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La nurse anglaise

Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:

Sir David Bentham, lord et pair d'Angleterre, compte parmi les individus les plus petits du Royaume-Uni puisque, à vingt-huit ans, il ne mesure que 104 centimètres. En revanche, la nature a doté ce gentleman d'un attribut viril d'une taille et d'une puissance phénoménales dont il use sans répit. Le nanisme de sir David, joint à la richesse familiale, le dispense d'exercer une profession. Alors, comme il déteste l'oisiveté, pour passer le temps, il tue les gens…
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— On ne vous voit plus guère, lui dit-elle, en manière d’accueil. Auriez-vous décidé de nous battre froid ?

— Absolument pas, mère, mais je suis dans une période de mélancolie qui m’incite à la solitude.

— Solitude à deux, fit-elle avec ironie.

Il la fixa droit dans les yeux et ce fut lady Muguette qui, la première, détourna le regard.

Changeant de ton, elle murmura :

— David, il y a derrière cette porte quelqu’un qui souhaite vous entretenir ; je vous demande de l’écouter et de contenir vos réactions si, d’aventure, vous les sentiez violentes. Là-dessus, je vais peindre.

Elle le planta là, sans ajouter un mot.

Vaguement indécis, le petit homme sentit croître sa rancœur contre sa mère. Décidément, leurs relations allaient de mal en pis. Un instant, l’idée lui vint de quitter l’univers familial et de partir loin de Londres en compagnie de Victoria. Il la chassa aussitôt, se disant qu’une pareille décision pousserait les siens à lui couper les vivres. D’autre part, il aimait sa vie présente qu’il avait construite comme un nid d’hirondelle. Elle était hermétique, avec juste une minuscule ouverture pour y accéder.

Il poussa la porte du boudoir après y avoir frappé légèrement. Peu de gens possédaient le privilège de connaître ce lieu sacro-saint où lady Muguette se retirait parfois pour chercher l’inspiration dans une bouteille de Château Pétrus.

La pièce exiguë ne comportait qu’une seule fenêtre donnant sur l’arrière de l’immeuble. Deux canapés placés face à face devant une cheminée de marbre noir et une table basse en constituaient l’ameublement. Les murs étaient garnis d’étagères supportant une superbe collection de boîtes à musique qui toutes représentaient des cages contenant des oiseaux naturalisés. On trouvait là des variétés qui eussent ravi un ornithologue : des petits échassiers, des palmipèdes, des paradisiers, des rapaces, oiseaux terrestres ou marins, oiseaux de proie, oiseaux des îles aux couleurs irréelles. Une mécanique équipait chaque fond de cage ; certaines restituaient le chant de leur occupant, d’autres moulinaient des airs éraillés mais nostalgiques.

Quand le nain entra, une femme se tenait debout, dos à lui, admirant l’étrange collection. Il ne la reconnut pas sur l’instant. Elle lui fit face : c’était Jessie Lambeth. Son saisissement fut tel qu’il en oublia de la saluer.

— Vous semblez surpris ? remarqua-t-elle en souriant.

— Franchement oui, admit David.

— Vous devez me trouver pugnace ?

— Davantage, assura sèchement le nain.

— J’ai de la suite dans les idées, non ?

Il haussa les épaules.

— Votre femme de chambre vous a relaté sa visite chez moi ?

— Naturellement.

— Entièrement ?

— Je le suppose.

— Et qu’en pensez-vous ?

— Que vous êtes un être passionnant, mais je le savais déjà.

Elle le dévorait des yeux. Il décela sur son visage quelque chose de confusément pathétique. Cette fille paraissait possédée par son idée et ne lâcherait pas prise aisément.

— Pour quelle raison êtes-vous venue voir ma mère ?

— J’imagine que si je vous avais demandé un rendez-vous par téléphone vous auriez refusé ?

— Sûrement.

— Je crains que vous ne m’ayez spontanément prise en grippe, le premier soir.

— Il ne faut rien exagérer. De retour chez moi, je vous avais déjà oubliée.

— Vous me trouvez laide ?

— C’est là une question qui ne m’a pas effleuré. A vrai dire « je ne vous trouve pas ». La réalité, pardonnez ma brutalité, est que vous êtes sans intérêt.

