Les seigneurs de la guerre
- Автор: Клейн Жерар
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les seigneurs de la guerre». Краткое содержание книги:
Pour Georges Corson la guerre est l’unique raison de vivre, la guerre qui oppose les Puissances Solaires aux princes d’Uria. La situation de Corson semble désespéré : perdu, seul, dans la jungle d’Uria à proximité du Monstre dont le seul désir est de tuer. C’est alors qu’une jeune femme terrienne pose son navire spatial près de Corson. Stupéfait de cette présence insolite, il lui demande des nouvelles de la guerre. « Quelle guerre ? » répond-elle.
— Je cherche le conseil, dit Corson. J’ai un message à lui transmettre, et même plusieurs.
— Vous le trouverez sur le bord de la mer, à l’ouest d’ici, à trente ou quarante kilomètres. Mais il vous faudra attendre cent vingt, cent trente ans.
— Merci, dit Corson. Mais je n’aurai pas à attendre. Je voyage dans le temps.
— Je m’en doutais, dit l’oiseau. C’était une façon de parler. Vous avez une belle bête.
— Elle se nomme Archie, dit Corson. En souvenir du passé.
Comme il faisait mine de se remettre en selle, l’Urien l’arrêta.
— J’espère que vous ne nous en voulez pas pour autrefois. C’était un accident. La tyrannie engendre la violence. Et les êtres sont des jouets dans les mains des dieux. Ils leur font mener de grands combats pour le plaisir du spectacle. Ils les manipulent. Ils aiment les ballets de feu et de mort. Vous avez dénoué la situation avec tact. Un autre aurait provoqué un massacre. Tous les Uriens vous en sont très reconnaissants.
— Les… vous aussi ? demanda-t-il, incrédule.
— La vieille race et les humains. Tous les Uriens.
— Tous les Uriens, dit Corson, pensif. C’est une bonne nouvelle.
— Bon voyage, mon fils, dit le vieil Urien.
Ainsi, se dit Corson, essayant de percer du regard le brouillard qui montait de la terre et qui les enveloppait, les Uriens et les humains étaient réconciliés. C’était une bonne chose. Les Uriens avaient réussi à exorciser les démons de la guerre. Leur espèce n’était pas condamnée, comme il l’avait cru.
Il commençait à bien connaître la planète. La localisation de la plage lui rappela quelque chose. C’était là qu’Antonella l’avait amené. Une coïncidence ?
Il décida de faire un détour par Dyoto. Une impulsion irraisonnée, l’envie d’accomplir un pèlerinage. Il synchronisa l’hipprone sur une hauteur et leva les yeux, cherchant dans le ciel le nuage pyramidal de la ville reposant en apparence sur les deux piliers des fleuves verticaux.
Le ciel était vide.
Il vérifia sa position. Mais le doute n’était pas possible. Là, dans le ciel, cent cinquante ans plus tôt, une ville prodigieuse s’était élevée. Elle n’avait pas laissé de trace.
Il regarda en bas, vers le fond du creux que dessinaient trois vallées convergentes dont les coteaux étaient boisés et les fonds herbeux. Un lac l’occupait. Corson plissa les yeux, pour mieux voir. Une arête aiguë crevait l’eau du lac, en son centre. Ailleurs, des vagues courtes se brisaient contre des obstacles immergés sous quelques centimètres d’eau. Sous la végétation qui encombrait la rive, il reconnut d’autres ruines géométriques.
La ville s’était abîmée et le fleuve vertical avait donné naissance au lac. Les canalisations souterraines l’alimentaient toujours et le trop-plein s’échappait par un petit ruisseau qui courait au fond de la plus basse des vallées. Dyoto était détruite. La force qui soutenait à près d’un kilomètre du sol ses immeubles s’était évanouie. L’événement était ancien, peut-être vieux d’un siècle, à en juger par l’épaisseur du tapis végétal.
Corson se souvint avec tristesse de l’animation des rues verticales et horizontales de la ville, des essaims de flotteurs qui en surgissaient comme d’une ruche, du magasin où il avait volé de quoi subsister et même de la voix mécanique qui l’avait admonesté avec courtoisie. Il se souvint des femmes de Dyoto.
Dyoto était morte comme tant d’autres villes sur quoi avaient passé les ouragans de la guerre. Dans les profondeurs du lac gisait peut-être le corps de Floria Van Nelle qui l’avait introduit, involontairement, à l’étrangeté de ce monde.
