Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
— « La France ! » Elle avait haussé les épaules d’un geste magnifique. « Les latins sont de pauvres amants. J’ai entendu dire cela quelque part mais je puis certifier que c’est vrai. Oscar, autant que je sache, votre culture est la seule culture semi-civilisée dans laquelle l’amour n’est pas reconnu comme le plus grand des arts et dans laquelle on ne l’étudie pas comme il le mérite. »
— « Tu veux parler de la manière dont on le considère ici. Bah ! Ce serait donner des perles aux pourceaux ! »
— « Non, je ne parle pas de la manière dont on le considère ici. » Elle parlait anglais. « J’ai beau aimer nos amis qui sont ici, ils ont une culture de barbares, comme leur art, d’ailleurs. Bien sûr, dans son genre, leur art a sa valeur ; leurs essais sont honnêtes. Mais, si nous survivons, lorsque nos ennuis seront finis, je veux te faire voyager à travers les Univers. Tu verras ce que je veux dire. » Elle s’était levée, s’enveloppant dans sa couverture comme dans une toge. « Je suis heureuse que tu sois content, mon Héros. Je suis fière de toi. »
J’étais resté là un peu plus longtemps, réfléchissant à ce qu’elle m’avait dit. « Le grand art »… Nous ne l’avions même pas étudié, chez nous, et nous n’avions fait aucune tentative pour l’enseigner. Il faut des années et des années pour apprendre la danse classique. Et on ne vous engage pas non plus pour chanter au Metropolitan Opéra seulement parce que vous avez la voix forte.
Pourquoi voudrait-on classer « l’amour » parmi les « instincts » ?
Certes, l’appétit sexuel est un instinct, mais tel autre appétit fait-il d’un glouton un gourmet, d’un cuistot un vrai cordon bleu ? Fichtre ! il faut même apprendre pour devenir cuistot…
Je suis sorti du sauna en sifflotant Les meilleures choses de la vie sont libres… Puis je me suis arrêté, plongé tout à coup dans la tristesse à la pensée de mes pauvres et malheureux compatriotes privés de leur droit d’aînesse par la plus gigantesque supercherie de l’histoire.
À un mille de là, le Doral nous dit au revoir, me serrant dans ses bras, embrassant Star et lui passant la main dans les cheveux. Ainsi que ses hommes d’escorte, il tira son épée et nous salua pendant tout le temps qu’il nous fallut pour disparaître derrière la colline suivante. Star et moi chevauchions au botte à botte, tandis que Rufo ronflait derrière nous.
Je la regardai : elle avait les lèvres crispées. Elle saisit mon regard et me dit, d’un air de sainte-Nitouche.
— « Bonjour, seigneur. »
— « Bonjour, ma dame. As-tu bien dormi ? »
— « Très bien, je te remercie, seigneur. Et toi ?
— « Moi aussi, merci. »
— « C’est vrai ? Quelle drôle de chose a donc faite ce type dans la nuit ? »
— « Ce type n’a rien fait cette nuit, c’est ça qui est étrange, » lui répondis-je sans détours.
— « Vraiment ? Un si bon vivant ? Qui était donc ce chevalier que j’ai vu dans la nuit avec une dame ? »
— « C’était pas la nuit, il faisait clair. »
— « Et tu vas me faire croire que ton hélice s’est mise en drapeau ! Avec ta puissance ! »
— « Pas la peine de faire de l’esprit avec moi, espiègle fillette, » dis-je avec sévérité. « J’ai des amis, j’ai un alibi. En outre, j’ai une puissance décuplée par la pureté de mon cœur. »
— « Et l’on faisait la queue pour cette fille, cela, je le sais. Tes amis m’en ont déjà parlé, mon seigneur. » Tout à coup elle se mit à sourire et me donna un grand coup sur les fesses, puis elle se mit à chanter à tue-tête le refrain de Reilly’s Daughter. Vita Brevis fit un écart ; Ars Longa coucha les oreilles et regarda autour d’elle avec réprobation.
