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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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Baley se mit pensivement à triturer son oreille, histoire de lutter contre l’agacement qui le gagnait. Après tout, ce n’était là qu’une réaction névrotique de l’autre, face au plus simple des états de chose.

— S’il en est ainsi, je suis d’autant plus surpris que vous ayez accepté de me rencontrer sans plus de difficulté. Pourtant, vous deviez bien vous attendre à ces désagréments, dit Baley.

— Certes. Mais vous savez, je suis curieux : et vous êtes un Terrien.

Baley pensa, avec un certain cynisme, que cela aurait dû être un argument de plus à l’encontre de cette conversation, mais se contenta de dire :

— En quoi cela importe-t-il ?

Une sorte de frénésie saccadée se fit jour dans le ton de Quemot.

— Ce n’est pas quelque chose que je puisse facilement expliquer. Et même, pour moi, c’est encore assez flou. Mais je me passionne pour la sociologie depuis dix ans maintenant, et j’ai vraiment travaillé. J’ai échafaudé quelques hypothèses qui sont vraiment nouvelles et paradoxales, et pourtant foncièrement exactes. Et c’est l’une de ces hypothèses qui est cause de l’intérêt extraordinaire que je porte à la Terre et aux Terriens. Voyez-vous, si vous étudiez à fond la société de Solaria et la manière d’y vivre, il va vous sauter aux yeux que la dite société et sa manière d’agir sont modelées directement et intégralement sur celles de la Terre même.

10

Solaria vaut Sparte

Baley ne put s’empêcher de s’écrier :

— Hein !

Quemot lui jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule, laissa passer un moment de silence et finalement déclara :

— Non, je ne parle pas de la civilisation de la Terre.

— Ouf ! fit Baley.

— Mais d’une civilisation du passé, remontant à l’histoire ancienne de la Terre. En tant que Terrien, vous devez être au courant, non ?

— J’ai eu l’occasion de visionner quelques microfilms dans ce domaine, dit Baley prudemment.

— Ah ! fort bien. Alors vous devez comprendre ce que je veux dire.

Baley, qui n’en saisissait pas un traître mot, reprit :

— Laissez-moi vous expliquer exactement ce que je désire savoir, Quemot. J’aimerais que vous me disiez tout ce que vous savez qui puisse rendre compte du fait que Solaria diffère autant des autres Mondes Extérieurs, que les robots y soient aussi nombreux et que votre vie sociale soit ce qu’elle est. Excusez-moi si je parais tenir à changer de sujet.

Car, véritablement, Baley tenait à changer de sujet.

Toute discussion sur la similitude ou les dissemblances entre les civilisations solariennes et terrestres ne se révélerait que trop passionnante : il passerait toute sa journée à en parler mais n’en serait pas plus avancé dans son enquête faute d’éléments positifs.

Quemot eut un léger sourire :

— Vous avez envie de comparer Solaria avec les autres Mondes Extérieurs, et non Solaria avec la Terre.

— C’est que je connais bien la Terre, monsieur.

— Soit. A votre guise. (Le Solarien eut un léger toussotement :) Est-ce que cela vous gênerait que je vous tourne complètement le dos ? Ce serait plus… moins difficile pour moi.

— A votre guise, docteur Quemot, répondit à son tour Baley avec une certaine sécheresse.

— Merci.

Quemot donna un ordre à voix basse et un robot vint lui tourner son fauteuil. Une fois que le sociologue se sentit dissimulé aux yeux par le dos imposant du fauteuil, sa voix prit plus de vivacité, s’amplifia et prit un ton plus grave et plus agréable.

— Solaria est habitée depuis environ trois cents ans, commença Quemot. Les premiers à s’y installer furent les Nexoniens. Connaissez-vous les Nexoniens. Connaissez-vous la planète Nexon ?

— Non, je le regrette.