— Parce que vous aimez cette fille qui partage votre lit ?

— Si je n’en avais pas une meilleure, ce pourrait être en effet la raison de mon indifférence.

— Et quelle est cette meilleure raison ?

— Eh bien, voyez-vous, les femmes, pour moi, se divisent en deux groupes : celles que j’aimerais baiser et celles qui me laissent la queue pendante ; vous appartenez à la seconde catégorie, navré.

— Peut-être pourrions-nous vérifier ?

— C’est-à-dire ?

Elle s’assit sur l’un des canapés. Elle portait un kilt dont les pans s’écartèrent dans le mouvement. Il constata qu’elle n’avait pas de slip.

— Vous êtes follement indécente, déclara sèchement David, supposez que ma mère nous rejoigne ?

— Ce n’est pas le genre de personne qui entre sans avoir frappé, même chez elle.

Elle avança les fesses au bord du siège, écartant ses jambes le plus possible avec une suprême impudeur.

Il considéra cette offrande lubrique sans ressentir d’émoi physique et demanda, d’un ton calme :

— Êtes-vous nymphomane, ma chère ? Je pensais qu’on trouvait ce genre de cas uniquement dans les hôpitaux psychiatriques.

A cet instant, la porte s’ouvrit. Déjouant les prévisions de Jessie, la duchesse parut, le visage défait. Malgré son bouleversement, elle fut sidérée de découvrir la jeune fille dans une aussi effarante posture. Elle s’arrêta net, puis murmura :

— Je vous demande pardon.

— Mademoiselle me faisait du charme, mère, ironisa le nain.

Jessie Lambeth se dressa d’un bond, rajusta rapidement son kilt et quitta la pièce sans un mot.

— Vous me destiniez en vérité une curieuse épouse, mère, fit calmement David. Vous deviez bien penser que vouloir épouser un nain dénote une aliénation mentale évidente !

Elle ne fit pas attention au sarcasme, reprise qu’elle était par son émotion.

— David, dit-elle, votre belle-sœur Mary a tenté de se suicider ; on l’a conduite au Bartholomew’s Hospital.

Il encaissa la nouvelle sans broncher. Peut-être s’attendait-il à une telle réaction de la marquise ?

— J’y cours ! enchaîna lady Muguette. Souhaitez-vous m’accompagner ?

— Je ne préfère pas, mère : un monstre ne ferait qu’ajouter au côté dramatique de la chose.

36

Ils se rendirent chez le Norvégien pour le mettre au courant de la situation mais Olav ne répondit pas aux coups de sonnette. Comme Victoria gardait toujours un double des clés dans son sac, elle ouvrit.

La première chose qu’ils remarquèrent en pénétrant dans le pied-à-terre, ce furent les photos calcinées dans la cheminée au feu déclinant. Ensuite, ils avisèrent le matériel photographique sur la table du salon. Il servait de presse-papiers au feuillet sur lequel Hamsun avait écrit : « Merci pour tout », soulignant les deux derniers mois.

Les amants se regardèrent.

— Vous croyez qu’il a compris ? demanda la nurse.

— Évidemment. En fait, il n’était pas si bête que ça, ce petit Scandinave.

Outre le message, Olav avait laissé l’argent qui lui restait sur la somme généreusement offerte par sir David.

En femme avisée, Victoria explora les placards pour s’assurer que le locataire avait bien évacué ses effets et objets personnels. Elle faisait cela par acquit de conscience, sachant déjà qu’il s’agissait d’un départ sans esprit de retour.

Lorsqu’elle eut terminé cette inspection, son amant s’approcha d’elle et souleva ses jupes. Ce nid d’amour l’inspirait ; il se montrait sensible à l’atmosphère feutrée qui y régnait. Ayant dévêtu la partie sud de la nurse, il la pria de mettre un pied sur la table tout en restant à la verticale et lui pratiqua l’amour à l’équerre, selon une figure illustrant un manuel érotique du xviii siècle.

A cause de sa taille, cet accouplement relevait de l’exploit, mais sa partenaire se plia avec beaucoup de science et de bonne volonté à la manœuvre. On a déjà vu des bassets mâles couvrir des bergers allemands femelles, les transes de la sexualité se prêtant aux prouesses les plus saugrenues.

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