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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Ce cercle incluait Maya et Michel, qui habitaient dans un appartement au-dessus d’un studio de danse, partageaient leurs informations avec Coyote (et les mettaient à profit), mais se tenaient généralement à carreau et évitaient les points de contrôle, parce qu’ils étaient sur la liste des personnes recherchées par l’ATONU – liste qui allait en s’allongeant, d’ailleurs. Et après ce qui était arrivé à Sax, et à Sabishii, personne n’avait envie de se faire épingler.

La situation actuelle inquiétait Coyote et le mettait en rage. Hiroko et son groupe, qui avaient disparu – avaient été tués, en d’autres termes (bien qu’il n’en soit pas encore sûr) ; Sax, qui avait subi des dommages cérébraux ; Maya et Michel, qui vivaient terrés comme des rats dans leur trou ; on ne pouvait pas se retourner sans voir des agents de la sécurité de l’ATONU. Et des postes de contrôle. Même son réseau d’espions : rien ne prouvait que l’un d’eux n’avait pas changé de camp. Par exemple, cette jeune femme, employée au quartier général de l’ATONU de Burroughs, une Dravidienne très séduisante, qui était assise dans l’herbe à côté de lui. Elle lui racontait que Hastings devait arriver par le train de Sheffield, le surlendemain. Hastings, la Némésis de Coyote. Mais était-ce vrai ? Il trouvait la séduisante jeune femme plus laconique que d’habitude, aimable, mais les yeux brillants. Ses mouchards lui disaient qu’elle n’était pas équipée de micro clandestin, mais elle avait pu se laisser retourner et lui raconter des histoires, ou lui tendre un piège, comment savoir ?

Elle était censée se renseigner sur ce que la sécurité de l’ATONU savait sur les Rouges radicaux. Irrité, il l’interrogea sur ce sujet et elle hocha la tête : elle avait aussi des informations sur ce dossier. Apparemment, ils en savaient un rayon. Pas mal. Il la soumit à un feu roulant de questions. C’était de plus en plus intéressant. Elle lui dit sur les Rouges des choses qu’il ne savait pas lui-même.

Il finit par la laisser partir avec un sourire chaleureux. Il était toujours égal à lui-même avec tout le monde, et il ne pensait pas qu’elle ait perçu ses soupçons. Il siffla son verre de métaxa, l’abandonna dans l’herbe et s’aventura dans la rue des Cyprès, vers le petit studio de danse. Des gens pirouettaient derrière la vitre. Il se faufila à l’étage et gratta-tapa à la porte selon son code personnel. Maya le fit entrer.

Ils commentèrent les dernières nouvelles et comparèrent leurs informations. L’une des craintes de Maya, à ce moment-là, était que les Rouges radicaux ne frappent avant que le reste de la résistance ne soit prêt, et Coyote convint que c’était une possibilité inquiétante, même s’il appréciait généralement l’attitude des Rouges. Mais il avait d’autres nouvelles pour elle.

— Ils croient apparemment pouvoir interrompre le terraforming, lui dit-il. Renverser le système. L’ATONU a infiltré une taupe quelque part, et ils ont appris ça. Il y a une faction Rouge qui croit pouvoir y arriver par des moyens biologiques. Une autre faction voudrait intervenir sur les bombes thermiques enfouies dans le sous-sol. Saboter un de ces réacteurs nucléaires de telle sorte que les radiations remontent à la surface, ce qui entraînerait la fermeture de l’installation.

Maya secoua la tête, écœurée.

— Irradier la surface ! C’est dingue.

Coyote ne pouvait qu’acquiescer bien qu’il ait généralement de la sympathie pour eux.

— Espérons que l’ATONU écrasera ces groupes avant qu’ils ne passent à l’action.

Maya fit la grimace. Qu’ils soient mal inspirés ou non, les Rouges étaient leurs alliés et l’ATONU leur ennemi commun.

— Non. Il faut les prévenir qu’ils sont infiltrés. Et les convaincre de renoncer à cette folie. De suivre la stratégie générale.

— Sinon, il faudra peut-être que nous mettions nous-mêmes fin aux agissements de ces cinglés…

— Non. Je vais parler à Ann.

— Très bien.

De l’avis de Coyote, c’était une perte de temps pour tout le monde. Mais Maya y tenait mordicus, alors…

Michel arriva et ils s’interrompirent pour prendre le thé. Coyote sirota le sien et secoua la tête.

— Compte tenu de la crispation du débat, il se pourrait que nous soyons obligés de passer à l’action avant d’être tout à fait prêts.

— Je préférerais attendre Sax, répondit Maya, comme toujours.

Lorsqu’il eut fini son thé, Coyote se leva.

— Je voudrais faire quelque chose au cas où Hastings viendrait par ici, dit-il.

Maya secoua la tête. Ce n’était pas le moment d’abattre leur jeu.

Mais Maya n’avait qu’une idée en tête, ces temps-ci : attendre sans bouger jusqu’au dernier moment. Elle vivait cachée comme un cloporte sous une pierre, et tout le mouvement devait en faire autant. Elle ne voulait pas en démordre, et elle réussissait généralement à faire valoir son point de vue auprès de la plupart des membres du mouvement. Il y aura un événement déclencheur, disait-elle en substance. Je le saurai quand je le verrai.

Mais les voyant, Michel et elle, dans leur tanière, Coyote s’énervait.

— Juste un petit signe, dit-il. Rien de méchant.

— Non, répliqua-t-elle.

— Bon, on verra, dit-il.

Il quitta leur cachette, retourna au bord du canal et but quelques verres en fulminant. Cette Maya recluse dans son gourbi l’énervait. Enfin, c’était une dangereuse révolutionnaire. La prudence s’imposait. Et pourtant, la situation devenait sérieuse et pire que ça : ennuyeuse. Il fallait faire quelque chose.

Et puis il fallait qu’il sache si cette jeune femme jouait un double jeu ou non.

Le lendemain soir, à l’heure où les serveurs commençaient à retourner les chaises sur les tables des restaurants désertés en s’engueulant d’une voix morne et lasse, Coyote flâna ostensiblement vers le bout du canal Niederdorf en s’assurant qu’il n’était pas suivi. Ses contacts l’attendaient près de la dernière colonne de Bareiss. Ils repartirent séparément vers les boutiques situées au coin du boulevard du Grand Escarpement et de la rue des Cyprès. Coyote les aborda là, entre deux cyprès : deux jeunes femmes en noir, dont celle du quartier général.

— Telles des dryades dans la nuit, dit-il.

Les deux femmes partirent d’un rire étranglé.

— Vous avez la banderole ?

Elles hochèrent la tête d’un air tendu et lui montrèrent un paquet qui tenait dans le creux de la main.

Il les mena dans la nuit, vers le haut de la butte d’Ellis, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent au-dessus des cyprès qui ondoyaient doucement dans la brise nocturne. Il paraissait faire agréablement frais au début, mais la pente était assez forte et ils furent vite en nage.

Coyote avait depuis longtemps mémorisé le sentier de terre battu qui empruntait une saignée dans la paroi nord de la mesa. Les neuf mesas de Burroughs étaient devenues des gratte-ciel stupéfiants et dans l’esprit des gens ça n’avait jamais été autre chose que cette congrégation de cathédrales massives, de sorte que les escalader maintenant revenait à gravir la paroi d’un bâtiment, ce qui ne se faisait plus que rarement. Mais chacune des mesas était enlacée par d’anciens sentiers, quand on savait où chercher. Et Coyote avait ses chemins à lui, un peu partout.

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