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Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]

Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:

Il est lui-même serial-killer quand il ne s’emploie pas à les traquer.
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
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Je levai les yeux. Par-dessus le bord de l’immeuble en construction, j’aperçus la lueur de la lune. Une brise nocturne souffla sur mon visage, chargée de tous les parfums exquis de notre paradis tropical : le gasoil, la végétation pourrissante, le ciment. Je l’inhalai profondément et dirigeai à nouveau mes pensées vers Jaworski.

Il se trouvait quelque part à l’intérieur du bâtiment. Je ne savais pas de combien de temps je disposais, et une petite voix familière me sommait de me dépêcher. Je m’éloignai du pick-up et pénétrai dans l’immeuble. Comme je passai la porte, je l’entendis. Ou plutôt, j’entendis un étrange bruissement métallique qui devait être lui, à moins que…

Je m’immobilisai. La source du bruit se situait à quelques mètres de moi sur le côté ; je m’en approchai à pas feutrés. Un tuyau suivait toute la longueur du mur : une conduite d’électricité. Je posai la main sur le tuyau et le sentis vibrer, comme si quelque chose bougeait à l’intérieur.

Une lumière s’alluma dans mon cerveau. Jaworski était en train d’extraire le fil électrique. Le cuivre coûtait très cher, et il y avait un marché noir florissant pour ce métal, sous toutes ses formes. C’était sans doute un moyen supplémentaire de gonfler son maigre salaire de gardien et d’assurer les longues périodes de misère entre deux fugueuses. Il pouvait se faire plusieurs centaines de dollars avec une livraison de cuivre.

Maintenant que je savais ce qu’il trafiquait, une vague idée commença à prendre forme dans ma tête. D’après le bruit que j’entendais, il était quelque part au-dessus de moi. Je pouvais facilement le localiser, le guetter jusqu’au moment propice, puis attaquer. Mais j’étais nu, pour ainsi dire, complètement exposé, et absolument pas préparé. J’avais l’habitude de faire ces choses-là d’une façon bien particulière. M’aventurer hors du cadre prudent que je m’étais créé me mettait extrêmement mal à l’aise.

Un petit frisson parcourut mes vertèbres. Pourquoi m’étais-je lancé là-dedans ?

La réponse qui me vint d’emblée, bien sûr, c’était que je n’y étais pour rien. Mon cher Ami installé sur la banquette arrière était le seul vrai responsable. Je l’accompagnais simplement parce que c’était moi qui avais le permis. Mais nous avions passé un accord, lui et moi. Nous nous étions construit une existence prudente, mesurée, avions trouvé une façon de cohabiter, grâce à notre méthode Harry. Et le voilà qui se déchaînait en dehors des prudents et admirables garde-fous de Harry. Pourquoi ? Était-ce par colère ? L’invasion de mon domicile constituait-elle une telle offense qu’elle le poussait à la vengeance ?

Je ne le sentais pas en colère, cependant ; comme toujours il semblait décontracté, doucement amusé, impatient de tenir sa proie. Et je ne me sentais pas en colère non plus. J’avais l’impression d’être à moitié soûl, de planer complètement ; je frisais l’euphorie, frémissant sous l’effet d’ondulations intérieures qui, curieusement, s’apparentaient à l’idée que je m’étais toujours faite des émotions. Et cet état de griserie m’avait conduit dans ce lieu dangereux, imprévu et sale, pour faire au pied levé un acte que, auparavant, j’avais toujours planifié méticuleusement. Et, malgré tout, je mourais d’envie de le faire. J’étais obligé de le faire.

Très bien. Mais je n’étais pas obligé de le faire sans protection. Je jetai un coup d’œil autour de moi. À l’autre bout de la pièce se trouvait une grosse pile de placoplâtre, enveloppée de film plastique. En quelques secondes je m’étais taillé dans l’emballage un tablier et un étrange masque transparent : plusieurs fentes pour le nez, la bouche et les yeux afin de pouvoir voir et respirer. Je le plaquai sur moi et sentis ma figure s’écraser et devenir méconnaissable. J’entortillai les deux bouts derrière ma tête puis les nouai maladroitement. L’anonymat parfait. Ça peut sembler idiot, mais je suis habitué à chasser avec un masque. C’est peut-être une compulsion névrotique à suivre les règles à la lettre, mais c’est surtout un souci de moins pour la suite. Cette précaution me tranquillisa un peu ; c’était donc une bonne idée. Je sortis les gants de mon sac et les enfilai. J’étais prêt maintenant.

