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Les seigneurs de la guerre

Электронная книга - «Les seigneurs de la guerre». Краткое содержание книги:

« Le Monstre pleurait comme un petit enfant. Non du remords d’avoir tué trois douzaines d’hommes, mais de se sentir si loin de sa planète natale. Cette détresse, Corson pouvait la comprendre : il lui fallait user de toute son énergie pour ne pas la partager. »
Pour Georges Corson la guerre est l’unique raison de vivre, la guerre qui oppose les Puissances Solaires aux princes d’Uria. La situation de Corson semble désespéré : perdu, seul, dans la jungle d’Uria à proximité du Monstre dont le seul désir est de tuer. C’est alors qu’une jeune femme terrienne pose son navire spatial près de Corson. Stupéfait de cette présence insolite, il lui demande des nouvelles de la guerre. « Quelle guerre ? » répond-elle.
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— C’est la pire chose qui puisse m’arriver. Comment voulez-vous que je négocie avec un gouvernement qui n’existe pas ?

Il considéra pensivement son cigare.

— Mais, reprit-il, j’ai seulement dit : il semble. Un de mes espions, qui est plus astucieux que les autres, m’a rapporté une curieuse histoire. Cette planète aurait une organisation politique, mais d’un type tout à fait original. Le conseil de cette organisation régnerait sur plusieurs siècles et résiderait dans un autre siècle que celui-ci. Dans quelque trois cents ans, pour être précis. C’est la chose la plus folle que j’aie jamais entendue. Régner sur des morts et sur des enfants pas encore nés.

— Ils n’ont sans doute pas la même conception du gouvernement que vous, dit doucement Corson.

— Des démocrates, n’est-ce pas ? Peut-être même des anarchistes ! Je connais la chanson. Réduire l’administration des gens et des choses au strict minimum. Ça ne dure jamais longtemps. À la première invasion, tout le système s’effondre.

— Ils n’ont pas connu d’invasion depuis plusieurs siècles, dit Corson.

— Eh bien, ils vont réapprendre ce que c’est. En attendant, il y a un autre fait singulier, Corson, dont je ne vous ai pas encore parlé. L’un des membres de ce conseil est un homme.

— Pas très surprenant, se hasarda à dire Corson.

— Il vous ressemble beaucoup, Corson. Je trouve, moi, qu’il s’agit d’une coïncidence plutôt surprenante. Un de vos parents, peut-être.

— Je n’ai pas de si hautes relations, dit Corson.

— Mon agent n’a pas vu personnellement cet homme. Il n’a pas non plus réussi à mettre la main sur un document le représentant. Mais il est tout à fait formel. Cet espion est un physionomiste expert. Il connaît sa typologie sur le bout du doigt. Il n’y a pas une chance sur un million qu’il ait pu se tromper. Par ailleurs, il est bon dessinateur. Il a fait de mémoire un rapide croquis de vous devant ses informateurs. Tous ceux qui avaient vu cet homme vous ont reconnu, Corson. Qu’en pensez-vous ?

— Rien, répondit Corson avec franchise.

Veran le dévisagea soigneusement.

— Il se peut que vous soyez sincère. Je devrais vous soumettre à un détecteur de mensonges, mais vous deviendriez idiot, pour le moins. Et ce n’est pas un imbécile qui m’a envoyé ce message. J’ai malheureusement encore besoin de vous. Quand j’ai appris tout ceci, j’ai essayé d’additionner deux et deux. Cela ne faisait pas quatre. J’ai d’abord pensé que vous étiez peut-être une machine, un androïde. Mais vous avez été examiné sur toutes les coutures depuis que vous êtes parmi nous et j’ai dû écarter cette possibilité. Je sais tout de vous, sauf ce qui se passe dans votre crâne. Vous n’êtes pas une machine et vous n’êtes pas non plus né dans une éprouvette. Vous avez la façon de penser, le courage, les faiblesses d’un humain ordinaire. Légèrement rétrograde à certains égards, comme si vous veniez d’une époque révolue. Si vous accomplissez une mission, je dois reconnaître que vous avez eu les tripes de l’accomplir vous-même. Non sans vous assurer un certain nombre de garanties. Ce fichu message, par exemple. Pourquoi ne jouez-vous pas cartes sur table avec moi, Corson ?

— Je n’ai pas la main, dit Corson.

— La main ?

— Les cartes qu’il faut.

— Peut-être. Mais vous êtes un as dans le jeu de quelqu’un. Et vous vous comportez comme si vous l’ignoriez.

