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Les seigneurs de la guerre

Электронная книга - «Les seigneurs de la guerre». Краткое содержание книги:

« Le Monstre pleurait comme un petit enfant. Non du remords d’avoir tué trois douzaines d’hommes, mais de se sentir si loin de sa planète natale. Cette détresse, Corson pouvait la comprendre : il lui fallait user de toute son énergie pour ne pas la partager. »
Pour Georges Corson la guerre est l’unique raison de vivre, la guerre qui oppose les Puissances Solaires aux princes d’Uria. La situation de Corson semble désespéré : perdu, seul, dans la jungle d’Uria à proximité du Monstre dont le seul désir est de tuer. C’est alors qu’une jeune femme terrienne pose son navire spatial près de Corson. Stupéfait de cette présence insolite, il lui demande des nouvelles de la guerre. « Quelle guerre ? » répond-elle.
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— Avez-vous faim ? dit-il. J’ai quelques rations sur moi.

— Je vous remercie, dit l’homme. Je préfère le poulet, ou le caviar, ou le bœuf braisé. J’ai été stupide de ne pas vous en proposer plus tôt. Vous devez avoir faim après un tel voyage.

Il se mit à genoux, rejeta avec énergie quelques pelletées de sable et découvrit un grand récipient d’argent ouvragé. Il en souleva le couvercle et huma le contenu avec satisfaction.

— Servez-vous et mangez avec vos doigts. Ici, nous sommes pour la simplicité.

— J’ai vu Dyoto, commença Corson.

— Une belle ville, dit l’homme. Un peu démodée.

— Elle était au fond du lac. La guerre l’a complètement détruite.

Surpris, l’homme se redressa sur les coudes et s’assit.

— Quelle guerre ?

Il se mit à rire, doucement, discrètement.

— C’est vrai. Vous venez de la période troublée. Vous avez dû avoir un choc. Vous ne saviez pas.

— Savoir quoi ? dit Corson agressif.

— Dyoto a été abandonnée. Simplement abandonnée. Pas détruite. Elle ne correspondait plus à notre façon de vivre.

Corson essaya de digérer la chose.

— Et comment vivez-vous ?

— Comme vous voyez. Simplement. Nous avons besoin de méditer. Nous nous préparons à…

Il hésita.

— À l’avenir.

— Vous êtes sûr que vous n’avez pas besoin d’aide ? dit Corson en se frottant les mains avec du sable pour les nettoyer des traces de graisse qu’y avait laissées le succulent demi-poulet qu’il venait d’engloutir.

— Nous avons besoin de vous, Corson. Mais pas maintenant, pas ici.

— Vous êtes certain que vous ne manquez de rien ? dit Corson, incrédule.

— Ai-je l’air de manquer de quelque chose ? De vêtements peut-être ? Nous n’en portons plus guère.

— De vivres, de médicaments. Je suppose que toute la plage n’est pas truffée de flacons de vin et de gamelles. Que ferez-vous quand votre réserve sera épuisée ?

L’homme considéra pensivement la mer.

— En effet, dit-il, c’est une idée qui ne m’était jamais venue. Je pense que…

Corson l’interrompit avec véhémence.

— Secouez-vous. Vous êtes fou ? Ou malade ? Il doit y avoir moyen de pêcher dans cette mer, de chasser dans ces bois. Vous n’allez pas vous laisser mourir de faim.

— Je ne crois pas, dit l’homme. Il regarda Corson en face et se leva, d’un seul mouvement. Il était bien bâti, musclé, plus grand que Corson. Des cheveux longs encadraient son visage.

— D’où croyez-vous que vienne ce flacon ?

Corson se leva à son tour et, embarrassé, fit un dessin dans le sable avec la pointe de sa botte.

— Je ne sais pas.

— Quand nous n’aurons plus de vin, nous en redemanderons.

— Ah, dit Corson, dont le visage s’éclaira. Vous habitez dans les dunes et vous êtes venus dîner sur la plage. Vous avez, là-bas, des serviteurs ou des robots.

L’homme secoua la tête.

— Vous ne trouverez dans les dunes ni palais, ni masures, ni serviteurs, ni robots. Je ne crois pas qu’il y ait âme qui vive dans un rayon de quarante kilomètres. Je vois que vous n’avez pas compris notre façon de vivre. Nous n’avons pas d’autre toit que le firmament, ni d’autre couche que le sable, ni d’autres draps que la brise. Trouvez-vous qu’il fasse trop chaud ou trop froid ? Je puis arranger cela.

— Et d’où vient ceci ? dit Corson, irrité, en repoussant du pied le flacon vide.

