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Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]

Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:

Je n'étais pas très chaud pour partir en colonie de vacances dans le Sud-Est asiatique, mais on ne m'avait pas donné le choix. Enfin, à mon retour, j'avais une belle cicatrice toute neuve sur la figure et un billet de Sweepstake gagnant dans la poche grâce auquel j'ai rencontré la plus belle sorcière des Vingt Univers. C'est là que mes ennuis ont commencé : je me suis retrouvé dans un monde parallèle, à pourchasser des rats gros comme des loups, des dragons cracheurs de feu (évidemment), et même un Ogre, tout en essayant d'échapper aux Fantômes à Longues Cornes et autres Ecumeurs des Eaux Glacées. Sans compter Celui-Qui-N'a-Jamais-Vu-Le-Jour et Celui-Qui-Dévore-Les-Âmes. Et tout ça pour récupérer un oeuf de Phénix…
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
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— « Tu brûles, mais tu en es encore assez loin. Vous avez cette expression : la plus vieille profession du monde. Ici – et dans tous les autres mondes connus – ce n’est même pas la plus récente. Personne n’en a entendu parler, et on ne saurait l’imaginer, si même on en parlait. Mais cela n’aurait d’ailleurs pas d’importance, car la majorité des gens ne croient pas les récits que peuvent faire les voyageurs. »

— « Star, voudrais-tu donc me dire que la prostitution n’existe nulle part ailleurs ? »

— « Dans aucun autre Univers, mon chéri ; nulle part. »

— « Tu sais, » dis-je pensivement, « cela va être un véritable choc pour mon sergent-chef. Cela n’existe réellement pas ? »

— « Ce que je veux dire, » répondit-elle sans mâcher ses mots, « c’est que la prostitution semble avoir été inventée par les habitants de la Terre et par personne d’autre, – et que cette seule idée aurait le don de paralyser Jocko de stupeur. Car il est très collet monté en ce qui concerne la morale. »

— « Je veux bien être damné ! Quelle turpitude est la nôtre ! »

— « Je n’avais pas l’intention de t’offenser, Oscar ; je ne faisais qu’énoncer des faits. Mais cette curiosité purement terrienne n’est pas curieuse dans son propre contexte. Les marchandises sont certainement faites pour être vendues, – achetées, vendues, affermées, louées, échangées, commercialisées, escomptées, à prix imposé ou en solde, passées en contrebande et réglementées, – et la marchandise féminine, comme on le disait sur Terre à une époque où l’on ne se payait pas de mots, n’est pas une exception à la règle. La seule chose surprenante c’est cette barbare notion d’y penser comme à une marchandise. Tu vois, j’ai moi-même été tellement surprise qu’une fois… mais non, n’en parlons pas. On peut faire de tout une marchandise. Un jour je te ferai connaître des civilisations qui vivent dans les espaces, et pas sur des planètes, ni sur aucune fondation ; en effet, les Univers n’ont pas tous des planètes… Je te montrerai des civilisations où le souffle de vie se vend exactement comme, en Provence, on vend une livre de beurre. Et d’autres endroits sont tellement encombrés que le privilège de demeurer vivant y est soumis à un impôt… et où les délinquants sont tués sur ordre du Ministère du Trésor Éternel et où les voisins, non seulement n’interviennent pas, mais en sont heureux. »

— « Mon Dieu ! Mais pourquoi ? »

— « Ils ont résolu le problème de la mort, seigneur, et la plupart d’entre eux ne veulent pas émigrer en dépit des innombrables planètes vacantes. Mais nous étions en train de parler de la Terre. Non seulement la prostitution est inconnue ailleurs, mais même y sont inconnues ses déviations : les dots, les douaires, les pensions alimentaires, les indemnités de séparation, toutes ces variations qui sont propres aux institutions terriennes… toutes ces coutumes qui ont un rapport, même lointain, avec cette idée incroyable que ce qui est commun et sempiternel chez toutes les femmes est cependant une marchandise, une marchandise qui doit être thésaurisée et vendue aux enchères. »

Ars Longa renifla de dégoût. Non, je ne crois pas qu’elle ait pu comprendre. Elle comprend quelques mots de névian mais Star parlait anglais ; le névian n’a pas un vocabulaire assez riche.

