Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il savait au fond de lui que cette foi absolue en Miche était aussi un double aveu, de peur et de manque de confiance. Pourtant, comparé à Rigg, Miche ignorait tout ou presque des banques, surtout si l’on commençait à parler gros sous. Séparer deux bateliers ivres du fond d’un bouge obscur était son affaire, la banque et la finance, celle de Rigg. Père lui en avait suffisamment appris sur le sujet. Et sa crédibilité dans le rôle du bénéficiaire de plein droit des pierres précieuses dépendrait aussi de sa capacité à se montrer maître de ses décisions, et dur en affaires.
Les seules places à disposition étaient des tabourets disposés en cercle autour de la table. Aussi bas que des tabourets de traite, si bien qu’une fois dessus, même Miche paraissait ridicule, comme un petit assis à la table des grands. Sans parler d’Umbo, déjà pas bien grand pour ses quatorze ans, et à qui il ne manquait plus qu’un biberon pour jouer le rôle de bébé.
Voyant cela, Rigg refusa de s’asseoir. Père l’avait mis en garde contre ces hommes, jaloux de leur pouvoir et paniqués à l’idée de le perdre, capables des pires stratagèmes pour dominer les autres. « Si tu refuses de laisser ces hommes en user contre toi, ils prendront peur. Si c’est ce que tu veux, refuse de te soumettre. Mais si tu veux les amener à baisser leur garde, soumets-toi de bon gré, tout en continuant à résister en ton for intérieur. »
Dans la situation présente, Rigg pencha pour l’insoumission. Il venait enrichir la banque d’une belle somme, pas demander une faveur. C’était au banquier de montrer patte blanche, pas l’inverse – voilà la tournure que devaient prendre leurs négociations.
Il se rendit compte à cet instant précis que si Père avait passé toutes ses journées en forêt à le préparer, c’était pour des moments comme celui-ci. Ma vie était dans les bois parmi les bêtes sauvages, ensanglanté jusqu’aux coudes, le manche de mon couteau poli par mes mains calleuses et les heures à écorcher les bêtes – mais c’est dans des pièces comme celles-ci que mon éducation prend tout son sens.
Quand le bruit des tabourets cessa, M. Tonnelier se retourna. Il marqua une demi-seconde d’arrêt, le temps d’imprimer le fait que Rigg était là, debout face à lui, son sac ouvert sur la table.
Rigg accueillit son regard calmement, se donnant le même air neutre que celui répété face au garde. Ce faisant, il suivit le récent parcours de M. Tonnelier dans la pièce, à sa trace. De nombreux allers-retours entre la table et les bibliothèques, une petite dizaine. Surtout, un rangement précipité à l’annonce de leur arrivée, alors qu’ils attendaient dehors. Sa pose à la fenêtre ne devait rien au hasard. Sans doute considérait-il la venue de Miche comme une affaire de première importance, et s’il s’était donné la peine de les prendre de haut tout en faisant croire qu’il n’avait besoin de rien, c’est que justement, il devait avoir cruellement besoin d’eux.
« Monsieur Tonnelier, commença Rigg, coupant Miche dans son élan et s’attirant du même coup son regard le plus noir, je viens de toucher un héritage de feu mon père. Je comptais l’emporter avec moi à Aressa Sessamo, où m’attendent des proches dont j’ignorais jusqu’à peu l’existence. Mon père m’a remis une lettre de référence à remettre à des banquiers sur place, mais je trouve particulièrement incommode d’effectuer le reste du voyage sans convertir une partie de cet héritage en espèces sonnantes et trébuchantes. J’attends donc de vous que vous supervisiez la vente de ladite partie, m’en remettiez une fraction en bon argent et me fournissiez une lettre de crédit immédiatement convertible à mon arrivée à Aressa Sessamo. J’ose espérer que vous êtes en relation avec au moins un établissement bancaire, là-bas ? »
La colère de Miche avait glissé vers une sorte de respect ébahi. Sans doute les effets de l’art de la rhétorique enseigné par Père. « Dis la même chose, mais à quelqu’un que tu aimes, à qui tu dois énormément. Maintenant, dis ça à quelqu’un qui a de l’emprise sur toi, mais que tu cherches à intimider. Répète-le différemment, à un plus noble que toi, en te faisant passer pour quelqu’un du même rang. Maintenant, dis-le de manière à rabaisser ton interlocuteur, qu’il sente bien que vous n’êtes pas du même monde. » Rigg le prenait comme un jeu mais, à dix ans à peine, il montrait déjà tant de facilité dans le maniement du discours que ses tirades provoquaient parfois les fous rires de Père. Il en avait usé le long de la Grande Route du Nord, avec des paysans, des taverniers et d’autres voyageurs, et également avec Miche et Flaque, mais dans aucun autre but que celui d’apparaître sous son vrai visage – un enfant inoffensif appelant à l’aide.
