L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
— Qu’êtes-vous venus faire sur Lemnos ? demanda Muller.
— Je suis archéologue, mentit-il maladroitement. C’est ma première expédition sur le terrain. Nous essayons de mener un examen approfondi du labyrinthe.
— Il se trouve que quelqu’un habite dans ce labyrinthe. Vous me dérangez.
Rawlins se troubla.
— Dites-lui que vous ne connaissiez pas sa présence, lui souffla Boardman rapidement.
— Nous ne savions pas que quelqu’un habitait ici, répéta le jeune homme. Nous ne pouvions pas deviner que…
— Pourtant vous avez envoyé vos satanés robots, n’est-ce pas ? Alors, quand vous avez vu quelqu’un — quelqu’un qui ne désirait aucune compagnie, vous le saviez sacrément bien — vous…
— Je ne comprends pas, dit Rawlins. Nous avons cru que vous étiez un naufragé. Nous avons seulement voulu vous offrir notre aide.
Comme je mens facilement, songea-t-il.
Muller le regarda de travers :
— Vous ne savez pas pourquoi je suis ici ?
— Je crains que non.
— Cela se peut, d’ailleurs. Vous êtes trop jeune. Mais les autres ? Après m’avoir vu, ils ont dû immédiatement se souvenir. Pourquoi ne vous l’ont-ils pas dit ? Vos robots ont-ils retransmis l’image de mon visage, oui ou non ? Vous saviez qui était à l’intérieur et ils ne vous ont rien dit ?
— Je ne comprends vraiment pas…
— Approchez ! rugit Muller.
Rawlins avança comme dans un cauchemar, sans avoir conscience de bouger ses pieds. Tout à coup, il se trouva face à face avec Muller, touchant presque ce visage massif et durement découpé, ces sourcils sombres et fournis et ces yeux fixes, agrandis par la colère qui brûlait au fond. L’immense main de l’homme enserra le poignet de Rawlins. Celui-ci oscilla, assommé par l’impact, submergé par un désespoir si profond qu’il semblait engloutir tout l’univers. Il essayait de toutes ses forces de ne pas vaciller.
— Maintenant, foutez-moi le camp ! hurla follement Muller. Partez ! Foutez le camp ! Dehors !
Rawlins luttait pour ne pas s’enfuir, mais il resta immobile.
Muller cracha une bordée de jurons et courut lourdement vers un bâtiment bas aux parois vitreuses dont les fenêtres opaques semblaient des yeux aveugles. La porte se referma hermétiquement derrière lui. Rawlins mit plusieurs minutes à retrouver son souffle et son équilibre. La douleur lui martelait les tempes comme si quelqu’un cherchait à lui broyer le crâne.
— Restez où vous êtes, dit Boardman. Laissez-le digérer sa rogne. Tout se passe bien.
Derrière la porte, Muller se laissa tomber sur le sol. La sueur l’inondait. Il passa ses bras autour du buste et serra si fort que sa poitrine lui fit mal.
Ce n’était pas du tout ainsi qu’il avait prévu de recevoir l’intrus.
Quelques bribes de conversation pour réclamer qu’on le laisse tranquille et, si l’homme refusait, le globe destructeur. Oui, Muller avait ainsi prévu la scène. Mais il avait hésité. Il avait trop parlé et trop écouté. Le fils de Stephen Rawlins ? Une expédition d’archéologie ? Ici ? Le garçon n’avait pas semblé être très affecté par les radiations, sauf de très près. Sa maladie diminuait-elle d’intensité avec les années ?
Muller se força pour reprendre ses esprits et analyser son hostilité. Pourquoi avait-il tellement peur ? Pourquoi se cramponnait-il autant à sa solitude ? Il n’avait rien à craindre des hommes ; eux seuls souffraient à son contact. Il était normal qu’ils s’écartent de lui. Mais lui n’avait aucune raison de se montrer si farouche, ou bien était-ce seulement sa défiance qui le paralysait ou l’endurcissement et la sécheresse causés par neuf années d’isolement ? En était-il arrivé là : à aimer la solitude pour elle-même ?
