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La nurse anglaise

Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:

Sir David Bentham, lord et pair d'Angleterre, compte parmi les individus les plus petits du Royaume-Uni puisque, à vingt-huit ans, il ne mesure que 104 centimètres. En revanche, la nature a doté ce gentleman d'un attribut viril d'une taille et d'une puissance phénoménales dont il use sans répit. Le nanisme de sir David, joint à la richesse familiale, le dispense d'exercer une profession. Alors, comme il déteste l'oisiveté, pour passer le temps, il tue les gens…
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Quand ils eurent mis à jour leur brusque fringale, sir David insista pour qu’ils s’étendent sur le lit où Mary avait connu l’amour débridé.

Les mains croisées derrière la tête, il évoquait cette femme rigide, l’imaginait dans ses débordements. Il songeait que les supputations sont fallacieuses en matière sexuelle. Telle créature à l’air volage est parfois, au lit, d’une triste platitude, tandis que telle dame de bon maintien, comme sa belle-sœur, s’y comporte de façon sauvage.

— Nous allons utiliser cet endroit, fit-il en caressant les cuisses de Victoria. Il y règne une ambiance capiteuse, ne trouvez-vous pas ?

— Tout à fait, reconnut la jeune femme.

— Vous croyez qu’elle va mourir ?

— Je ne le pense pas. Suicide de midinette, sir. Ceux qui souhaitent sincèrement en finir avec l’existence sautent d’un dixième étage ou se jettent sous le métro.

— C’est également mon avis, dit-il.

Il se sentait repu, presque heureux. Que sa belle-sœur ne meure pas, surtout ! Qu’elle réchappe à ses idiotes pilules, et alors il s’occuperait d’elle. Désormais » elle serait brisée, complètement à sa merci.

* * *

Le soir, il dîna chez ses parents, histoire de marquer sa solidarité. Il s’y rendit sans la nurse, comme pour offrir à sa mère un geste d’allégeance. Son frère, sir John, participait également au repas, car les familles se soudent dans l’adversité. L’aîné des Bentham vivait mal le « suicide » de son épouse ; il craignait que la chose s’ébruite. Bien qu’il eût recommandé la plus totale discrétion à son personnel, il n’ignorait pas que ce genre de nouvelle se contient difficilement et qu’elle finit peu à peu par être colportée aux quatre coins du royaume.

Sa mère, en femme avisée, conseillait de lâcher du lest plutôt que de nier une réalité qui finirait par s’imposer. Elle préconisait d’accréditer la version d’une grave maladie. Dans un moment de panique la marquise avait eu la tentation d’en finir.

Les hommes du clan approuvèrent cette présentation classique qui allait provoquer la compassion générale.

Lorsqu’ils eurent admis la solution proposée par lady Muguette, John murmura :

— Cela ne m’explique pas le geste de Mary.

Il y eut un silence embarrassé.

L’époux trompé donna de la lame dans un rosbif que sa mère s’obstinait à exiger saignant et enchaîna :

— Lorsque je suis allé la visiter à l’hôpital, elle venait à peine de reprendre conscience et a imploré mon pardon. Pardon de quoi, selon vous ?

— Grand Dieu, mais de son acte ! fit violemment la duchesse. Un suicidé raté culpabilise vis-à-vis de ses proches, car en souhaitant mourir il les désavoue.

— Et pourquoi a-t-elle voulu mettre fin à ses jours ? questionna le juriste.

— Puisque nous sommes en famille, je vais me montrer franche, mon garçon : vous délaissez passablement votre épouse depuis quelques années. Les hommes de votre âge songent davantage à leur carrière qu’à leur foyer.

— Croyez-vous ? fit le mari, contrit.

— Évidemment ! Mary approche de la quarantaine ; c’est un moment difficile de la vie d’une femme. Lorsqu’elle sera rétablie, suivez mon conseil : offrez-lui une nouvelle lune de miel à Venise ou Acapulco.

Convaincu par l’argument maternel, John se sentit rasséréné. Il décida d’envoyer une superbe corbeille de roses à l’hôpital, le lendemain.

