Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]
Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique.
Dans une famille déchirée par l'autorité d'un père égoïste et brutal, le jeune Jacques vit une amitié passionnée avec Daniel de Fontanin ; la découverte de leur correspondance conduira au drame, tandis qu'Antoine, partagé entre la tendresse qu'il porte à son frère et le respect qu'il voue à son père, tente de trouver sa voie en se consacrant corps et âme à la médecine…
1 ... 34 35 36 37 38 39 40 41 42 ... 186
Перейти на страницу:

Il éprouvait un malaise étrange : il lui semblait mentir malgré lui, et que, plus il cherchait à dire la vérité, moins il y parvenait. Pourtant, rien de ce qu'il racontait n'était inexact ; mais, par le ton, par l'exagération de son trouble, par le choix des aveux, il avait conscience qu'il présentait de sa vie une image un peu falsifiée — et qu'il ne pouvait pas faire autrement.

Ils n'avançaient guère ; la moitié du trajet restait à parcourir. Cinq heures et demie. Le jour était encore clair ; une buée montait de la rivière, débordait sur la campagne, les ensevelissait.

Antoine, soutenant le petit qui trébuchait, réfléchissait de toutes ses forces. Non à ce qu'il devait faire : il était bien résolu : arracher l'enfant de là ! Mais il cherchait le moyen d'obtenir son consentement. Ce n'était pas facile. Aux premiers mots, Jacques se suspendit à son bras, sanglotant, lui rappelant qu'il avait fait le serment de ne rien dire, de ne rien faire.

— « Mais non, mon petit, c'est juré, je ne ferai rien contre ta volonté. Seulement, écoute-moi. Cette solitude morale, cette paresse, cette promiscuité ! Moi qui, ce matin, avais cru que tu étais heureux ! »

— « Mais je le suis ! » En un instant, tout ce dont il venait de se plaindre s'effaça : il ne vit plus que les bons côtés de sa réclusion, l'oisiveté, l'absence de contrôle, l'éloignement des siens.

— « Heureux ? Si tu l'étais, ce serait une honte ! Toi ! Non, mon petit, non, je ne peux pas croire que tu te plaises à croupir là-dedans. Tu te dégrades, tu t'abêtis ; ça n'a que trop duré. Je t'ai promis de n'agir qu'avec ton assentiment, je tiendrai ma parole, sois tranquille ; mais, réfléchis, regardons froidement les choses en face, toi et moi, comme deux amis… Est-ce que nous ne sommes pas deux amis maintenant ? »

— « Oui. »

— « Tu as confiance en moi ? »

— « Oui. »

— « Alors ? Qu'est-ce que tu crains ? »

— « Je ne veux pas retourner à Paris ! »

— « Mais voyons, mon petit, après le tableau que tu m'as fait de ton existence ici, la vie de famille ne peut pas être pire ! »

— « Oh si ! »

Devant ce cri, Antoine se tut, atterré.

Sa perplexité augmentait. « Nom de Dieu », se répétait-il, sans pouvoir penser à rien. Le temps pressait. Il lui semblait marcher dans les ténèbres. Tout à coup le voile se déchira. Il tenait la solution ! En une seconde tout un plan s'échafauda dans sa tête. Il riait.

— « Jacques ! » s'écria-t-il, « écoute-moi, ne m'interromps pas ! Ou plutôt, réponds : si nous nous trouvions tout à coup, toi et moi, seuls au monde, est-ce que tu ne voudrais pas venir auprès de moi, vivre avec moi ? »

L'enfant ne comprit pas tout de suite.

— « Ah, Antoine », fit-il enfin, « comment veux-tu ? Il y a papa… »

Le père se dressait en travers de l'avenir. Une même idée les effleura : « Comme tout s'arrangerait, si subitement… » Antoine eut honte de sa propre pensée, dès qu'il en eut surpris le reflet dans le regard de son frère ; il détourna les yeux.

— « Ah, bien sûr », disait Jacques, « si j'avais pu être avec toi, rien qu'avec toi, je serais devenu tout autre ! J'aurais travaillé… Je travaillerais, je deviendrais peut-être un poète… un vrai… »

Antoine l'arrêta d'un geste :

— « Eh bien, écoute : si je te donnais ma parole que personne d'autre que moi ne s'occupera de toi, est-ce que tu accepterais de sortir d'ici ? »

— « Ou… i… » C'était par besoin d'affection et pour ne pas contrarier son frère, qu'il acquiesçait.