« Et même vos habitudes secondaires, » continua-t-elle, « sont inspirées par cette institution unique. L’habillement, par exemple ; tu as remarqué que nous ne faisons pas ici de réelle différence quant à notre manière de nous vêtir, selon les sexes. Je suis en collant ce matin et tu portes, toi, des culottes courtes mais cela aurait aussi bien pu être l’inverse et personne autour de nous n’aurait rien remarqué. »

— « Tu parles ! qu’ils n’auraient rien remarqué. Tes collants ne m’iraient pas du tout. »

— « Si, ils sont élastiques. Et la pudeur n’est qu’un aspect de la différenciation sexuelle de l’habillement. Ici, on ne remarque pas plus la nudité que sur cette jolie petite île où je t’ai trouvé. Tous les gens qui n’ont pas de poils portent parfois des vêtements et tous les gens, si hirsutes qu’ils soient, portent parfois des ornements, mais on ne trouve ce tabou concernant la nudité qu’aux endroits où la chair est une marchandise que l’on peut dissimuler ou exhiber, c’est-à-dire sur la Terre. Cela va avec le « Ne mange pas la pomme », et l’habitude de mettre des doubles fonds dans les étalages. Quand on ne fait jamais de surenchère pour quelque chose, il n’y a aucune raison d’en faire un mystère. »

— « Ainsi, si nous nous débarrassions de nos vêtements, nous nous débarrasserions du même coup de la prostitution ? »

— « Ciel ! Pas du tout ! Tu as tout compris de travers. » Elle fronça les sourcils. « Je ne vois pas comment la Terre pourrait bien se débarrasser de la prostitution ; elle est trop ancrée dans vos mœurs. »

— « Star, tu te trompes sur les faits que tu énonces. Il n’y a presque pas de prostitution en Amérique. »

Elle parut surprise : « Vraiment ? Mais… Pension alimentaire n’est-il pas un terme américain ? Et coureur de dot ? Et les présentations ? »

— « Si, naturellement, mais la prostitution a presque complètement disparu. Fichtre ! je ne saurais pas comment faire pour trouver un bordel, même dans une ville de garnison. Je ne dis pas qu’on ne s’envoie jamais en l’air, mais pas d’une manière commerciale. Star, même avec une jeune Américaine bien connue pour être facile, si on lui offrait cinq, ou même vingt billets, je parie à dix contre un qu’elle vous ficherait sa main par la figure. »

— « Comment fait-on, alors ? »

— « Il faut lui faire la cour, l’emmener dîner, ou au théâtre. Lui acheter des fleurs, car les filles sont très gourmandes de fleurs. Puis engager poliment la discussion. »

— « Oscar, est-ce que ce dîner et ce théâtre, et aussi les fleurs, ne coûtent pas plus de cinq dollars ? Ou même de vingt dollars ? J’ai entendu dire que les prix étaient aussi élevés en Amérique qu’en France. »

— « Sans doute, mais on ne peut pas se contenter de faire le fier en attendant que la fille se mette sur le dos. Un radin…»

— « J’abandonne. Tout ce que j’essayais de te montrer, c’est que les mœurs peuvent être très différentes dans des univers différents. »

— « C’est certainement vrai, même sur la Terre, mais…»

— « Je t’en prie, seigneur. Je ne veux pas discuter de la vertu des femmes américaines, ni les critiquer. Si j’avais été élevée en Amérique, je crois que j’aurais au moins voulu un bracelet d’émeraudes, de préférence à un dîner et à une pièce de théâtre. Je voulais en arriver aux « lois naturelles ». L’invariabilité de la loi naturelle n’est-elle pas une supposition sans preuve ? Même sur la Terre ? »

— « Eh bien… Tu ne l’as pas correctement établi. C’est une supposition, je le crois, mais qui n’a jamais été démontrée fausse. »

— « N’y a-t-il jamais de cygne noir ? Ne peut-on au contraire penser qu’un observateur qui voit une exception préfère ne pas en croire ses yeux ? Exactement comme toi-même tu ne veux pas croire qu’Igli s’est dévoré lui-même, bien que ce soit toi, mon Héros, qui l’y ait forcé ? Mais laissons cela. Laissons Socrate en compagnie de Xanthippe. La loi naturelle peut être invariable partout dans un même univers, et semble l’être, dans les univers rigides. Il est cependant certain que les lois naturelles varient d’univers à univers… Et cela, tu dois vraiment l’admettre, sans cela aucun d’entre nous ne vivrait longtemps ! »

Je réfléchis à la question. Mais, fichtre ! où donc avait bien pu aller Igli ? « C’est très inquiétant. »

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