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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— Est-ce… pouvez-vous… euh… avez-vous…

— Mon garçon, je ne comprends rien à vos balbutiements.

— Excusez-moi.

Rawlins fit quelques pas en arrière, essayant de cacher l’effet que lui causait la proximité de Muller. Il se sentait sonné et son visage le brûlait. À cinq mètres, c’était plus endurable. Il fit un effort et ne recula pas davantage, se disant qu’il devait s’adapter et que sa tolérance s’accroîtrait au fur et à mesure de leurs rencontres.

— Vous disiez ? demanda Muller.

— Est-ce la seule chose que vous ayez observée ?

— J’en ai gratté quelques autres. Je suis convaincu que les huit tournent. Mais je n’ai pas découvert le mécanisme. Vous savez, sous cette cité est caché un cerveau fantastique et inimaginable. Il doit dater de plusieurs millions d’années et il fonctionne toujours. Peut-être est-ce une sorte de métal liquide dans lequel baignent des éléments cognitifs. C’est lui qui fait tourner ces pylônes, nettoie les rues et fait circuler l’eau dans l’aqueduc.

— Et déclenche les pièges ?

— Et déclenche les pièges, répondit Muller. Mais je n’ai pas été capable de découvrir la moindre trace de cette chose intelligente. J’ai un peu creusé ici et là. Je n’ai trouvé que de la terre. Peut-être que vos copains archéologues arriveront à localiser le cerveau de la cité ? Hein ? Vous avez trouvé quelque chose ?

— Je ne crois pas.

— Vous n’avez pas l’air très sûr de vous.

— Je ne le suis pas. Je n’ai pris part à aucun des travaux à l’intérieur du labyrinthe.

Rawlins sourit timidement. Il le regretta aussitôt en entendant la voix de Boardman dans l’écouteur :

— Ned, les sourires timides annoncent toujours un mensonge. Muller est très fort. Il risque de vous percer à jour.

Le jeune homme enchaîna :

— Je suis resté à l’extérieur la plupart du temps pour diriger les opérations d’accès. Après, je suis entré et je suis venu directement vous voir. C’est pourquoi je ne sais pas ce que les autres ont pu découvrir jusqu’à présent. Si jamais ils ont découvert quelque chose.

— Vont-ils saccager les rues ? demanda Muller.

— Non, je ne crois pas. Voyez-vous, nous ne creusons plus comme dans le temps. Nous utilisons des sondeurs et toutes sortes d’appareils de détection. (Il fut stupéfait de sa propre improvisation et poursuivit sur sa lancée :) L’archéologie était destructrice, je le reconnais. Pour trouver ce qui était enterré sous les Pyramides, il a bien fallu les démonter, pierre par pierre. Mais maintenant, les moyens modernes nous permettent de nouvelles techniques. C’est la nouvelle école, vous comprenez ? On peut voir dans le sol sans avoir besoin de creuser, et ainsi nous préservons les monuments du passé. C’est pourq…

Muller le coupa :

— Il y a une quinzaine d’années, sur une des planètes d’Epsilon Indi, une bande d’archéologues a complètement démantelé une nécropole construite par une race inconnue et quand ils ont voulu la remonter cela leur a été impossible parce qu’ils n’arrivaient pas à comprendre l’architecture interne du monument. Ils ont essayé, mais les blocs ne s’emboîtaient pas correctement et ce fut un vrai massacre. Il se trouve que j’ai vu les ruines quelques mois après leur passage. Quel gâchis ! Mais vous devez connaître cette histoire.

Rawlins n’en avait jamais entendu parler.

— Vous savez, dit-il en rougissant, il y a des incapables dans toutes les disciplines. Je sais…

— Eh bien, j’espère qu’il n’y en a pas ici. Je ne veux pas qu’ils abîment le labyrinthe. D’ailleurs c’est impossible. Le labyrinthe se défend très bien tout seul.

Muller s’éloigna nonchalamment de la pyramide. Rawlins apprécia cet éloignement qui le détendait, mais Boardman lui ordonna de le suivre. La tactique employée pour vaincre la confiance de Muller impliquait une exposition permanente et volontaire à ses émanations émotionnelles. Muller fit mine de ne pas remarquer que le jeune homme le suivait. Il dit à voix basse, comme se parlant à lui-même :

— Les cages sont à nouveau fermées.

