Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
— Et toi, tu te sens mieux ?
— Euh, je crois… Si tu dis que c’est mieux ainsi pour Mata. – Enfin il déclara ce qu’il avait sur le cœur : – Mais, Margaret, je ne comprends pas ce qui se passe en moi ! Je croyais avoir saisi le fond des choses. Maintenant toutes mes convictions sont ébranlées. Je me sens comme un fraki. Je n’apprendrai jamais à être un Commerçant.
La femme prit une expression affligée.
— Tu étais libre avant. C’est une habitude difficile à perdre.
— Comment ?
— Tu as subi de violentes dislocations, Thorby. Ton premier père adoptif, Baslim le Sage, t’a acheté comme esclave, a fait de toi son fils et un homme libre comme lui. Ton deuxième père adoptif, avec les meilleures intentions du monde, t’a adopté comme son fils et a fait de toi un esclave.
— Mais, Margaret ! protesta le garçon. Comment peux-tu dire une chose pareille ?
— Si tu n’es pas un esclave, qu’es-tu alors ?
— Eh bien, je suis un Libre Commerçant. Enfin c’est ce que Père voulait, si j’arrive à me débarrasser de mes habitudes de fraki. Mais je ne suis pas un esclave. La Famille est libre. Nous sommes tous libres.
— Tous oui… Mais pas chacun de vous.
— Que veux-tu dire ?
— La Famille est libre. C’est leur principale fierté. N’importe lequel d’entre eux te dira que c’est la liberté qui fait la différence entre eux et les frakis. La Famille est libre de parcourir les étoiles sans être jamais enracinée nulle part. Si libre que chaque vaisseau est un Etat souverain, qui ne demande rien à personne, va où il veut, ne se bat contre personne, n’implore la protection de personne, ne coopère que si cela l’arrange. Oh, la Famille est libre. Cette vieille Galaxie n’a jamais contemplé autant de liberté. Une civilisation de moins de cent mille personnes réparties sur un quart de milliard d’années-lumière au carré et absolument libres d’aller n’importe où n’importe quand. Il n’y en a encore jamais eu et il n’y en aura sans doute jamais plus. Libre comme le ciel… Plus libre que les étoiles qui ont une trajectoire à suivre. Ah, oui, la Famille est libre. – Elle fit une pause. – Mais à quel prix ?
Thorby cligna des yeux d’étonnement.
— Je vais te le dire. Pas au prix de la pauvreté. La Famille jouit du niveau de vie le plus élevé de toute l’histoire. Les profits de votre commerce sont fantastiques. Ni au prix de la santé physique ou mentale. Je n’ai jamais vu de communauté où l’on rencontre si peu de maladies. Vous n’avez pas payé non plus en sacrifiant votre bonheur ou votre amour-propre. Vous êtes heureux, satisfaits de vous-mêmes. Votre orgueil démesuré dépasse les bornes ; vous avez évidemment de quoi être fiers. Mais ce que vous avez payé pour votre incomparable liberté… c’est la liberté elle-même. Non, je ne fais pas un jeu de mots. La Famille est libre… A condition que chacun d’entre vous perde sa liberté individuelle. L’Officier Chef et le Capitaine ne font pas exception. Ils sont peut-être encore les moins libres de tous.
Ces paroles semblaient à Thorby outrageantes.
— Comment peut-on être libre et ne pas l’être à la fois ? protesta-t-il.
— Demande à Mata. Tu vis dans une prison d’acier avec le droit d’en sortir peut-être quelques heures seulement, parfois pas avant plusieurs mois. Vos règles sont plus strictes que dans n’importe quelle prison. Ces lois sont censées vous rendre tous heureux, et ça marche, mais cet aspect est accessoire. Ce sont des ordres auxquels il faut obéir. Tu dors où on te l’ordonne, tu manges quand on te l’ordonne et ce qui t’est présenté. Peu importe que ce soit bon ou agréable. Le fait est que tu n’as pas le choix. On te dit ce que tu dois faire dans quatre-vingt-dix pour cent des cas. Tu es tellement lié par des règles que pratiquement tout ce que tu dis appartient à un rituel préétabli. Tu pourrais à la limite passer toute une journée sans prononcer une parole qui ne soit inscrite dans les Lois de Sisu. C’est vrai ou non ?