— « Suffit ! » dis-je. « Tu choques les chevaux. »
— « Ce n’est pas des chevaux et il est impossible de les choquer. As-tu vu comment ils font ça, seigneur ? Malgré toutes leurs jambes ? D’abord…»
— « Tiens ta langue ! Ars Longa est une dame, elle, si toi tu n’en es pas une. »
— « Je t’ai déjà dit que je suis une putain. Elle commence à se mettre de côté…»
— « Je l’ai vue. Mûri a pensé que cela m’amuserait. Mais cela ne m’a pas amusé, bien au contraire : cela m’a donné un complexe d’infériorité pour tout l’après-midi. »
— « J’ai peine à croire que cela a duré tout l’après-midi, seigneur Héros. Chantons donc Reilly’s Daughter. Tu chantes et je t’accompagne. »
— « Si tu veux, mais pas trop fort, nous allons réveiller Rufo. »
— « Lui ? Il est embaumé ! »
— « Alors, tu vas me réveiller, ce qui est pire. Star chérie, quand et où Rufo a-t-il été entrepreneur de pompes funèbres ? Et comment a-t-il quitté cette profession pour faire ce qu’il fait maintenant ? Est-ce qu’on l’a flanqué à la porte ? »
Elle parut surprise. « Dans les pompes funèbres ? Rufo ? Non, pas lui. »
— « Il m’a pourtant donné des tas de détails. »
— « Vrai ? Seigneur, Rufo a beaucoup de défauts. Mais il n’a pas celui de dire la vérité. Sans compter que, chez nous, il n’y a pas d’entreprises de pompes funèbres. »
— « Vous n’en avez pas ? Que faites-vous donc des cadavres encombrants ? Vous ne les laissez quand même pas éparpillés dans le salon. Cela manquerait de propreté. »
— « En effet ; mais voilà tout simplement ce que nous faisons : nous les gardons au salon. Au moins pendant quelques années. C’est une habitude d’un sentimentalisme excessif, car nous sommes très sentimentaux. Mais cela se fait quand même. Une de mes grand-tantes a gardé tous ses anciens maris dans sa chambre à coucher ; cela faisait un affreux désordre ; c’était vraiment rasoir, aussi, parce qu’elle continuait à leur parler, elle se répétait tout le temps et elle exagérait toujours. J’ai même cessé de la voir. »
— « Je vois… Est-ce qu’elle les époussetait ? »
— « Naturellement ! C’était une excellente maîtresse de maison. »
— « Et combien en avait-elle ? »
— « Sept ou huit, je n’ai jamais compté. »
— « Je vois. Star ? Est-ce que ta famille n’aurait pas du sang de mante religieuse ? »
— « Quoi ? Oh ! Mais, mon chéri, toutes les femmes ont du sang de mantes religieuses. » Elle sourit en montrant ses fossettes, se pencha vers moi et me mit la main sur le genou. « Mais ma tantine ne les a pas tués. Crois-moi, mon Héros, les femmes de ma famille aiment bien trop les hommes pour les gaspiller. Non, ma tantine aurait tout simplement détesté s’en séparer. Je pense qu’elle avait tort : il faut regarder l’avenir, pas le passé. »
— « Et laisser les morts enterrer les morts. Mais, si vous gardez vos cadavres dans la maison, vous devez bien avoir des entrepreneurs de pompes funèbres, au moins des embaumeurs. L’air serait vite irrespirable, autrement. »
— « Les embaumer ? Non ! il suffit de leur imposer une stase dès qu’on est sûr qu’ils sont morts, ou qu’ils sont mourants. N’importe quel écolier peut le faire. » Puis elle ajouta : « Peut-être que je me trompe au sujet de Rufo. Il a passé tellement de temps sur Terre – il aime cet endroit, il est véritablement fasciné – et il est bien possible qu’il ait été croque-mort. Mais cela me semble quand même un travail trop honnête et trop franc pour lui. »
— « Tu n’as toujours pas dit ce que l’on finit par faire des cadavres, chez toi. »
— « On ne les enterre pas. Cela les rendrait fous. » Star en frissonnait. « Moi-même, et j’ai voyagé dans les différents Univers, j’ai appris à considérer avec indifférence presque toutes les coutumes. »