Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Je baissai les yeux sur cette saleté d’insecte et je me sentis envahi par le dégoût. Il crachait sang et morve en même temps, et cette soupe immonde se répandait sur son visage. Un affreux filet rouge sortit de sa bouche. Dans un accès de dépit, je lui tranchai net la gorge. Je regrettai immédiatement ce geste impulsif. Une horrible fontaine de sang jaillit, et ce spectacle rendit toute l’affaire d’autant plus regrettable : un énorme gâchis. Me sentant sale et frustré, je me ruai vers la cage d’escalier. Mon Passager Noir se manifesta par un grognement d’irritation.
Parvenu au deuxième étage, je me glissai furtivement vers la fenêtre sans vitres. Juste au-dessous était garée la voiturette du vigile, l’avant tourné vers Old Cutler Road, ce qui, j’espérais, signifiait qu’il venait de l’autre direction et n’avait donc pas vu ma voiture. Debout contre le véhicule se tenait un jeune homme corpulent au teint olivâtre, aux cheveux noirs et à la fine moustache, qui, les yeux levés, était en train d’examiner le bâtiment ; par chance, il regardait de l’autre côté à ce moment précis.
Qu’avait-il entendu ? S’agissait-il d’un simple arrêt de routine dans sa tournée d’inspection ? C’était souhaitable. S’il avait effectivement entendu un bruit… s’il restait posté dehors et appelait des renforts, je me ferais probablement prendre. Et, aussi malin et beau parleur que j’étais, je ne croyais pas que mes talents d’orateur suffiraient à me sortir de ce mauvais pas.
Le jeune vigile porta la main à son visage et se caressa la moustache, comme pour l’encourager à pousser davantage. Il fronça les sourcils, balaya du regard la façade de l’immeuble. Je me baissai vivement. Lorsque je jetai un coup d’œil discret quelques secondes plus tard, je ne vis que le sommet de son crâne. Il pénétrait à l’intérieur.
J’attendis jusqu’à ce que j’entende son pas dans l’escalier. Puis je passai par la fenêtre et me retrouvai suspendu entre le premier et le deuxième étage, me raccrochant au rebord en ciment rêche de la fenêtre, avant de me laisser tomber. La chute fut douloureuse ; je me tordis une cheville sur une pierre et m’écorchai un doigt. Mais je me carapatai dans l’obscurité aussi vite que possible tout en boitant et filai jusqu’à ma voiture.
Mon cœur battait fort lorsque je me glissai enfin sur le siège avant. Je tournai la tête mais ne vis aucun signe du vigile. Je démarrai et, les phares encore éteints, roulai aussi rapidement et aussi silencieusement que je pus, gagnai Old Cutler Road, puis bifurquai vers South Miami avant d’emprunter Dixie Highway pour rentrer chez moi par le chemin le plus long. Mon pouls battait encore dans mes oreilles. Quel risque stupide j’avais pris ! Je n’avais jamais rien fait d’aussi irréfléchi ; jamais je n’avais fait quoi que ce soit sans l’avoir soigneusement planifié. C’était la méthode Harry : être prudent, protégé et préparé.
Et voilà le résultat. J’aurais pu me faire prendre. J’aurais pu être vu. Que j’avais été stupide. Si je n’avais entendu l’agent de sécurité à temps, j’aurais peut-être été obligé de le tuer. Tuer un homme innocent en recourant à la violence ; j’étais à peu près certain que Harry aurait désapprouvé. C’était si sale et déplaisant, en outre.
Bien sûr, je n’étais pas encore tiré d’affaire ; le vigile pouvait parfaitement avoir noté mon numéro d’immatriculation s’il était passé devant ma voiture. J’avais pris des risques insensés et terribles, avais dérogé à toutes mes procédures habituelles, avais mis en jeu ma petite existence soigneusement construite… et pour quoi ? Un meurtre un peu palpitant ? Honte à moi. Et des sombres recoins de mon esprit me parvint en écho Oh oui ! Honte à toi, puis le gloussement familier.
