Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
Alors, quand le pirate surgit, c’était à Thorby de jouer.
Il se sentit mal à l’aise quand il commença à résoudre le problème ; il était terriblement conscient du fait que l’ordinateur à bâbord ne marchait pas. Le plus grand réconfort pour un tireur, c’est la confiance dans les capacités surhumaines de l’équipe de l’autre côté, le sentiment que : « eh bien, si je me trompe, ce cerveau en ébullition lui réglera son compte ». Pendant ce temps, l’équipe en question pense exactement la même chose. Cette assurance fournit la détente nécessaire.
Cette fois-ci, Thorby ne jouissait pas du filet symbolique pour le rattraper. Ni de rien d’autre d’ailleurs. Les Finstériens ne sont pas des voyageurs de l’espace. Il était impossible d’identifier l’engin comme un des leurs. Il ne pouvait pas non plus être un commerçant ; il était trop rapide. Ni un vaisseau de la Garde Hégémonique. Finster était trop loin de la civilisation. Thorby réalisa avec une douloureuse certitude qu’il allait devoir dans l’heure produire une réponse à ses hypothèses. Il faudrait envoyer un missile qui frapperait la cible sinon quelque temps après il serait de nouveau esclave, entraînant toute sa famille avec lui.
Cette inquiétude lui fit perdre du temps en ralentissant sa réflexion.
Mais soudain il oublia l’ordinateur à bâbord, la Famille, même le pirate en tant que tel. Les mouvements de l’engin ennemi devinrent juste des données qui affluaient sur son tableau, et un problème qu’il avait été entraîné à résoudre.
Son compagnon rentra précipitamment, boucla sa ceinture et demanda où en était la situation. Thorby ne l’entendit pas, pas plus d’ailleurs que la sonnerie du Q.G. Jeri arriva un peu plus tard, envoyé par le capitaine. Thorby ne le vit pas. Son neveu fit lever l’adolescent du siège et prit sa place. Puis il remarqua que la touche de contrôle était allumée pour Thorby, ne la toucha pas. Sans un mot, il jeta un coup d’œil au calcul de son oncle et se mit à étudier des solutions de remplacement, prêt à le soutenir en pressant le bouton pour prendre le contrôle dès que Thorby aurait envoyé un missile, puis un autre dans un angle différent. Thorby ne se rendit compte de rien.
Enfin, la basse profonde de Krausa leur parvint en un son rauque :
— Aiguilleur à tribord… Puis-je vous assister en manœuvrant ?
Thorby ne l’entendit pas non plus. Jeri le regarda et répondit :
— Je ne le recommande pas, capitaine.
— Très bien.
L’Aiguilleur en Chef à Bâbord, enfreignant gravement le règlement, rentra et observa la lutte silencieuse, le visage ruisselant de sueur. Thorby ne s’en rendit pas compte. Seuls existaient les boutons, les touches et les interrupteurs, prolongements de son système nerveux. Une envie irrésistible d’éternuer l’envahit ; il la réprima sans le réaliser.
Il fit des ajustements infinitésimaux jusqu’au dernier moment, puis distraitement pressa le bouton qui ordonnait à l’ordinateur de tirer, la courbe projetée étant à son amplitude maximale. Deux secondes plus tard, un missile nucléaire était en route.
Jeri voulut changer de position l’interrupteur de contrôle, s’arrêta en voyant Thorby ordonner frénétiquement à son tableau de bord de tirer à nouveau selon l’hypothèse que la cible avait coupé le courant. Les données cessèrent d’arriver, lorsque le vaisseau devint aveugle. Ils furent frappés de paralysie.
L’analyse postérieure révéla que l’effet du rayon neutralisant avait duré soixante et onze secondes. Jeri se réveilla quand il cessa. Il vit le jeune homme regarder fixement son pupitre… Puis s’affairer violemment en essayant de trouver une nouvelle solution avec les dernières données.
Jeri le toucha légèrement.
— C’est fini, Thorby.
