Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
Star haussa les épaules : « Peut-être. Mais ce n’est plus une enfant ; à Névia, c’est une femme. Et même si elle n’est pas encore dépucelée, je parie bien qu’elle sera mère avant une année. Mais, si tu répugnais à coucher avec elle, pourquoi ne pas l’avoir mise à la porte et n’avoir pas pris sa sœur aînée ? Cette petite bonne femme n’est plus vierge depuis que ses seins ont poussé, je le sais de manière certaine… Et il m’a semblé comprendre que Mûri est vraiment un « beau morceau », comme vous dites en américain. »
Je me contentai de grommeler ; j’avais pensé exactement la même chose. Mais je ne voulais pas en parler avec Star.
— « Pardonne-moi, mon cher. Tu as dit ?[44] » me dit-elle.
— « J’ai dit que je ne commettais jamais de crime sexuel pendant le carême ! »
— « Mais le carême est terminé, même sur la Terre. Et de toute manière, il n’y a pas de carême ici, » me dit-elle, surprise.
— « Désolé. »
— « Je suis cependant contente que tu n’aies pas préféré Mûri à Letva ; Mûri aurait été insupportable pour sa mère si cela s’était passé ainsi. Mais, si je comprends bien, tu répareras ton erreur, si je puis rétablir la situation ? » et elle ajouta : « Cela change tout pour les pourparlers. »
(Star, Star – c’est toi, la seule que je veux dans mon lit !) « C’est bien ce que tu désires… ma chérie ? »
— « Oh, comme ce serait mieux ! »
— « Très bien. Après tout, c’est toi le médecin. Une… trois… trente – Je me tuerai à la tâche. Mais pas de petite fille ! »
— « Le problème ne se pose pas. Laisse-moi réfléchir. Si le Doral me laisse seulement placer cinq mots…» Elle redevint silencieuse. Sa main était douce et chaude.
Je réfléchis, moi aussi. Ces étranges coutumes avaient leurs conséquences, et je n’étais pas encore rassuré. Que se passerait-il si Letva avait immédiatement dit à son mari quel lourdaud j’avais été…
— « Star ? Où as-tu couché, toi, cette nuit ? »
Elle me jeta un coup d’œil perçant. « Seigneur… ai-je le droit de te demander, par faveur, de t’occuper de tes affaires ? »
— « Je pense que oui. Mais étant donné que tout le monde semble s’occuper des miennes…»
— « Je suis désolée. Mais je suis très ennuyée, et tu ne sais pas encore ce qui me gêne le plus. Enfin, une question franche exige une franche réponse. L’hospitalité comporte des devoirs mutuels, et les honneurs sont toujours réciproques. J’ai couché dans le lit du Doral. Si, cependant, cela a de l’importance, – et cela peut en avoir pour toi, mais je persiste à ne pas comprendre les Américains, – j’ajoute que, hier, j’ai été blessée, et que cette blessure me gêne encore. Jocko a l’âme douce et délicate. Nous avons dormi, seulement dormi. »
J’essayai de ne pas y attacher d’importance.
— « Je suis désolé de cette blessure. Te fait-elle encore mal ? »
— « Plus du tout. Les pansements tomberont demain. Cependant… La nuit dernière, ce n’était pas la première fois que j’ai profité du gîte, du couvert et du lit du Doral. Jocko et moi, nous sommes de vieux amis, des amis très chers… C’est bien pourquoi je pense que je peux espérer qu’il m’accordera quelques secondes avant de me tuer. »
— « Oui, c’était bien, en gros, ce que j’avais cru comprendre. »
— « Oscar, d’après tes normes… la manière dont tu as été élevé… je ne suis qu’une putain. »
— « Ça, jamais ! Ma princesse. »
— « Une putain. Mais je ne suis pas de ton pays et j’ai été élevée selon d’autres critères. Selon mes normes, et elles me paraissent bonnes, je suis une femme très morale. Mais… suis-je toujours ta chérie ? »
— « Ma chérie ! »
— « Mon Héros chéri. Mon champion. Approche-toi et embrasse-moi. Si nous devons mourir, je voudrais que ma bouche ait senti la chaleur de tes lèvres. L’entrée se trouve juste derrière ce tournant. »
— « Je sais. »
Quelques instants plus tard, épées au fourreau, arcs en bandoulière, nous entrions fièrement dans la zone dangereuse.