J’inspirai profondément et regardai ma main sur le volant. Cela avait été palpitant, toutefois, je ne pouvais le nier. Ç’avait même été follement excitant, plein de vie et de nouvelles sensations, suivies d’une intense frustration. Une expérience entièrement nouvelle et passionnante. Et j’avais la drôle d’impression que tout cela menait quelque part : un lieu important, à la fois nouveau et familier. Ce serait vraiment à explorer davantage la prochaine fois.
Quoiqu’il n’y aurait pas de prochaine fois, bien entendu. Jamais je ne referais quelque chose d’aussi bête et impulsif. Jamais. Mais l’avoir fait une fois, c’était plutôt amusant…
Tant pis. J’allais rentrer chez moi et prendre une douche exceptionnellement longue, et le temps que j’aie fini…
Temps. Quelle heure était-il ? La pensée fusa dans mon esprit contre mon gré. J’avais convenu de retrouver Rita à… à cette heure-ci, plus ou moins, si l’heure indiquée sur le tableau de bord était exacte. Et pour quel sombre dessein ? J’ignorais ce qu’il pouvait se passer dans l’esprit d’un être humain du sexe féminin. Pourquoi fallait-il d’ailleurs que j’y accorde une seule pensée à un moment comme celui-ci, alors que toutes mes terminaisons nerveuses étaient à vif et grinçaient de frustration ? Rita pouvait me hurler dessus, je m’en moquais bien. Je me fichais pas mal des observations cinglantes qu’elle ne manquerait pas de faire sur les travers de ma personnalité, mais c’était agaçant de devoir passer du temps à l’écouter quand j’avais des préoccupations ô combien plus importantes. J’avais très envie en particulier de songer à ce que j’aurais dû faire et n’avais pas fait avec ce cher feu Jaworski. Avant que fût cruellement interrompu un plaisir qui était sur le point d’atteindre son paroxysme, tant de sensations nouvelles s’étaient manifestées qui requéraient à présent ma disponibilité d’esprit ; j’avais besoin de penser, de réfléchir et de comprendre où tout cela m’aurait mené. De plus, était-ce lié d’une façon ou d’une autre à cet artiste qui me suivait dans l’ombre et me défiait par son travail ?
Avec toutes ces interrogations, quel besoin avais-je de Rita maintenant ?
Mais, bien sûr, j’irais la retrouver. Ma visite pourrait même s’avérer utile si par hasard j’avais besoin d’un alibi pour ma petite aventure avec le gardien. Voyons, inspecteur, comment pouvez-vous imaginer une seconde que… ? Et puis de toute manière, à ce moment-là, j’étais en train de me disputer avec ma petite amie. Enfin, ex-petite amie. Car je n’avais pas l’ombre d’un doute que Rita cherchait seulement à… quel était le mot que tout le monde utilisait ces derniers temps ? « Se décharger » ? Oui, c’est ça. Rita voulait que je passe chez elle pour se décharger sur moi. J’avais de gros défauts qu’elle voulait à tout prix me signaler avec le coup de gueule de rigueur, et ma présence était nécessaire.
Je pris quelques minutes supplémentaires pour me nettoyer. Je rebroussai chemin jusqu’à Coconut Grove et me garai tout au bout du pont qui surplombe la voie navigable. Un canal profond coule en dessous. Je trouvai deux gros cailloux sous les arbres au bord de l’eau, les fourrai dans mon sac qui contenait le plastique, les gants et le couteau, et lançai le tout au milieu du canal.
Je fis un autre arrêt, dans un petit parc sombre situé à proximité de la maison de Rita, et me lavai soigneusement. Je me devais d’être net et présentable ; se faire hurler dessus par une femme furieuse exige de respecter un certain protocole.
Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je sonnai chez elle quelques minutes plus tard ! Elle n’ouvrit pas la porte à la volée en me bombardant d’injures et d’objets divers. En fait, elle l’ouvrit très lentement et très prudemment, en se cachant à moitié derrière, comme effrayée par ce qui aurait pu se trouver de l’autre côté. Étant donné que c’était moi, elle faisait preuve ainsi d’une extrême sagesse.