Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Baley essaya de se figurer Solaria comme une sphère éclairée, puis dans l’obscurité, suivant sa rotation. Il eut beaucoup de difficulté à se l’imaginer et du coup ressentit un dédain réconfortant pour ces Spaciens, soi-disant si supérieurs à lui, et qui se laissaient imposer une chose aussi importante que l’heure par les fantaisies de mondes en rotation.
— Bon. Eh bien demandez la communication tout de même, avait-il répondu au robot.
Des robots vinrent l’accueillir à sa descente d’avion et Baley, s’avançant de nouveau en plein air, s’aperçut qu’il tremblait de tous ses membres.
— Laissez-moi tenir votre bras, mon garçon, murmura-t-il au robot le plus proche.
Le sociologue l’attendait à l’autre extrémité du vestibule, un sourire crispé aux lèvres :
— Bonjour, monsieur Baley, dit-il.
— Bonsoir, monsieur, répondit Baley en claquant des dents. Voulez-vous avoir l’obligeance de faire voiler les fenêtres ?
— Elles le sont déjà, dit le sociologue. Je connais un peu les coutumes de la Terre. Voulez-vous me suivre ?
Baley réussit à le suivre sans l’aide d’un robot, marchant à bonne distance derrière le maître de céans, à travers un labyrinthe de couloirs. Lorsque finalement il put s’asseoir dans une vaste pièce élégamment décorée, il apprécia la chance de prendre quelque repos.
Dans les murs de la pièce étaient creusées de profondes ogives. Des statues rose et or occupaient chaque niche : des manifestations d’art abstrait qui plaisaient à l’œil, sans laisser entrevoir de signification. Une machine bizarre, vaste, cubique, comportant de nombreux objets cylindriques et un grand nombre de pédales, suggérait l’idée d’un instrument de musique.
Baley regarda le sociologue debout en face de lui. Le Spacien avait exactement le même aspect que lors de la communication antérieure par stéréovision.
Il était grand, mince et ses cheveux étaient d’un blanc éblouissant. Sa figure était extraordinairement triangulaire, avec un nez fort, des yeux enfoncés et pétillants.
Il s’appelait Anselmo Quemot.
Ils se regardèrent en silence, jusqu’au moment où Baley estima que sa voix avait dû reprendre un timbre normal. Et alors, les premières paroles qu’il prononça n’avaient strictement rien à faire avec l’enquête, et étaient pour lui, totalement imprévues.
— Puis-je avoir à boire ? demanda-t-il.
— A boire ? (La voix du sociologue était un peu trop aiguë pour être tout à fait agréable.) Voulez-vous de l’eau ?
— J’aimerais mieux un peu d’alcool.
Le regard du sociologue montra un certain désarroi comme si les lois de l’hospitalité étaient une chose qu’il ne connaissait qu’imparfaitement.
« Et, pensa Baley, c’est vraiment le cas : sur un monde où toute la vie sociale se passait par stéréovision, il n’y avait aucune raison de boire ou manger ensemble. »
Un robot lui apporta une petite tasse en émail : le contenu était d’une couleur vieux rose. Baley le huma avec précaution et le goûta avec plus de prudence encore. La petite gorgée de liquide lui laissa une chaleur agréable sur la langue et descendit dans sa gorge avec un délicat velouté. Aussi, la seconde gorgée fut-elle plus importante.
— Si vous en voulez davantage, commença Quemot.
— Non merci, pas maintenant. Je vous remercie beaucoup, monsieur, d’avoir bien voulu accepter cette rencontre.
Quemot essaya de sourire, mais ce ne fut qu’un lamentable échec.
— Il y a bien longtemps que ça ne m’était arrivé. Oui, bien longtemps en vérité.
C’est tout juste s’il ne se tortillait pas en parlant : Baley aurait juré qu’il était sur des charbons ardents.
— J’imagine que cela doit vous paraître assez pénible, dit-il.
— Très pénible. (Et Quemot se retourna brusquement et se réfugia dans un fauteuil à l’autre bout de la pièce.)
Il mit son fauteuil d’angle de façon à faire le moins possible face à Baley sans lui tourner le dos, et s’assit, joignant ses mains gantées tandis que ses narines semblaient frémir.
Baley avala le reste d’alcool dans sa tasse et sentit une douce chaleur l’envahir tout entier, lui rendant un peu de confiance en lui.
— Que ressentez-vous très exactement à me voir là, en face de vous, docteur Quemot ? demanda-t-il.
— C’est là une question par trop intime, murmura le sociologue.
— Je le sais. Mais je pense vous avoir expliqué, au cours de notre conversation antérieure par stéréovision, que je poursuis une enquête à propos d’un meurtre. Aussi ai-je à poser un grand nombre de questions, dont certaines, nécessairement, seront d’ordre intime.
— Je vous aiderai dans la mesure où j’en aurai la possibilité, dit Quemot. J’espère seulement que vos questions resteront dans les limites de la décence.
Il continuait de regarder ailleurs tout en parlant, et ses yeux, quand par hasard ils se portaient sur le visage de Baley, ne s’y attardaient.
— Ce n’est pas par simple curiosité, continua Baley, que je vous demande ce que vous ressentez. C’est un point essentiel de mon enquête.
— Je ne vois vraiment pas en quoi.
— Il me faut en savoir le plus possible sur cette planète. Je dois comprendre la manière dont les Solariens réagissent vis-à-vis de situations courantes. Vous voyez ce que je veux dire ?
Quemot ne regardait plus Baley du tout maintenant. Il dit, très lentement, les yeux dans le vague :
— Ma femme est morte il y a bien dix ans. La rencontrer n’était jamais une affaire très facile mais, bien sûr, c’est une chose à laquelle on s’accoutume avec le temps et, de plus, ce n’était pas une femme indiscrète. On ne m’a pas imposé d’autre épouse depuis, étant donné que j’avais passé l’âge de… de… (Et il regarda de nouveau Baley comme s’il lui demandait de terminer la phrase, mais voyant Baley attendre sans suggérer de terme, il l’acheva, sur un ton plus grave)… de procréer. Aussi, n’ayant plus même la présence d’une épouse, je me suis totalement déshabitué de ces manifestations d’une présence effective.
— Mais, qu’est-ce que vous ressentez, à proprement parler ? insista Baley. Eprouvez-vous une véritable panique ? dit-il, en pensant à ce qu’il avait lui-même souffert à bord de l’avion.
— Non, pas une véritable panique. (Quemot tourna légèrement la tête pour lancer un bref regard oblique à Baley, puis reprit aussitôt la même position.) Mais je vais être franc, monsieur Baley. Je m’imagine vous sentir.
Aussitôt Baley se rejeta dans son fauteuil, se sentant douloureusement gêné :
— Me sentir ? répéta-t-il.
— C’est évidemment un tour que me joue l’imagination, reprit Quemot. Je suis incapable de dire si vous avez réellement une odeur, ou si elle est forte ; et même, d’ailleurs, si c’était le cas, mes filtres olfactifs m’empêcheraient de l’apprécier. Néanmoins, l’imagination… (et il haussa les épaules.)
— Oui, je comprends.
— Non, je ne crois pas. C’est pire que cela. Pardonnez-moi, monsieur Baley, mais quand je me trouve effectivement en présence d’un être humain, j’éprouve fortement l’impression que quelque chose de visqueux va me toucher. Et, bien sûr, je fais tous les efforts pour m’en écarter. C’est vraiment très désagréable.