— Euh ?
— Tu l’as eu. Un très joli coup. Mata aurait été fière de toi.
Sisu resta aveugle une journée, tandis qu’on réparait ses lentilles spatiales. Le capitaine continua à donner de la pression ; il n’y avait rien d’autre à faire. Enfin le vaisseau put voir à nouveau, et deux jours plus tard il plongea dans l’obscurité réconfortante de l’espace multidimensionnel.
Le banquet en l’honneur de Thorby eut lieu cette nuit-là.
Grand-mère fit son discours habituel pour remercier que la Famille ait été encore une fois épargnée et déclarer que le fils de Sisu assis à côté d’elle avait été l’instrument de ce dénouement heureux mais largement mérité. Puis elle se renversa en arrière et dévora sa nourriture sous l’œil vigilant de sa belle-fille.
Thorby ne prit aucun plaisir à l’honneur qu’on lui faisait. Il ne se souvenait pas clairement de la manœuvre. Il avait l’impression d’être loué par erreur. Il avait été dans un demi-état de choc après l’opération, ensuite son imagination avait commencé à travailler.
Ils n’étaient que des pirates, il le savait. Des pirates et des esclavagistes, essayant de voler Sisu, d’asservir la Famille. Thorby avait haï ces gens du plus loin de sa mémoire. Rien n’est plus impersonnel que l’esclavage en tant qu’institution. Il les avait haï dès l’enfance avant même de connaître le nom.
Il était sûr que Pop l’approuvait. Il le savait ; Pop, gentil comme il était, aurait raccourci tous les marchands d’esclaves de la Galaxie sans le moindre regret.
Toutefois Thorby se sentait mal à l’aise. Il ne cessait de penser à ce vaisseau vivant avec soudain tous ces gens morts, disparus pour toujours dans une explosion radiante. Puis il regardait son index avec perplexité. Il était pris dans l’éternel dilemme de l’homme aux valeurs disparates, qui mange de la viande, mais ne veut pas être le boucher.
Le jour du dîner en son honneur, il n’avait pas dormi depuis trois nuits et cela se voyait. Il grignota à peine dans son assiette.
Au milieu du repas, il réalisa que Grand-mère l’observait avec colère, et s’empressa de renverser de la nourriture sur son veston de soirée.
— Et alors ! proféra-t-elle. Tu as bien dormi ?
— Euh, pardon, Grand-mère. Tu m’as dit quelque chose ?
Il rencontra le regard de sa mère qui cherchait à l’avertir, mais trop tard. Grand-mère était montée sur ses grands chevaux.
— J’attendais que tu me dise quelque chose !
— Euh… Quelle belle journée, n’est-ce pas ?
— Je n’ai rien remarqué d’inhabituel aujourd’hui. Il ne pleut pas souvent dans l’espace.
— Je veux dire quelle belle soirée. Oui, c’est vraiment une belle fête. Merci, Grand-mère.
— Voilà qui est mieux. Jeune homme, d’habitude, quand un homme dîne avec une dame, il est censé lui faire la conversation. Ce n’est peut-être pas l’usage chez les frakis, mais c’est une coutume invariable dans la Famille.
— Oui, Grand-mère. Merci, Grand-mère.
— Recommençons depuis le début. C’est une belle fête, oui c’est vrai. Nous essayons de faire en sorte que tous se sentent égaux, en reconnaissant les mérites de chacun. Il est agréable de pouvoir, enfin, t’associer à la Famille en remarquant chez toi une vertu… louable certes, même si elle n’est pas exceptionnelle. Bravo. Maintenant c’est à toi.
Thorby devint lentement cramoisi.
Elle renifla et lui dit :
— Que prépares-tu pour le Rassemblement ?
— Euh, je ne sais pas chanter, jouer, ou danser, Grand-mère. Les seuls jeux que je connaisse, sont les échecs et le jeu de paume et… Eh bien, je n’ai jamais vu de Rassemblement. Je n’arrive pas à l’imaginer.