Les seigneurs de la guerre
- Автор: Клейн Жерар
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les seigneurs de la guerre». Краткое содержание книги:
Pour Georges Corson la guerre est l’unique raison de vivre, la guerre qui oppose les Puissances Solaires aux princes d’Uria. La situation de Corson semble désespéré : perdu, seul, dans la jungle d’Uria à proximité du Monstre dont le seul désir est de tuer. C’est alors qu’une jeune femme terrienne pose son navire spatial près de Corson. Stupéfait de cette présence insolite, il lui demande des nouvelles de la guerre. « Quelle guerre ? » répond-elle.
— Il y a l’hipprone sauvage, aussi, dit Corson d’une voix très froide.
— Exact. J’en ai besoin, et du même coup je délivre Uria de cet autre danger. Ai-je tort, Corson ?
— Acceptez-vous mes propositions ? dit Corson.
Veran sourit obliquement :
— Pas avant d’avoir pris mes précautions.
28
Cette fois, ils se faufilaient dans les coulisses du temps. Au travers du système nerveux de l’hipprone, Corson voyait le temps. Les filaments de la bête s’enroulaient autour de ses poignets et caressaient ses tempes. De temps à autre, il lui fallait refouler une nausée. Veran, suspendu de l’autre côté de l’hipprone et qui le guidait, avait exigé que Corson regardât le temps en face. Il espérait que Corson pourrait le guider dans le dédale de la ville souterraine et dans le labyrinthe de la vie de Ngal R’nda.
Ils rampaient dans les crevasses de la réalité, dans un présent toujours neuf. Un être au regard très perçant aurait pu discerner un mouvement d’ombre, peut-être des couleurs fanées, ou encore, avec beaucoup de chance, un fantôme immense et terrible. Avant même qu’il ait cligné des yeux, chassé une poussière absente, ils auraient disparu, happés par l’air ou par une faille sans largeur, ouverte dans un mur. Et si la lumière avait été assez violente pour nimber un détail, il n’aurait aperçu qu’une silhouette plate, transparente. L’hipprone ne demeurait synchronisé avec un présent qu’une fraction de seconde, juste assez pour que Veran et Corson puissent s’orienter. Les murs, les colonnes, les meubles leur étaient un brouillard. Les êtres vivants, les objets mobiles, demeuraient invisibles. C’était le revers de la médaille. On ne peut guère épier sans risquer d’être vu, ni se cacher sans devenir aveugle.
— Dommage que vous ne connaissiez pas cette base à fond, avait dit Veran.
— Je vous ai demandé une semaine ou deux, avait protesté Corson.
Veran avait haussé les épaules.
— Il y a des risques que je prends, d’autres que je refuse. Je ne vais pas attendre une semaine que vous et vos oiseaux placiez des pièges sur mon chemin.
— Et si on nous aperçoit ?
— Difficile à dire. Il ne se passera peut-être rien. Ou peut-être un bouleversement. Ngal R’nda peut comprendre et ne pas vous faire confiance quand vous le rencontrerez. Ou décider de précipiter les choses et lancer son attaque bien plus tôt. Nous ne devons pas être vus. Nous ne devons pas introduire dans le cours de cette histoire des modifications qui risqueraient de nous atteindre. Nous irons seuls. Pas d’escorte. Pas d’armes lourdes. Utiliser une arme quelconque dans un passé dont on dépend équivaut à un suicide. J’espère que vous en êtes conscient.
— Alors il est impossible de piéger le passé.
Veran avait souri largement, découvrant la barre aiguisée qui remplaçait ses dents.
— Je me contenterai d’introduire une petite modification. Une modification qui se situera en dessous du seuil, qui passera inaperçue mais que je pourrai utiliser le moment venu. Vous êtes un homme précieux, Corson. Vous m’avez indiqué le point faible de Ngal R’nda.
— Et je dois vous accompagner ?
— Vous me croyez assez fou pour vous laisser derrière moi ? Et vous connaissez les aîtres.
— Les Uriens s’apercevront de mon absence. Ils n’entendront plus rien.