À cette heure en revanche, celui que Miche et Umbo avaient sous les yeux était tout autre : c’était celui d’un garçon conscient de sa valeur, attendant d’un homme un service qu’il paierait le montant qu’il déciderait, et pas un valdecoche de plus.
« Oui, oui, confirma M. Tonnelier après une courte hésitation. Je suis effectivement en relation avec deux banquiers aressides, dont chacun assurera la meilleure réception qui soit à votre lettre de crédit.
— À quel taux d’escompte ? demanda Rigg, car Père lui avait bien fait comprendre que les lettres de crédit pouvaient être acceptées, mais avec une remise pouvant atteindre quatre-vingt-dix pour cent, le temps que les fonds soient transférés et vérifiés.
— Sans taux d’escompte, j’en réponds sur l’honneur ! répliqua M. Tonnelier, un brin confus et trahi par un léger rougissement dont la raison s’expliqua mieux lorsqu’il fut obligé de nuancer ses propos : Dans l’une d’elles, quoi qu’il en soit, la maison Rududory et Fils.
— Et l’autre, qui applique un escompte ? »
Le teint de Tonnelier vira à l’écarlate. « Est-ce important ?
— Je compte m’y rendre en premier, muni de votre lettre. Quand ils m’annonceront leur escompte, je refuserai et irai faire affaire chez Rududory. Soyez assuré qu’ils regretteront cette perte sèche, et que vous n’entendrez plus parler d’escompte à l’avenir avec eux.
— C’est… très généreux de votre part. » Mais il ne semblait qu’à moitié convaincu.
« Soyez généreux avec moi, et je le serai avec vous, continua Rigg. Le meilleur héritage qu’ait pu me laisser mon père sont ses principes d’équité et de justesse dans les choses du commerce. Il m’a appris qu’il vaut mieux s’attirer l’amitié d’un homme par des transactions honnêtes que son inimitié pour un profit à court terme. Le sergent-chef Miche m’a assuré que vous partagiez ces principes, d’où mon choix de m’arrêter à O pour vous entretenir de mon affaire, si toutefois elle vous intéresse. »
Jamais de la vie Miche ne lui avait parlé d’une telle chose, sans doute fausse au demeurant. Mais comme lui avait dit Père un jour : « Traite un homme comme s’il avait une réputation à défendre, et il fera tout pour s’en montrer digne. »
« Grandeau & Grandeau, lâcha Tonnelier. C’est le nom de l’autre établissement. »
Rigg hocha la tête d’un air grave. « Il est maintenant temps pour moi de vous montrer la pièce que je vous demande de vendre. Veuillez-vous retourner, je vous prie, monsieur. »
Miche écarquilla les yeux et ouvrit la bouche pour parler, mais se ravisa. Rigg savait parfaitement qu’à sa place, c’est Miche lui-même qui se serait retourné le temps de sortir la sacoche de son pantalon ; exiger cela de la part de M. Tonnelier, chez lui, dans son bureau, était d’un culot sans bornes – à moins, bien sûr, que l’ordre n’émane d’un noble héritier habitué à voir les autres lui témoigner leur respect, et non le contraire.
M. Tonnelier marqua une nouvelle hésitation puis se retourna, affectant à nouveau l’air de celui qui considère le moment on ne peut mieux choisi pour observer les oiseaux aller et venir autour de leurs nids dans les rives du toit d’en face.