Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
« Pas de ça. Il peut t’arriver bien pire. » Et le pire arriverait, aucun doute là-dessus, mais il n’avait pas besoin de le savoir tout de suite. « Les petites fugueuses… » nous demandâmes à nouveau de notre voix douce-froide.
Et nous attendîmes quelques secondes, surveillant ses yeux, pour être sûrs qu’il n’allait pas crier, puis nous retirâmes le bâillon.
« Bon Dieu ! dit-il d’une voix rauque. Mon oreille…
— Il t’en reste une, tout aussi jolie. Parle-nous des filles sur les photos.
— « Nous » ? Comment ça, « nous » ? Bon Dieu, j’ai mal… » gémit-il.
Il y en a qui sont vraiment obtus. Je replaçai le bâillon dans sa bouche et me mis au travail.
J’eus un peu de mal à garder mon sang-froid ; plutôt normal, étant donné les circonstances. Mon cœur battait la chamade et je devais lutter pour empêcher ma main de trembler. Mais je m’attelai à mon travail, me mis à explorer, à chercher quelque chose qui se dérobait sans cesse. Excitant, mais aussi terriblement frustrant. La pression augmentait peu à peu à l’intérieur, montait jusque dans mes oreilles et sifflait afin d’être libérée, mais aucune libération ne venait. Seulement cette pression croissante, et la sensation diffuse qu’un état merveilleux existait juste au-delà de mes sens et que je n’avais qu’à le trouver pour y plonger sans retenue. Mais je ne le trouvais pas, et aucune de mes vieilles pratiques ne venait me combler. Que faire ? Dans ma confusion, j’ouvris une veine ; une horrible flaque de sang se forma sur le film plastique à côté du gardien. Je m’interrompis un instant, cherchant une réponse, mais en vain. Je détournai les yeux et regardai par le trou béant de la fenêtre. Je demeurai figé ; j’en oubliai presque de respirer.
La lune était là, au-dessus de l’eau. Sans que je puisse me l’expliquer, cette vision me paraissait si juste, si nécessaire : pendant un moment je restai là à contempler l’eau, à la regarder miroiter, si parfaite. Je vacillai et butai contre la table de fortune, et repris mes esprits. Mais la lune… Ou était-ce l’eau ?
Si près… J’étais si près de ce quelque chose qui m’échappait ; je pouvais presque le sentir. Mais c’était quoi ? Je fus secoué d’un frisson, qui me parut très juste aussi, si juste qu’il fut le premier d’une longue série, jusqu’à ce que je me mette à claquer des dents. Mais pourquoi ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? J’avais touché quelque chose d’important, une pureté et une clarté prodigieuses qui auréolaient la lune et l’eau, hors de la portée de mon couteau, toujours hors d’atteinte.
Je tournai à nouveau les yeux vers le gardien. Il m’exaspérait, allongé ainsi, couvert de marques improvisées et de sang inutile. Mais je ne pouvais rester longtemps énervé avec cette magnifique lune de Floride qui cognait dehors, la brise tropicale qui soufflait et les autres merveilleux bruits de la nuit : le ruban adhésif qui vibrait, la respiration paniquée. J’en aurais presque ri. Il y a des gens qui choisissent de mourir pour des choses très inhabituelles ; mais cette affreuse vermine, lui, c’était pour des fils de cuivre ! Et il fallait voir sa tête : il avait l’air mortifié, absolument perdu et désespéré. J’aurais trouvé ça drôle si je ne m’étais senti aussi frustré.
Et il méritait quand même un peu plus d’efforts de ma part ; après tout, il n’y était pour rien si je n’étais pas au meilleur de ma forme. Il n’était même pas assez abject pour figurer sur ma liste prioritaire. C’était juste une petite crapule qui tuait des gosses pour se faire de l’argent et prendre un peu son pied – et encore, seulement quatre ou cinq, à ma connaissance. J’avais presque pitié de lui. Ce n’était pas exactement un champion.