Veran jeta le mégot de son cigare sur le sol et l’écrasa du talon.

— Résumons la situation, dit-il. Ces gens-là disposent du voyage dans le temps. Ils se cachent de l’avoir, mais ils l’ont. Sans cela, un gouvernement situé dans trois siècles ne pourrait pas administrer ce présent. Ils savent déjà ce que je vais faire, ce qui va arriver, sous réserve d’un bouleversement temporel. Et ils n’ont encore rien entrepris, ni contre moi ni contre Ngal R’nda. Ce qui signifie qu’à leurs yeux la situation n’est pas encore mûre. Ils attendent quelque chose. Mais quoi ?

Il inspira profondément.

— À moins qu’ils n’aient déjà commencé d’agir. À moins que vous ne soyez bien un membre de leur conseil en mission spéciale.

— Je n’ai jamais rien entendu d’aussi stupide, dit Corson.

Veran recula d’un pas et tira son arme de sa gaine.

— Je peux vous tuer, Corson. Cela équivaudra peut-être à un suicide. Mais vous mourrez avant moi. Vous n’enverrez jamais ce message et je ne débarquerai jamais sur ce monde et je n’aurai donc pas l’occasion de vous faire prisonnier et de vous tuer, mais le bouleversement temporel sera tel que vous serez atteint. Vous ne serez pas le même. Vous serez un autre. Qu’est-ce qui compte, pour un homme ? son nom, son aspect physique, ses chromosomes ? ou bien ses souvenirs, son expérience, son destin particulier, sa personnalité ?

Ils s’étudièrent. Puis Veran rengaina son arme.

— J’espérais vous faire peur. Je reconnais que j’ai échoué. C’est dur d’effrayer un homme qui a été en Aergistal.

Il sourit.

— Au fond, je vous crois, Corson. Vous êtes probablement l’homme qui siège dans le conseil de cette planète, à trois siècles de maintenant, mais vous ne le savez pas. Vous n’êtes pas encore cet homme. Pour l’instant, vous n’êtes que sa meilleure carte. Il ne pouvait pas venir lui-même parce qu’il savait déjà ce qui était arrivé. Il aurait dû défier la loi de l’information non régressive. Il ne pouvait faire confiance à personne. Alors, il a choisi de s’envoyer lui-même, en utilisant une période antérieure de son existence et en n’agissant sur le cours des événements que par petites touches, en dessous du seuil de bouleversement. Toutes mes félicitations ! Vous êtes promis au plus brillant avenir. Si vous vivez jusque-là.

— Attendez, dit Corson. Il avait pâli. Il s’assit par terre et prit sa tête dans ses mains. Veran avait sûrement raison. Il avait l’expérience des guerres temporelles.

— Rude médecine, hein ? dit Veran. Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous ai dit tout ça. Ne cherchez pas. Dès que je me serai débarrassé de Ngal R’nda, je vous enverrai en ambassade auprès de ce conseil. Puisque j’ai un futur homme d’État sous la main, j’en profiterai. Je vous ai dit que j’avais l’intention de négocier. Je ne demanderai que peu de choses : de l’équipement, des robots, des navires, et je partirai. Je laisserai ce monde en paix. Je n’y toucherai pas même si je parviens à conquérir tout le reste de cette galaxie.

Corson releva la tête.

— Et comment vous débarrasserez-vous de Ngal R’nda ? Il a l’air bien gardé.

Veran eut un rire bref, un rire de loup.

— Ça, je ne vous le dirai pas. Vous pourriez être tenté de me doubler. Vous verrez.

31

Ils entrèrent nus dans l’antichambre de la Présentation. Là, ils subirent le bain rituel et on les recouvrit de toges jaunes. Corson crut sentir les rayons invisibles d’innombrables détecteurs courir sur sa peau, mais c’était une illusion, car les procédés des Uriens étaient plus subtils. Il avait le sentiment que Veran mettrait à profit la Présentation de l’Œuf pour tenter quelque chose, mais il ignorait quoi. Presque certainement, Veran ne portait aucune arme sur lui : les Uriens connaissaient trop bien l’anatomie humaine pour ignorer ses cachettes naturelles. Et si Veran avait voulu tâter de la violence, il serait monté à la charge, à la tête de ses hipprones. Affaire risquée, car les Uriens avaient de quoi répondre, mais où il aurait eu le temps pour allié. Non, il devait avoir dans l’esprit une plus fine audace.

Et pour la seconde fois, Corson traversa les rangs qui s’ouvraient devant lui, et Veran le suivit jusqu’au premier rang.

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