Je trouvai Jaworski au troisième niveau. Des dizaines de mètres de fils électriques enroulés à ses pieds. Debout dans l’ombre de la cage d’escalier, je le regardai extraire son butin.

Puis je reculai et ouvris mon sac fourre-tout. À l’aide du ruban adhésif, j’accrochai les photos que j’avais apportées. Des photos adorables des petites fugueuses, dans une variété de poses fort engageantes et explicites. Je les scotchai sur le mur en béton afin que Jaworski les voie lorsqu’il passerait la porte et emprunterait les escaliers.

Je jetai un coup d’œil à Jaworski. Il avait encore extrait une vingtaine de mètres de câble. L’extrémité se coinça quelque part et le câble resta bloqué. Jaworski tira d’un coup sec par deux fois, puis sortit une grosse pince de sa poche arrière et le sectionna. Il ramassa tous les fils à ses pieds et les enroula autour de son avant-bras en un cylindre compact. Puis il se dirigea vers la cage d’escalier : vers moi.

Je me tapis dans l’ombre et attendis.

Jaworski n’essayait pas particulièrement d’être discret. Il ne s’attendait pas à être interrompu, et il ne s’attendait certainement pas à me trouver. J’écoutai le bruit de ses pas et le léger cliquetis des fils métalliques qui traînaient derrière lui. Un peu plus près…

Il apparut à la porte et fit un pas sans me voir. Puis il vit les photos.

« Hummpf », fit-il, comme s’il venait de recevoir un coup dans l’estomac.

Il resta la bouche ouverte, les yeux rivés au mur, incapable de bouger, et aussitôt je fus derrière lui, mon couteau pointé sur sa gorge.

« Pas un geste, pas un bruit.

— Hé, écoutez… » dit-il.

D’un léger mouvement du poignet, j’enfonçai la pointe du couteau dans sa peau, sous le menton. Il émit un bref sifflement tandis qu’un horrible petit jet de sang se mettait à gicler. C’était tellement inutile ; pourquoi les gens ne peuvent-ils écouter ce qu’on leur dit ?

« Pas un bruit », nous répétâmes.

Et il se tint tranquille.

Les seuls bruits qu’il y eut alors furent le crissement du ruban adhésif, la respiration de Jaworski, et le rire silencieux du Passager Noir. Je recouvris de scotch la bouche du gardien, entortillai un segment du précieux fil de cuivre autour de ses poignets, et le traînai jusqu’à une autre pile de placoplâtre enveloppée de film plastique. En quelques secondes je l’avais ligoté et arrimé à cette table improvisée.

« On va parler un peu, maintenant », nous dîmes de la voix douce et froide du Passager Noir. Il ne savait pas s’il avait le droit de parler, et le gros scotch lui aurait posé problème de toute manière, donc il préféra garder le silence. « On va parler des petites fugueuses, nous poursuivîmes en arrachant le scotch de sa bouche.

— Aouhhh ! Quelles… ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? » dit-il.

Mais il n’était pas très convaincant.

« Je crois que vous savez très bien ce que je veux dire.

— Nooon, fit-il.

— Siiii. »

Je me montrais peut-être un peu trop vif d’esprit. Ce n’était ni le moment ni la soirée appropriés. Il s’enhardit. Il posa le regard sur mon masque brillant.

« Vous êtes quoi ? Une espèce de flic ? demanda-t-il.

— Non », nous répondîmes avant de trancher son oreille gauche.

C’était ce qu’il y avait de plus près. Le couteau était très aiguisé et, l’espace d’un instant, il ne parut pas croire ce qui lui arrivait. Plus d’oreille gauche, plus jamais jamais. Je la posai sur sa poitrine afin qu’il puisse y croire. Ses yeux s’agrandirent démesurément et il remplit ses poumons d’air, prêt à hurler, mais je lui fourrai une boule de film plastique dans la bouche juste à temps.

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