Allez, au travail ! Je revins me placer aux côtés de Jaworski. Il ne se débattait plus autant, mais il était encore beaucoup trop alerte pour mes méthodes ordinaires. Naturellement, je n’avais pas apporté mes joujoux ultra-professionnels et ce dut être une expérience un peu rude pour Jaworski. Mais, comme un bon petit soldat, il ne protesta pas. J’éprouvai un élan d’affection pour lui et je ralentis mon rythme, prenant particulièrement soin de ses mains. Il répondit avec un véritable enthousiasme et je me laissai complètement aller, pris par ma joyeuse exploration.
Ce furent ses cris étouffés et ses mouvements frénétiques qui finirent par me ramener à moi. Et je me rappelai soudain que je ne m’étais même pas assuré de sa culpabilité. J’attendis qu’il se calme, puis j’enlevai la boule de plastique de sa bouche.
« Les petites fugueuses… nous demandâmes.
— Bon Dieu. Bon Dieu. Seigneur… dit-il d’une voix faible.
— Je ne crois pas qu’il t’entende. Je crois qu’on l’a laissé à la maison.
— S’il vous plaît, implora-t-il. Oh, s’il vous plaît…
— Parle-moi des fugueuses.
— D’accord, souffla-t-il.
— C’est toi qui les as enlevées.
— Oui…
— Combien ? »
Pendant un moment, il n’y eut que le bruit de sa respiration. Il avait les yeux fermés et je crus l’avoir perdu quelques secondes trop tôt. Enfin il rouvrit les yeux et me regarda.
« Cinq, finit-il par dire. Cinq petites beautés. J’ai aucun regret.
— Bien sûr que non. » Je posai une main sur son bras. C’était un moment sublime. « À présent c’est à moi de n’en avoir aucun. »
Je fourrai à nouveau la boule de plastique dans sa bouche et me remis au travail. Mais je venais à peine de trouver mon rythme lorsque j’entendis le vigile en bas.
CHAPITRE XV
C’est le grésillement de sa radio qui m’alerta. J’étais complètement absorbé par quelque chose que je n’avais encore jamais essayé lorsque je l’entendis. Je travaillais sur le torse avec la pointe du couteau et commençais à sentir les premiers vrais picotements de plaisir parcourir mes vertèbres et mes jambes ; je n’avais aucune envie d’arrêter. Mais une radio… C’était bien pire qu’un simple vigile. S’il appelait des renforts ou faisait bloquer la route, il me serait difficile d’expliquer certains de mes agissements.
Je considérai Jaworski. Il était presque fini maintenant, et pourtant je n’étais pas satisfait de la tournure qu’avaient prise les événements. Beaucoup trop de gâchis, et je n’avais pas vraiment trouvé ce que je recherchais. Plusieurs fois j’avais eu l’impression fugace que j’étais sur le point de découvrir quelque chose de fabuleux, d’avoir une révélation stupéfiante en rapport avec… quoi donc ? L’eau qui coulait de l’autre côté de la fenêtre ? Mais il ne s’était rien produit finalement. Et je me retrouvais avec un violeur d’enfants inachevé, indécent, incommodant, insatisfaisant, et un agent de sécurité qui s’apprêtait à nous rejoindre.
Je déteste bâcler la fin. C’est un moment si important, et un tel soulagement pour tous les deux, le Passager Noir et moi-même. Mais que pouvais-je faire d’autre ? Pendant un certain temps – qui fut un peu long, je l’avoue, à ma grande honte –, j’envisageai même de tuer le vigile afin de pouvoir continuer. Ce serait facile, et je pourrais poursuivre mon exploration en repartant de zéro…
Mais non. Bien sûr que non. C’était hors de question. Le vigile était innocent, aussi innocent qu’on peut l’être quand on vit à Miami. Sa faute la plus grave devait consister à tirer de temps en temps sur de pauvres conducteurs le long de Palmetto Expressway. Blanc comme neige, pour ainsi dire. Non, il fallait que je décampe au plus vite, il n’y avait pas d’autre solution. Et si j’étais obligé de laisser Jaworski inachevé et de rester moi-même insatisfait, eh bien, j’aurais plus de chance la fois suivante.