— Nous pourrions prendre le risque de détacher le transmetteur. Mais je suppose qu’il émettrait aussitôt un signal. Non, nous oserons un silence. Nous ne resterons pas absents de ce présent plus de quelques secondes. Quel âge, selon vous, a cet oiseau ?
— Je l’ignore, avait répondu Corson après un moment d’hésitation. Il est vieux pour son espèce. Et les Uriens vivaient plus longtemps que les humains, de mon temps. Il doit avoir au moins deux cents ans de la Terre, peut-être deux cent cinquante ans si la gériatrie a fait des progrès.
— Nous plongerons en catastrophe, avait dit Veran, satisfait. Ils ne risqueront pas de capter les messages de votre bricole avant même de vous l’avoir mise au cou.
Et maintenant, ils hantaient les allées du temps. Ils s’étaient glissés dans la ville souterraine, traversant des kilomètres de roches qui n’étaient que de la brume. Ils avaient fait irruption dans les galeries, tels des spectres.
Dans l’oreille de Corson, la voix de Veran chuchota :
— Comment le reconnaître ?
— À sa tunique bleue, dit Corson. Mais je suppose qu’il ne passe ici qu’une partie de son temps.
— Sans importance. Quand l’hipprone l’aura repéré, il le suivra à la trace jusqu’au moment de sa naissance. Faut-il dire de son éclosion ?
Une ombre bleue, furtive. Ils ne l’avaient plus quittée, ou de si courts instants que Corson avait peine à croire qu’ils contenaient les mois et les années où Ngal R’nda jouait à la surface son rôle d’Urien pacifique et distingué. Ils remontaient la vie d’un être comme un saumon remonte le cours d’un torrent. L’ombre changea de teinte. Ngal R’nda était jeune et la tunique des Princes d’Uria n’était pas encore tombée sur ses épaules. Peut-être ne ruminait-il pas encore son projet de conquête ? Mais Corson en doutait.
D’autres ombres bleues avaient émergé du cours du temps. D’autres princes issus d’un œuf bleu et qui, depuis longtemps, remâchaient la vengeance. Ngal R’nda avait dit la vérité, il était le dernier. L’approche de sa fin l’avait poussé à l’action. Avant lui, des générations de princes s’étaient contentés d’y rêver.
Ngal R’nda disparut un long moment.
— Il est bien né ici ? demanda Veran, inquiet.
— Je n’en ai pas la moindre idée, dit Corson, irrité du ton du mercenaire. Mais je le crois. Ngal R’nda est trop important pour être né loin du sanctuaire de sa race.
Et à l’instant, l’ombre qui était Ngal R’nda réapparut. Corson ne pouvait pas l’identifier, mais il commençait à savoir déchiffrer les réactions de l’hipprone.
— Et quel est ce piège ? avait demandé Corson.
— Vous verrez.
Veran avait refusé d’en dire plus.
Ils se dirigeaient vers l’éclosion du dernier Prince d’Uria.
Veut-il lui injecter dès sa naissance, pensait Corson, un sensibilisateur génétique qui ne fera son œuvre que dans des années, en présence de son complémentaire ? Ou lui greffer une sonde qui permette de l’espionner toute sa vie durant, pas plus grosse qu’une cellule, en un point que le bistouri n’a aucune chance d’atteindre par hasard ? Ces procédés sont peu subtils. Ils risquent d’introduire une perturbation trop profonde dans la trame du temps.
L’hipprone freina puis s’immobilisa. Toutes les parcelles du corps de Corson parurent s’éloigner les unes des autres, vouloir se mettre à dériver, chacune de son côté. Il déglutit. La nausée s’apaisa peu à peu.
— Il n’est pas encore né, dit Veran.
Usant des sens de l’hipprone, Corson apercevait une grande salle elliptique, étrangement altérée, qui ressemblait à celle de la présentation. Quelques filaments de la bête émergeaient seuls de la paroi et ses deux cavaliers demeuraient noyés dans la pierre, à l’abri des regards.