accélération. Quand nous aurons échappé à l’attraction terrestre, vous pourrez vous dégourdir les jambes et savourer le spectacle de l’espace.