Trônant sur sa chaise haute, le nain se délectait. Il évoquait le sexe de sa belle-sœur, épanoui, sur l’une des photos brûlées. Un jour il appliquerait sa bouche sur une telle splendeur et s’en régalerait. Il disposait d’une éternité pour atteindre ce but fabuleux. L’existence ne valait que par les défis qu’on lui lançait.

37

Mary gardait les yeux clos car elle était tournée face à la fenêtre et la vive clarté du jour neuf meurtrissait sa vue.

Toujours sous l’effet des médicaments, elle se satisfaisait de pensées sans aboutissement. Elle différait l’instant où il lui faudrait affronter la réalité : écouter les autres, leur répondre, accepter des conseils inutiles. Certes, des nausées la secouaient encore, par brèves rafales, du moins se savait-elle hors de danger, c’est-à-dire pleinement à la disposition de sa peine et de son humiliation.

Une infirmière entra, apportant des senteurs de roses.

— Voyez la splendide corbeille que « notre » mari « nous » envoie ! s’exclama la femme.

La marquise ne se donna pas la peine de regarder. Plus rien ne comptait, ni même n’existait. Elle se sentait saccagée de corps et d’esprit. Même son fils, le piètre Robespierre, l’indifférait. Sa dignité également. Elle songea obscurément qu’elle allait devoir trouver un autre moyen de mourir puisqu’elle ne pouvait plus poursuivre sa route.

Des souvenirs affluaient par flashes répétés. Elle revoyait les grandes photos de sa déchéance, qui ne cachaient rien de son intimité la plus secrète, la plus organique laideur insoutenable du corps faisant complète soumission à l’amour physique. La mort elle-même pourrait-elle abolir l’indescriptible ?

Les clichés resteraient pour raconter au monde ses dépravations. Désormais, elle n’était plus que cela : l’offrande odieuse de sa féminité en rut.

A cette notion de faillite honteuse et irrémédiable, s’ajoutait la monstrueuse désillusion infligée par son amant. Elle ne doutait pas qu’il eût été le complice de cette sinistre intrigue.

A travers l’espèce de brume qui l’isolait, elle comprenait parfaitement qu’Olav avait joué un rôle conçu par l’abominable David. Elle « savait » de façon péremptoire que le nain était le maître d’œuvre de la machination. Et elle, la stupide, la crédule, la femme en peine, érodée par la médiocrité de sa vie, avait foncé tête baissée dans le complot.

L’infirmière était repartie. Il devait y avoir d’autres fleurs avec les roses car elles dégageaient un parfum insistant, légèrement opiacé. Mary se dit qu’elle ferait porter la corbeille à la chapelle de l’hôpital.

Elle stagna encore un peu, tentant de fuir les pensées morbides qui la taraudaient. Elle souhaitait qu’on lui administre un analgésique puissant qui la soustrairait à l’horreur de sa situation. Brève vacance pour une âme torturée.

Elle entendit s’ouvrir de nouveau la porte.

Mary tourna doucement son visage dans le creux de l’oreiller, bien décidée à ne communiquer avec personne. Elle voulait s’abstraire totalement.

Quelqu’un contourna sa couche pour venir du côté de la fenêtre. La personne prit une chaise qu’elle amena auprès du lit ; s’y assit et resta muette.

Les choses continuèrent un moment dans cet immobilisme silencieux. Cela ressemblait à un étrange affrontement. A la fin, ce fut Mary qui céda. Elle dégagea sa figure de l’oreiller et ouvrit les yeux.

Elle fut à peine surprise de reconnaître David. Il se tenait sagement sur son siège, les chaussures à vingt centimètres du parquet, les mains croisées entre ses courtes jambes. Il portait un imperméable de couleur mastic, à épaulettes, une cravate écossaise dans les tons rouge, des gants sport en peau de pécari, percés de trous aux jointures. Réduction d’homme à l’air flegmatique, il attendait, apparemment plongé dans une sereine méditation.

Son regard incisif découvrit celui de lady Mary.

— Bonjour, lui dit-il. J’ai pensé que ma visite vous apporterait un certain réconfort.

Il s’exprimait d’une voix grave contrastant avec son ton ordinaire.

— En fait, poursuivit-il, je suis convaincu que personne d’autre que moi n’est susceptible de vous aider à franchir ce mauvais pas.

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