— Oui, mais…
— Il n’y a pas de « mais ». Quels sont les gens aussi dépourvus de liberté ? Les esclaves ? Trouves-tu un mot plus adéquat ?
— Mais nous ne pouvons pas être vendus !
— L’esclavage a souvent existé sous une forme telle que les esclaves n’étaient ni achetés ni vendus, mais simplement hérités. Comme sur Sisu. Etre un esclave ne signifie pas forcément avoir un maître, sans espoir d’en changer. Vous autres, esclaves, qui vous appelez la Famille, vous ne pouvez même pas espérer l’affranchissement.
— Alors tu penses que c’est cela qui ne me convient pas, fit-il en se renfrognant.
— Je crois que ton collier d’esclave t’irrite d’une façon qui ne gêne pas tes compagnons, car ils sont nés avec les leurs, alors que toi, tu as été libre avant. – Elle regarda ses affaires. – Il faut que j’emmène tout ceci sur El Nido. Veux-tu m’aider ?
— Avec plaisir.
— N’espère pas rencontrer Mata.
— Je n’y pensais pas. – Il mentait. – Je veux t’aider. Je suis désolé de te voir partir.
— Franchement, je ne suis pas mécontente de m’en aller… Mais je suis triste de te dire au revoir. – Elle hésita. – Je voudrais t’aider. Une anthropologue ne devrait jamais s’en mêler. Mais je m’en vais et tu ne fais pas vraiment partie de la culture que j’étudiais. Veux-tu l’avis d’une vieille femme ?
— Mais, tu n’es pas vieille !
— Encore un discours galant. Je suis grand-mère. L’Officier Chef serait stupéfaite de m’entendre réclamer ce titre. Je pensais que tu arriverais à t’adapter à cette prison. Maintenant je n’en suis plus sûre. On oublie difficilement la saveur de la liberté une fois qu’on y a goûtée. Si tu décides que tu ne peux plus supporter cette situation, attends que le vaisseau atterrisse sur une planète démocratique, libre et peuplée d’humains. A ce moment-là, descends à terre et cours ! Mais fais-le avant que Grand-mère décide de te faire épouser une jeune fille, parce qu’après cela, tu es perdu !
12
De Losian à Finster, de Finster à Toth IV, de Toth IV à Woolamurra, Sisu faisait des sauts de puce autour d’un espace de neuf cents années-lumière de diamètre, dont le centre était la Terre légendaire, le berceau de l’humanité. Sisu n’avait jamais été sur la Terre. La Famille opérait dans des zones où les profits étaient substantiels, les protections douanières inexistantes, et où un homme pouvait marchander sans être entravé par des règlements pointilleux.
Dans l’histoire du vaisseau, on affirmait que le premier Sisu avait été construit sur la Terre, et que le premier capitaine Krausa y était né (dites-le tout bas) fraki. Mais six bateaux avaient été construits et usés depuis lors et l’histoire de Sisu était vraie dans son essence, les faits importaient peu. Le vaisseau dont l’acier protégeait désormais le sang, était enregistré à New Finlandia, Shiva III… un autre port où il ne se rendait jamais, mais dont les taxes valaient la peine d’être payées pour avoir légalement le droit de circuler dans l’univers civilisé en quête de profit. Shiva III était très compréhensive sur les besoins des Libres Commerçants, et pas tracassière du tout pour les contrôles, les rapports, et le reste, à condition que les négligences soient réparées en payant des amendes. Beaucoup de vaisseaux trouvaient cette immatriculation commode.
Sur Finster, Thorby apprit une nouvelle pratique commerciale. Les frakis indigènes, que la science connaissait sous une dénomination pseudo-latine et que la Famille appelait « ces satanés lourdauds », vivaient en symbiose télépathique avec des créatures semblables à des lémures, munies de mains fines et particulièrement osseuses. La « télépathie » est une conclusion. On croyait que les créatures lentes, monstrueuses et dominatrices fournissaient les cerveaux, tandis que les lémuriens se bornaient à exécuter.