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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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26. Ces hommes-là établissent, dit-il174, par la raison et le jugement que ce que l'on raconte sur les enfers et les souffrances futures est imaginaire, mais quand l'occasion s'offre d'en faire l'expérience, quand la vieillesse et les maladies les rapprochent de la mort, alors la terreur qu'ils en éprouvent les remplit d'une croyance nouvelle, tant est grande l'horreur de ce qui les attend. Et parce que de telles idées rendent les cœurs craintifs, il défend dans ses Lois toute mention de semblables menaces, tout ce qui pourrait faire naître l'idée que les Dieux puissent causer à l'homme un mal quelconque, à moins que ce ne soit, comme dans le cas d'un médicament, pour son bien. On dit que Bion avait été contaminé par l'athéisme de Théodore, et qu'il s'était longtemps moqué des hommes religieux ; mais quand la mort le surprit, il se laissa aller aux plus stupides superstitions : comme si les Dieux pouvaient disparaître et apparaître en fonction de l'état de Bion !

27. Platon et ces exemples mènent à la conclusion que nous sommes ramenés à la croyance en Dieu par le raisonnement ou par la contrainte. L'athéisme est une proposition en quelque sorte dénaturée et monstrueuse, malaisée à faire admettre à l'esprit humain, si insolent et déréglé qu'il puisse être. Mais on a vu nombre d'hommes, par vanité et par fierté de concevoir des opinions originales et prétendant réformer le monde, adopter cette posture ; ils ne sont ni assez fous ni assez forts pour avoir véritablement en conscience adopté cette opinion, et si vous leur donnez un bon coup d'épée dans la poitrine, vous les verrez joindre les mains vers le ciel. Et quand la crainte ou la maladie auront fait retomber cette ferveur provocatrice et quelque peu instable, ils ne manqueront pas de se reprendre et de se laisser discrètement conduire par les croyances et les exemples ordinaires. Un dogme véritablement assimilé est une chose ; ces positions superficielles en sont une autre ; nées de la divagation d'un esprit détraqué, elles flottent inconsidérément et sans certitude dans l'imagination. Hommes bien malheureux et écervelés, qui s'efforcent d'être encore pires qu'ils ne le peuvent !

28. L'erreur du paganisme, et l'ignorance de notre sainte vérité, ont conduit l'âme de Platon, certes grande, mais de grandeur humaine seulement, à adopter cette fausse idée que ce sont les enfants et les vieillards qui sont les mieux disposés envers la religion, comme si elle naissait et tirait sa force de notre débilité !

29. Le nœud qui devrait lier notre jugement et notre volonté, qui devrait étreindre notre âme et l'unir à notre Créateur, ce devrait être un nœud tirant sa force et ses entrelacs non pas de nos considérations, de nos raisonnements et de nos émotions, mais d'une étreinte divine et surnaturelle, n'ayant qu'une forme, qu'un visage, qu'un aspect : l'autorité de Dieu et sa grâce. Or notre cœur et notre âme étant régis et commandés par la foi, il est légitime que celle-ci utilise au service de son dessein toutes nos autres facultés, selon leurs capacités. Aussi ne peut-on croire qu'il n'y ait, dans toute cette machinerie du monde, quelques marques et empreintes de la main de ce grand architecte, et qu'il n'y ait pas, parmi toutes les choses qu'il y a dans le monde, quelque image qui rappelle un peu l'ouvrier qui les a formées et bâties. Il a laissé paraître en ces ouvrages sublimes le caractère de sa divinité, et si nous ne pouvons le découvrir, cela ne tient qu'à notre faiblesse. C'est ce qu'il nous dit lui-même : ses œuvres invisibles, il nous les manifeste par des œuvres visibles.