Le vieil Urien avait menti. Son sourire n’avait été qu’ironique. La guerre avait eu lieu et les humains l’avaient perdue. Leurs cités n’étaient plus que ruines.
Il espéra que Floria Van Nelle n’avait pas eu le temps de se rendre compte. Elle n’était pas préparée à cette guerre, à aucune guerre. Si elle avait survécu quelque temps, ç’avait été pour devenir le jouet des mercenaires de Veran, ou, pis encore, la proie des croisés impitoyables du successeur de Ngal R’nda.
Lui, Corson, avait échoué.
Il dut faire un effort pour résister à l’envie de sauter dans le passé. Il se souvint de son rêve, de la ville détruite sous ses yeux et du cri de ce peuple qui prévoyait, trop tard, son destin. Son front se couvrit de sueur. Il n’irait pas, du moins pas maintenant. Il avait un rendez-vous dans l’avenir auquel il ne pouvait se dérober. Là-bas, avec le conseil s’il subsistait, il faudrait aviser et voir s’il était possible encore de pousser sur une autre voie le lourd char de l’histoire. Il serait temps, alors, de revenir en arrière et de découvrir ce qui avait mal tourné.
Et même s’il ne pouvait rien de plus, il tuerait Veran. Une cloche fêlée tinta dans sa tête. S’il tuait Veran, il mourrait. Le collier pousserait dans ses veines les dards empoisonnés. Il ne devait même pas penser à combattre Veran. Sinon, il se tuerait lui-même. Il ne pouvait pas abandonner, maintenant.
Il refoula son désir de vengeance. Il remonta sur sa selle, épuisé, et relança l’hipprone.
Il avançait mollement, et, pour la première fois, il s’aperçut que le temps était gris. Dans l’impénétrable brouillard des siècles, nuits et jours mêlés, il sentit l’hipprone lui échapper. Ses doigts jouèrent sur les filaments, mais en vain. La bête, peut-être lasse ou peut-être soumise à une volonté étrangère, menaçait de se synchroniser. Découragé, il la laissa faire.
Le son de la mer. Un rythme lent et régulier. Il se trouvait sur une longue plage que le soleil couchant finissait de dorer. La circonstance le frappa. Les hipprones se synchronisaient spontanément en plein jour. Leur appétit d’énergie en était la cause. Mais le crépuscule, cette fois, avait attiré celui-là.
Corson ouvrit grands les yeux. Sur le sable, devant lui, trois corps nus étaient allongés, sans mouvement. Il enleva son casque et sentit que l’air était tiède.
Trois corps nus, peut-être sans vie, tout ce qui restait du conseil d’Uria. Un homme et deux femmes à la lisière de la mer, telles les victimes d’un épouvantable naufrage, rejetées par les marées.
33
Lorsque Corson s’approcha, l’homme bougea. Il s’appuya sur un coude et considéra le nouvel arrivant. Il souriait et ne semblait pas avoir beaucoup souffert.
— Oh, dit-il. Vous êtes l’homme d’Aergistal. Je vous attendais.
Corson parvint à dire :
— Le conseil…
— Il est ici, dit l’homme. Le conseil d’Uria pour mille ans.
Corson se pencha sur lui.
— Vous avez besoin de secours ?
— Je ne pense pas. Asseyez-vous donc.
— Ces femmes…, dit Corson, en se laissant tomber sur le sable.
— Elles sont en contact. Ne les dérangez pas.
— En contact ?
— Nous avons tout le temps. Il fait vraiment bon, ce soir, vous ne trouvez pas ?
Il se mit à creuser le sable et découvrit un flacon de cristal qu’il tendit à Corson après l’avoir débouché.
— Buvez un coup, mon vieux, vous faites une drôle de tête.
Corson ouvrit la bouche, puis se ravisa. Si le naufragé estimait qu’ils avaient le temps, pourquoi le contredire ? Il but une gorgée. Le vin était frais. Surpris, il avala de travers et manqua s’étouffer.
— Vous n’aimez pas ? dit le naufragé.
— C’est le meilleur vin que j’aie jamais bu.
— Eh bien, videz la bouteille, mon cher. Il y en a d’autre.
Corson ôta ses gants pour boire plus à son aise. Une seconde rasade le réchauffa. Puis il se souvint de l’endroit et des circonstances.