CHAPITRE X
Trois jours plus tard, nous sortîmes, à cheval.
Cette fois, le petit déjeuner avait été somptueux. Cette fois, il y avait des musiciens pour célébrer notre départ. Cette fois, le Doral nous accompagnait.
Cette fois, Rufo marcha en titubant jusqu’à sa monture, une fille à chaque bras, une bouteille dans chaque main, une douzaine d’autres filles l’embrassant à tour de rôle ; il parvint enfin à se faire hisser sur son siège, où on lui boucla sa ceinture de sécurité. Puis il s’endormit et se mit à ronfler avant même que nous soyons partis.
On me souhaita bonne route en m’embrassant plus que je ne saurais le dire, et certaines qui m’embrassèrent n’avaient aucune raison de le faire avec autant de fougue, car je n’étais, après tout, qu’un apprenti héros, et j’avais encore à apprendre le métier.
Ce n’est pas un mauvais métier, malgré un horaire astreignant, les risques qu’il comporte, et un total manque de sécurité ; mais il y a quand même de petits bénéfices, et de nombreuses possibilités, sans compter un avancement rapide pour celui qui veut cravacher et désire apprendre. Le Doral semblait content de moi.
Au petit déjeuner, il avait chanté mes prouesses récentes dans un poème à rimes croisées d’un millier de vers. Comme j’étais sobre je ne m’étais pas laissé impressionner par les compliments qu’il avait faits de ma grandeur ; je me connaissais mieux que lui. Il était manifeste qu’un petit oiseau lui avait quotidiennement fait son rapport, mais ce petit oiseau était un menteur. John Henry, l’Homme d’Acier, ne pouvait pas avoir fait ce que Jocko, dans son ode, disait que j’avais fait.
J’ai écouté en donnant une attitude noble et impassible à mes traits héroïques, puis je me suis levé et je les ai gratifiés de Casey at the Bat, mettant tout mon cœur et toute mon âme dans le vers : « Mighty Casey has struck OUT! »
Star en donna une traduction libre. J’avais (chanta-t-elle) apprécié les dames du Doral, les comparant à madame de Pompadour, à Nell Gwyn, à Théodora, à Ninon de Lanclos, à Rangy Lil. Elle n’a pas prononcé les noms de ces femmes célèbres ; mais elle se montra très explicite et son panégyrique névian aurait effrayé François Villon lui-même.
J’avais alors été tenu de leur donner un bis. Je leur ai servi Reilly’s Daughter et Jabberwocky, avec gestes à l’appui.
Star m’avait traduit avec esprit. Elle avait dit ce que j’aurais dit si j’avais été capable de faire de la poésie extra-temporelle. Vers la fin de la seconde journée, j’étais tombé sur Star dans le sauna des thermes du manoir. Pendant une heure, nous étions restés couchés, roulés dans des couvertures, dans deux cabines adjacentes, à transpirer et à refaire nos forces. À ce moment, je lui avais dit combien j’étais étonné et ravi. Je le lui avais avoué timidement ; Star était la seule devant qui j’osais dénuder mon âme.
Elle m’avait écouté avec attention. Quand j’eus terminé, elle me dit avec gravité :
— « Mon Héros, comme tu le sais, je ne connais pas l’Amérique. Mais, d’après ce que Rufo m’a dit, votre culture est unique, entre les cultures de tous les Univers. »
— « Certes, je me rends compte que les U.S.A. ne sont pas aussi compliqués, en ces matières, que la France. »
44
En français dans le texte. (N.D.T.)