Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Il se sentait agacé de la façon qu’avait Quemot d’exposer cette évolution sociologique.
De nouveau, Quemot lui jeta un bref regard par-dessus le côté du fauteuil, puis réintégra immédiatement son abri.
— C’est une conséquence inéluctable, voyons. Nous avons des domaines immenses. Un domaine de deux millions et demi d’hectares n’est pas une rareté, bien que les plus vastes propriétés comportent d’importantes surfaces stériles. Mon propre domaine s’étend sur deux cent cinquante mille hectares, mais tout est en bonnes terres.
« Mais, de toute façon, ce sont les dimensions du domaine, plus que toute autre chose, qui définissent la position sociale d’un homme. Et l’un des avantages d’un vaste domaine est celui-ci : vous pouvez vous y promener, sans but défini, sans grande chance de pénétrer sur celui de votre voisin, donc de rencontrer le dit voisin. Comprenez-vous ?
Baley haussa les épaules :
— Oui, évidemment, je le conçois.
— Bref, un Solarien s’enorgueillit de ne pas rencontrer ses voisins. D’ailleurs, le domaine est si bien mis en valeur par les robots et se suffit tant à lui-même que le Solarien n’a aucun motif de rencontrer d’autres personnes. Ce désir de ne pas les rencontrer a conduit à l’amélioration des installations de stéréovision ; ces améliorations à leur tour renforcèrent la répugnance des uns et des autres à se voir en chair et en os. C’était un cycle qui se renforçait par lui-même, une sorte de rétroaction. Vous me suivez bien ?
— Ecoutez, docteur Quemot, dit Baley, ce n’est pas la peine de vous échiner à me simplifier à ce point les choses. Je ne suis pas un sociologue, mais j’ai suivi des cours d’instruction de base à l’Université. Ce n’était bien sûr qu’une Université terrienne, ajouta-t-il, avec une humilité voulue, destinée à prévenir le même commentaire émis, mais en termes plus acerbes, par son interlocuteur, mais je suis capable de comprendre des mathématiques.
— Des mathématiques ? dit Quemot, prononçant en fausset la dernière syllabe.
— Oui, enfin, pas celles utilisées en robotique : celles-là je ne saurais les assimiler. Mais je peux me débrouiller assez bien dans les équations sociologiques. Tenez, par exemple, j’ai longuement pratiqué l’Equation Teramin.
— L’E… quoi ? s’il vous plaît, monsieur.
— Vous l’appelez peut-être d’un autre nom ; mais c’est toujours le quotient des inconvénients subis sur les privilèges obtenus :
— De quoi diable parlez-vous donc ?
Ceci proféré du ton bref et péremptoire des Spaciens, stupéfiant littéralement Baley, qui en resta muet de saisissement.
— Voyons, les équations établissant la relation entre les inconvénients subis et les privilèges accordés étaient une partie essentielle de ce qu’il fallait savoir pour manier les gens sans causer d’explosion. Une cabine privée pour une personne, dans un bain public, accordée à bon escient, permet à une quantité X d’individus d’attendre, avec patience, que la même chance leur échoie, la valeur de X fluctuant selon des variables déterminées en fonction d’un environnement de l’Equation Teramin.
Mais, évidemment, sur un monde ne comportant que privilèges sans la contrepartie d’inconvénients, l’Equation Teramin se réduisait à une valeur très proche de 0.
Peut-être avait-il mal choisi son exemple.
Il essaya encore une fois :
— Ecoutez, monsieur. C’est une chose que d’obtenir des éléments qualitatifs sur cette progression du préjugé contre la présence effective, mais cela n’avance en rien mes affaires. Je tiens à obtenir une analyse exacte dudit préjugé afin de pouvoir le contrer d’une manière effective. Je désire persuader les gens de me voir comme vous le faites en ce moment.
— Monsieur Baley, dit Quemot, vous ne pouvez agir sur les émotions et les sentiments humains comme s’ils relevaient d’un cerveau positronique.