— D’une autre époque. D’un siècle dans l’avenir ou dans le passé, je n’en sais rien. Nous avons décidé de laisser en friche ces quelques décennies. C’est un lieu de repos et de réflexion bien agréable. Nous contrôlons le climat, bien entendu. Mais vous ne trouverez pas une machine sur toute la planète, en cette époque-ci. Celles dont nous avons besoin restent cachées dans les coulisses du temps. Quand nous avons besoin de quelque chose, l’un de nous entre en contact et le demande. Et l’objet est envoyé ici.

— Et Dyoto ?

— Il y a quelque temps, nous avons trouvé que nous faisions fausse route. Nous avons décidé d’essayer autre chose.

— Ceci, dit Corson.

— Exactement, dit l’homme.

Corson contempla la mer. Il vit un classique coucher de soleil, mais quelque chose s’émut en lui, qui demandait à s’épanouir. La mer étale clapotait sur un rocher, à quelques brasses du rivage, comme un animal définitivement apprivoisé. Le soleil invisible embrasait les nuages. Il chercha instinctivement une lune dans le ciel, mais il n’y en avait pas. Les étoiles, dont il connaissait à présent les constellations, étaient assez nombreuses pour jeter sur ce monde une pâle clarté.

— C’est beau, n’est-ce pas ? dit l’homme.

— C’est beau, reconnut Corson.

Il jeta un coup d’œil hésitant dans la direction des femmes plongées dans le coma ou qui, peut-être, dormaient. Leur attitude suggérait l’abandon. Il crut reconnaître une chevelure brune, la ligne d’un dos. Il fit un pas vers celle qu’il croyait être Antonella. L’homme l’arrêta d’un geste.

— Ne les dérangez pas. Elles tiennent une conférence. Il y est question de vous. Elles sont en contact avec ceux d’Aergistal.

— Antonella, dit Corson.

L’homme détourna la tête.

— Antonella n’est pas ici. Vous la verrez. Plus tard.

— Elle ne me connaît pas encore, dit Corson.

— Je sais. (La voix était douce et basse comme si l’homme avait regretté d’aborder ce sujet.) Il faut qu’elle apprenne à vous connaître.

Il observa un silence.

— Il ne faut pas nous en vouloir.

Puis il enchaîna rapidement :

— Voulez-vous dormir ou préférez-vous que nous parlions maintenant de nos affaires ?

— Je n’ai pas sommeil, dit Corson, mais je voudrais réfléchir un peu.

— Comme il vous plaira, dit l’homme.

Corson resta longtemps silencieux, assis sur le sable, les coudes appuyés sur ses genoux. Le soleil disparut tout à fait. Les étoiles s’agitaient sur la mer. L’air était aussi tiède qu’une peau. Au bout d’un moment, Corson ôta sa combinaison et ses bottes. Il n’osait pas encore se mettre nu, mais il en sentait l’envie grandir en lui, et celle de plonger dans les vagues et de nager, et d’oublier les seigneurs de la guerre. Les marées devaient être faibles, ici. Pas de lune. Seul le soleil lointain faisait vibrer la mer.

Puis il se secoua et rompit le silence. Il parla, d’abord d’une voix mal assurée comme s’il était seul, comme s’il eût craint de rompre l’équilibre subtil de la nuit ou d’éveiller un ennemi. Puis son ton s’affermit.

— Je suis un ambassadeur, dit-il, d’une singulière espèce. J’ai été un soldat. J’ai traversé le temps. J’ai entendu les dieux d’Aergistal. J’ai su que trois dangers menaçaient la paix d’Uria. Le premier était un animal comme celui qui m’a amené, mais sauvage, un fauve. Le second résidait en un complot ourdi contre les humains par les premiers occupants de la planète. Le troisième portait le nom d’un reître surgi de nulle part et que, selon son dire, j’appellerai moi-même sur ce monde. Je le représente ici. Et enfin, je suis mon propre ambassadeur. Je désire purger Uria de tous ces périls, mais les moyens me font défaut. J’espérais trouver ici de l’aide, bien que ceux d’Aergistal m’aient dit de ne compter que sur moi-même. Au prix du succès, selon eux, je conquerrai ma liberté et peut-être plus. Mais je vois bien que c’est une tâche impossible.

— Je sais tout cela, dit l’homme. La tâche est à demi remplie. Vous ne vous en tirez pas mal, Corson, pour un homme de l’ancien temps.

— Le Monstre est en cage, dit Corson, et le complot défait. Je ne sais si je suis capable de plus. Reste Veran, un seigneur de la guerre, dont je suis ici, par mauvaise fortune, l’émissaire.

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