30. Sebond s'est attelé à cette noble tâche qui consiste à nous montrer comment il n'est rien dans le monde qui vienne démentir son auteur. Ce serait faire tort à la bonté divine si l'univers ne correspondait pas à ce que nous croyons. Le ciel, la terre, les éléments, notre corps et notre âme, toutes choses y conspirent : il suffit de trouver le moyen de les utiliser, et elles nous instruisent si nous sommes capables de comprendre. Car ce monde est un temple sacré dans lequel l'homme a été introduit pour y contempler des statues qui n'ont pas été faites de main humaine, mais que la divine pensée a rendues sensibles : le soleil, les étoiles, les eaux, la terre, pour nous donner une représentation de ce qui n'est pas intelligible. Les choses invisibles dues à Dieu, dit saint Paul, se manifestent par la création du monde, si nous considérons sa sagesse éternelle et sa divinité à travers ses œuvres.

Dieu ne refuse pas à la terre la vue du ciel :

C'est son propre visage et son corps qu'il nous révèle

En le faisant rouler sans cesse au-dessus de nos têtes.

Il se donne à nous, il s'imprime en nous

Pour que nous puissions bien le connaître,

Contempler sa marche et obéir à ses lois175.

[Manilius Astronomica IV, 907]

 

31. Nos explications et nos raisonnements humains sont une sorte de matière brute et stérile : c'est la grâce de Dieu qui leur donne forme, c'est elle qui la façonne et en fait la valeur. De même que les actions vertueuses de Socrate et de Caton d'Utique demeurent vaines et inutiles pour n'avoir pas eu leur véritable finalité, pour avoir ignoré d'aimer et d'obéir au vrai créateur de toutes choses, pour avoir ignoré Dieu — ainsi en est-il de nos idées et de nos raisonnements : ils ont bien un corps, mais c'est une masse informe, sans contours, sans éclat, si la foi et la grâce de Dieu n'y sont pas associées. Et la foi qui vient teindre et illustrer les arguments de Sebond les rend fermes et solides : ils peuvent nous servir à nous diriger, ils sont un premier guide à un novice, pour le mettre sur le chemin de la connaissance ; ils le façonnent en quelque sorte, et permettent à la grâce de Dieu de parachever et parfaire ensuite notre croyance.

32. Je connais un personnage important, fort cultivé, qui m'a confessé avoir échappé aux erreurs de la mécréance grâce aux arguments de Sebond. Et même si on leur ôtait ce vernis, si on leur enlevait le secours et la confirmation de la foi, et qu'on les tienne pour de pures inventions humaines, ils se montreraient encore, dans le combat contre ceux qui sont tombés dans les épouvantables et horribles ténèbres de l'irréligion, aussi solides et fermes que tous ceux du même genre qu'on pourrait leur opposer. Aussi pouvons-nous dire à nos adversaires :

Si vous avez de meilleurs arguments, produisez-les ;

Sinon soumettez-vous.

[Horace Épîtres I, 5]

 

Qu'ils subissent la force de nos preuves, ou qu'ils nous en montrent d'autres, et sur quelque autre sujet, de mieux tissées et étoffées.

33. Mais je me suis, sans même y penser, déjà engagé à demi dans la seconde objection à laquelle je m'étais proposé de répondre pour Sebond : certains disent que ses arguments sont faibles et incapables de démontrer ce qu'il veut, et ils se font forts de les faire aisément s'effondrer. Il faut s'attaquer à ces adversaires-là un peu plus rudement, car ils sont plus dangereux et plus perfides que les premiers.

34. On interprète volontiers ce que disent les autres en fonction de nos opinions a priori176, et pour un athée, tous les écrits ont quelque chose à voir avec l'athéisme, car il infecte la matière innocente de son propre venin. Ces gens-là ont donc une opinion toute faite qui leur fait trouver fades les arguments de Sebond. Au demeurant, il semble qu'on leur donne beau jeu et toute liberté de combattre notre religion par des armes purement humaines, alors qu'ils n'oseraient pas l'attaquer dans sa pleine majesté d'autorité et de souveraineté.

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