— Je n’ai jamais prétendu le pouvoir. La robotique est une science fondée sur des déductions tandis que la sociologie est purement intuitive. Mais les mathématiques peuvent s’appliquer également à l’une comme à l’autre.
Le silence dura un moment appréciable. Puis Quemot dit d’une voix qui chevrotait :
— Vous avez reconnu que vous n’étiez pas un sociologue.
— Non, bien sûr, mais vous en êtes un, vous, à ce que l’on m’a dit. Et le meilleur de la planète.
— Le seul, en fait. Vous pourriez presque dire que j’ai inventé tout de cette science, ici même.
— Oh ! (Baley hésita avant de poser la question suivante. Elle lui paraissait très impolie :) Avez-vous compulsé des documents à ce sujet ?
— J’ai regardé quelques livres d’Aurore.
— Avez-vous pris connaissance d’ouvrages venant de la Terre ?
— De la Terre ? (Quemot eut un rire gêné :) Il ne me viendrait jamais à l’esprit de compulser quoi que ce soit des publications scientifiques de la Terre, soit dit sans vous offenser.
— Eh bien, je le regrette. J’avais pensé que je pouvais obtenir de vous des renseignements très précis qui m’auraient permis d’aborder d’autres personnes face à face sans avoir à…
Quemot poussa un son bizarre, inarticulé, grinçant, et le vaste fauteuil, dans lequel il était assis, recula et bascula complètement en un fracas retentissant.
Baley entendit vaguement un : « Excusez-moi » marmonné et entrevit Quemot se ruant hors de la pièce d’un pas incertain.
Baley leva les sourcils. Que diable avait-il pu dire encore ? « Jehoshaphat. » Quel signal d’alarme avait-il encore déclenché ?
Il allait se lever de son siège, mais s’arrêta dans son mouvement comme un robot faisait son apparition.
— Maître, dit celui-ci, on m’a précisé de vous informer que le maître vous parlerait par stéréovision dans quelques instants.
— Par stéréovision, mon garçon ?
— Oui, maître. Pendant ce temps vous prendrez bien quelque rafraîchissement.
Et un autre gobelet de la liqueur rose fut déposé à portée de la main de Baley, accompagné cette fois d’une assiette de petits fours, tièdes et sentant bon.
Baley se cala confortablement dans le fauteuil, goûta sa liqueur avec sa prudence habituelle, puis reposa le gobelet. Les petits fours étaient fermes au toucher, tièdes, mais la croûte s’effritait agréablement dans la bouche et à l’intérieur étaient, à la fois, beaucoup plus chauds et plus mous. Il s’avoua incapable d’en définir exactement le goût et se demanda si cette pâtisserie n’était pas un produit composé d’arômes et d’ingrédients propres uniquement à Solaria.
Puis il pensa au régime alimentaire si strict de la Terre, fondé presque uniquement sur les levures et il se demanda s’il n’y aurait pas un marché pour des produits à base de levure, mais conçus pour imiter l’arôme des productions venant des Mondes Extérieurs.
Mais le fil de ses cogitations se coupa brusquement en voyant l’image du Dr Quemot apparaître, venant de nulle part, et lui faisant face : oui, cette fois, il le regardait en face. Il était assis dans un fauteuil moins vaste et la pièce où il se trouvait avait des murs et des parquets qui juraient épouvantablement avec ceux de la salle où se tenait Baley.
Il était tout sourire maintenant, si bien que de petites rides s’accentuaient sur son visage, et, véritable paradoxe, lui donnaient un air plus jeune en soulignant la vivacité du regard :
— Mille et mille pardons, monsieur Baley, s’excusa-t-il. Je pensais tolérer sans difficulté une présence effective, mais ce n’était qu’une illusion de ma part. J’étais à bout de résistance nerveuse en très peu de temps et votre dernière phrase m’a fait sauter le pas, pour ainsi dire.