— C’est une planète assez proche de Solaria : environ deux parsecs. En fait, dans toute la Galaxie, Solaria et Nexon représentent le couple le plus rapproché de tous les mondes habités. Solaria, lors même qu’elle n’était pas encore colonisée par l’homme, comportait des êtres vivants et se prêtait admirablement à la venue des hommes. Elle offrait un endroit attirant pour les Nexoniens riches qui éprouvaient des difficultés à soutenir leur rang à mesure que croissait la population de leur planète.

Baley sursauta :

— La population augmentait ? Je croyais que les Spaciens pratiquaient le contrôle des naissances !

— Solaria contrôle les naissances avec soin, certes, mais en général les Mondes Extérieurs ne se livrent qu’à un eugénisme des plus sommaires. A l’époque dont je vous parle, la population de Nexon venait juste d’atteindre deux millions d’individus. C’était là une densité suffisante pour rendre nécessaire des lois établissant le nombre maximum de robots que pouvait posséder chaque famille. Aussi, ceux des Nexoniens qui en avaient les moyens vinrent-ils sur Solaria, qui était fertile, tempérée et sans faune dangereuse, pour y établir leur résidence d’été.

« Ceux qui s’étaient fixés sur Solaria pouvaient toujours se rendre sur Nexon sans trop de difficultés et, tant qu’ils résidaient sur Solaria, personne ne les empêchait de vivre comme il leur plaisait : ils pouvaient posséder autant de robots qu’ils voulaient, suivant leurs moyens et leurs besoins. Les domaines n’avaient d’autres limites que celles qu’ils voulaient bien leur fixer, puisque sur une planète vide l’espace vital était le moindre de tous les problèmes et que, avec un nombre illimité de robots, l’exploitation n’offrait guère de difficulté.

« Les robots en vinrent à être si nombreux qu’on dut les équiper de postes émetteurs-récepteurs les reliant entre eux. Ce fut là le début de nos fameuses fabrications de robots. Nous nous mîmes à créer d’autres variétés de robots, d’autres accessoires, d’autres possibilités : « De la civilisation naît l’invention. » C’est là un slogan que je crois avoir inventé moi-même.

Et Quemot eut un petit rire satisfait. Il reprit son exposé :

— Les avantages de la vie sur Solaria devinrent vite évidents à ceux qui s’y intéressaient. Solaria devint à la mode. Des Nexoniens de plus en plus nombreux vinrent y bâtir leur foyer et Solaria devint ce que j’appellerais volontiers : « Une planète résidentielles ». De plus en plus, ceux qui s’étaient établis sur Solaria décidèrent de s’y fixer toute l’année et de continuer leurs affaires sur Nexon par des fondés de pouvoir. Des usines de robots s’élevèrent sur Solaria. On se mit à exploiter les ressources agricoles et minières de la planète, si bien qu’en peu de temps les exportations devinrent possibles.

« Bref, monsieur Baley, il devint tristement évident qu’en un siècle ou deux Solaria allait devenir aussi peuplée que l’était Nexon. C’était vraiment ridicule, un gaspillage ahurissant ; on découvrait un nouveau monde aussi favorable pour l’homme et on allait en assurer la destruction par imprévoyance.

« Pour vous épargner tout un tas de considérations politiques compliquées, je vous dirai en substance que Solaria réussit à obtenir son indépendance, et à rester libre et autonome, sans guerre. Les services que nous rendions aux autres Mondes Extérieurs, en leur fournissant nos robots spécialisés, nous assurèrent des amis et bien sûr contribuèrent à notre indépendance financière.

« Une fois autonomes, notre premier soin fut de nous assurer que la population ne croîtrait pas d’une manière déraisonnable. Aussi l’immigration est-elle restreinte et le contrôle des naissances très strict. Quant aux nouveaux besoins qui peuvent se faire jour, nous les satisfaisons sans difficulté en augmentant le nombre de nos robots et en variant leurs spécialisations.

— Mais pourquoi les Solariens se refusent-ils à se voir les uns les autres ? demanda Baley.

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