Était-il devenu un ermite ? Il s’était retiré ici par considération pour ses frères de race, pour ne pas leur infliger le rayonnement de laideur douloureuse qui irradiait de lui. Et ce garçon était venu pour l’aider, plein de candeur et de bonté. Pourquoi s’enfuir ? Pourquoi réagir aussi grossièrement ?
Lentement, Muller se redressa et ouvrit la porte. Il sortit. La nuit tombait vite en hiver ; le ciel noir était transpercé par les trois lunes. Le jeune homme, encore un peu médusé, n’avait pas bougé. La plus grande lune, Clotho, éclairait ses cheveux blonds et bouclés qui semblaient être une touffe rayonnante et dorée au milieu de la place. Son visage aux pommettes fortement accentuées était très pâle. Ses yeux bleus brillaient d’émotion, comme ceux des enfants quand ils ont été battus.
Muller s’avança, ne sachant trop quoi dire ou faire. Il se sentait comme une vieille machine rouillée sortie d’un hangar après de longues années.
— Ned, appela-t-il. Ned, je veux vous dire que je m’excuse. Vous devez me comprendre. Je n’ai plus l’habitude des hommes. Je n’ai plus… l’habitude des… hommes…
— Cela ne fait rien, M. Muller. Je peux m’imaginer tout ce que vous avez dû endurer.
— Dick. Appelez-moi Dick.
Muller éleva ses mains comme pour se protéger des maigres rayons lunaires. Il se sentait transi de froid. Sur le mur d’enceinte de la place, des silhouettes de petits animaux sautaient et dansaient. Muller parla calmement :
— J’en suis arrivé à aimer ma solitude. Vous savez, on doit finir par chérir même le cancer qui vous ronge si on se met dans la bonne disposition d’esprit. Écoutez, il faut que vous compreniez quelque chose. Je suis venu ici délibérément. Je n’ai pas fait naufrage. Je me suis choisi l’endroit dans l’univers où j’avais le moins de risques d’être dérangé et je me suis caché dedans. Mais il a fallu que vous débarquiez avec vos robots rusés et alors vous êtes arrivés jusqu’à moi.
— Si vous ne voulez pas de moi, je m’en irai, dit Rawlins.
— Peut-être est-ce préférable pour nous deux. Attendez. Restez un peu. Est-ce très difficile de me supporter d’où vous êtes ?
— Ce n’est pas tout à fait confortable, dit le jeune homme en souriant faiblement. Mais ce n’est pas aussi terrible que… que… je ne sais pas. À cette distance, je me sens seulement un peu déprimé.
— Savez-vous pourquoi ? demanda Muller. D’après ce que vous dites, je crois que vous le savez. N’est-ce pas, Ned ? Vous prétendez seulement ne pas être au courant de ce qui m’est arrivé sur Bêta Hydri IV.
Rawlins rougit :
— Eh bien… euh… je m’en souviens un petit peu, oui. Ils ont agi sur votre esprit ?
— Oui. C’est cela. Ce que vous ressentez, Ned, c’est moi. Mon âme pourrie qui suinte autour de moi. Vous recevez le flux de mon courant nerveux qui filtre par tous les pores de ma peau. C’est charmant, vous ne trouvez pas ? Essayez de vous approcher un petit peu… comme ça.
Rawlins stoppa.
— Vous sentez ? poursuivit Muller. Maintenant, c’est plus fort. Vous recevez une dose plus importante. Souvenez-vous un instant de ce que c’était quand je vous ai tiré près de moi. Ce n’était pas très agréable, n’est-ce pas ? À dix mètres on peut le supporter, mais à un mètre ça devient intolérable. Pouvez-vous imaginer de serrer une femme dans vos bras quand vous puez mentalement comme moi ? On ne peut pas faire l’amour à dix mètres l’un de l’autre. Du moins, moi j’en suis incapable. Asseyons-nous, Ned, voulez-vous ? Nous ne risquons rien ici. J’ai disposé des détecteurs pour m’avertir de l’approche des animaux dangereux et cette zone ne contient pas de pièges.