— « Mais t'engagerais-tu à me laisser organiser ta vie, tes études, et te surveiller en tout, comme si tu étais mon fils ? »

— « Oui. »

— « Bon », fit Antoine, et il se tut. Il réfléchissait. Ses désirs étaient toujours si impérieux qu'il ne doutait jamais de leur exécution ; et, en fait, il avait jusqu'à présent mené à bout tout ce qu'il avait ainsi voulu avec opiniâtreté. Il se tourna vers son cadet, et sourit :

— « Je ne rêve pas », reprit-il, sans cesser de sourire, mais d'une voix résolue. « Je sais à quoi je m'engage. Avant quinze jours, tu m'entends, avant quinze jours… Aie confiance ! Tu vas rentrer dans ta boîte, courageusement, sans avoir l'air de rien. Et avant quinze jours, je te le jure, tu seras libre ! »

Jacques, sans bien entendre, se serrait contre Antoine, avec un appétit soudain de tendresse ; il eût voulu se blottir près de lui, et rester là, longtemps, sans bouger, dans la tiédeur fraternelle de son corps.

— « Confiance ! » répéta Antoine.

Il se sentait lui-même réconforté, et comme ennobli ; il avait plaisir à se trouver maintenant si joyeux et si fort. Il comparait sa vie à celle de Jacques : « Pauvre bougre, il lui arrive toujours des choses qui n'arrivent à personne ! » Il voulait dire : « des choses comme il ne m'en est jamais arrivé ». Il le plaignait ; mais il éprouvait surtout une jouissance très vive à être Antoine, cet Antoine équilibré, si bien organisé pour être heureux, pour devenir un grand homme, un grand médecin ! Il eut envie d'accélérer l'allure, de siffler gaiement. Mais Jacques traînait la jambe et semblait épuisé. D'ailleurs ils arrivaient à Crouy.

— « Confiance ! » murmura-t-il encore une fois, en pressant le bras de Jacques sous le sien.

M. Faîsme fumait son cigare devant le portail. Du plus loin qu'il les vit, il sautilla vers eux.

— « Eh bien, j'espère ! Quelle promenade ! Vous avez été voir Compiègne, je parie ! » Il riait d'aise, et levait les bras. « Par le bord de l'eau ? Ah, la jolie route ! Quel beau pays que le nôtre, pas vrai ? » Il tira sa montre : « Ce n'est pas pour vous commander, docteur, mais si vous voulez ne pas manquer de nouveau votre train… »

— « Je me sauve », dit Antoine. Il se tourna vers son frère et sa voix s'émut : « Au revoir, Jacques. »

La nuit tombait. Il aperçut à contre-jour un visage soumis, des paupières battues, un regard rivé au sol. Il répéta :

— « Au revoir ! »

Arthur attendait dans la cour. Jacques eût voulu prendre congé du directeur ; mais M. Faîsme lui tournait le dos : il poussait lui-même, ainsi que chaque soir, les verrous du portail. Au milieu des aboiements du chien, Jacques entendit la voix d'Arthur :

— « Eh bien, vous venez ? »

Il le suivit.

Il retrouva sa cellule avec une impression de soulagement. La chaise d'Antoine était là, près de la table. L'affection du frère aîné l'enveloppait encore. Il endossa ses vêtements de travail. Le corps était las, mais le cerveau alerte ; il y avait en lui, outre le Jacques de tous les jours, un autre être, immatériel, né d'aujourd'hui, qui regardait agir le premier, qui le dominait.

Il ne put demeurer assis, et se mit à tourner en rond dans la chambre. Un sentiment neuf et puissant le tenait debout : la conscience d'une force. Il s'était approché de la porte, et il restait là, le front au carreau, l'œil fixé sur la lampe du couloir désert. L'atmosphère suffocante du calorifère augmentait sa fatigue. Il dormait presque. Tout à coup, de l'autre côté de la vitre, une ombre se dressa. La porte, fermée à double tour, s'ouvrit : Arthur apportait le dîner.

— « Allons, dépêche, petite crapule ! »

Avant d'entamer les lentilles, Jacques retira du plateau le morceau de gruyère et le gobelet d'eau rougie.

— « Pour moi ? » dit le garçon. Il sourit, prit le bout de fromage et s'en fut le manger près de l'armoire, afin de n'être pas vu de la porte. C'était l'heure où, avant son dîner, M. Faîsme venait, en pantoufles, faire un tour dans le couloir ; et le plus souvent on ne s'apercevait de sa visite qu'après son passage, à l'odeur écœurante du cigare qui pénétrait par le treillage de l'imposte.

1 ... 34 35 36 37 38 39 40 41 42 ... 186
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)