— Les cages ?

— Regardez là — dans cette rue qui part de la place.

Rawlins suivit la direction indiquée et vit une sorte de cage formée par une douzaine ou plus de barreaux courbes en pierre blanche qui partaient du pavement et pénétraient dans le mur d’un bâtiment à une hauteur de quatre mètres ou presque du sol. Un peu plus loin dans la galerie, il y en avait une autre.

— Il y en a à peu près une vingtaine, disposées symétriquement dans les rues qui rayonnent autour de l’esplanade. Elles se sont ouvertes trois fois depuis mon arrivée. Ces barres glissent, entrent et disparaissent dans le pavement, je ne sais comment. La troisième fois, c’était il y a deux nuits. Je n’ai jamais réussi à les voir s’ouvrir ou se fermer et je les ai encore manquées.

— À votre avis, à quoi servaient-elles ? demanda Rawlins.

— À capturer ou emprisonner des animaux dangereux. Ou des ennemis. Vous, vous utiliseriez une cage pour quoi faire ?

— Et quand elles s’ouvrent comme avant-hier ?

— La cité essaye encore de servir ses habitants. Il y a des ennemis dans les zones extérieures. Les cages sont prêtes pour le cas où des ennemis seraient capturés.

— Vous voulez dire nous ?

— Oui. Des ennemis.

Tout à coup, les yeux de Muller luirent sous l’effet d’une soudaine fureur paranoïaque. La rapidité avec laquelle il passait d’un ton raisonnable à une subite colère froide avait quelque chose d’alarmant :

— L’homo sapiens ! La plus dangereuse, la plus impitoyable, la plus méprisable créature de l’univers !

— Vous dites cela comme si vous le pensiez.

— Je le pense.

— Allons, essaya de le raisonner Rawlins. Vous ne pouvez pas vraiment croire…

Muller le coupa, mais il parlait lentement et doucement :

— J’ai voué ma vie au service de Richard Muller.

Il se retourna brusquement et fit face au jeune homme. Ils étaient seulement à six ou sept mètres l’un de l’autre. Les effluves étaient aussi forts et aussi denses que s’ils avaient été nez à nez.

— Mon garçon, poursuivit-il, vous ne pouvez pas imaginer comme je me fiche de l’humanité. J’avais vu les étoiles et je les voulais. Je désirais être presque un dieu. Un seul monde, ce n’était pas suffisant pour moi. Il me les fallait tous. Alors, je me suis choisi — je l’ai presque créée — une carrière qui m’emmènerait dans les étoiles. Plus de mille fois j’ai risqué ma vie. J’ai enduré des excès de températures fantastiques. J’ai brûlé mes poumons dans des atmosphères morbides et il a fallu qu’on m’en transplante de nouveaux. J’ai mangé des nourritures dont la seule description vous ferait vomir. Des gamins comme vous m’adoraient et ont écrit des essais sur ma vie prétendument dédiée à l’Homme et ma quête incessante de connaissances. Laissez-moi vous dire quelque chose et enfoncez-le-vous dans le crâne : je suis un ignoble égoïste. Presque autant que Colomb, Magellan et Marco Polo. Ils étaient de grands explorateurs, c’est certain, mais ils recherchaient surtout leur profit. Moi, mon profit était dans ma pauvre tête. Je voulais vivre à cent kilomètres de haut. Que des statues de moi soient dressées sur des milliers de mondes. Vous lisez les poètes ? Éperonné par sa renommée. La dernière infirmité d’un cœur noble. C’est de Milton. Et savez-vous ce que disaient les Grecs anciens ? Quand un homme veut dépasser sa condition les dieux se chargent de le broyer. Cela s’appelle Hybris. J’en parle en connaissance de cause. Quand ma capsule de débarquement a traversé la couche de nuages autour de Bêta Hydri IV, je me sentais un dieu. J’étais un dieu. Quand j’en suis parti, j’étais encore un dieu. Pour les Hydriens, j’avais été réellement un dieu. Plutôt un mythe dont ils se transmettront l’histoire de génération en génération. Le dieu mutilé. Le dieu martyrisé. L’être qui était descendu parmi eux. Trop beau, trop différent ; il les mettait mal à l’aise, alors ils avaient dû s’occuper de lui. Mais…

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