Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Le vizir Khacan, qui connaissait le mérite de la belle Persienne beaucoup mieux que le courtier, qui n’en parlait que sur ce que le marchand lui en avait appris, n’en voulut pas remettre le marché à un autre temps. Il envoya chercher le marchand, par un de ses gens, où le courtier enseigna qu’on le trouverait.
Quand le marchand de Perse fut arrivé: «Ce n’est pas pour moi que je veux acheter votre esclave, lui dit le vizir Khacan: c’est pour le roi; mais il faut que vous la lui vendiez à un meilleur prix que celui que vous y avez mis.
– Seigneur, reprit le marchand, je me ferais un grand honneur d’en faire présent à sa majesté, s’il appartenait à un marchand comme moi d’en faire de cette conséquence. Je ne demande proprement que l’argent que j’ai déboursé pour la former et la rendre comme elle est. Ce que je puis dire, c’est que sa majesté aura fait une acquisition dont elle sera très-contente.»
Le vizir Khacan ne voulut pas marchander: il fit compter la somme au marchand; et le marchand avant de se retirer: «Seigneur, dit-il au vizir, puisque l’esclave est destinée pour le roi, vous voudrez bien que j’aie l’honneur de vous dire qu’elle est extrêmement fatiguée du long voyage que je lui ai fait faire pour l’amener ici. Quoique ce soit une beauté qui n’a point de pareille, ce sera néanmoins tout autre chose si vous la gardez chez vous seulement une quinzaine de jours, et que vous donniez un peu de vos soins pour la faire bien traiter. Ce temps-là passé, lorsque vous la présenterez au roi, elle vous fera un honneur et un mérite dont j’espère que vous me saurez quelque gré. Vous voyez même que le soleil lui a un peu gâté le teint; mais dès qu’elle aura été au bain deux ou trois fois, et que vous l’aurez fait habiller de la manière que vous le jugerez à propos, elle sera si fort changée que vous la trouverez infiniment plus belle.»
Khacan prit le conseil du marchand en bonne part, et résolut de le suivre. Il donna à la belle Persienne un appartement en particulier près de celui de sa femme, qu’il pria de la faire manger avec elle et de la regarder comme une dame qui appartenait au roi. Il la pria aussi de lui faire faire plusieurs habits, les plus magnifiques qu’il serait possible et qui lui conviendraient le mieux. Avant de quitter la belle Persienne: «Votre bonheur, lui dit-il, ne peut être plus grand que celui que je viens de vous procurer. Jugez-en vous-même: c’est pour le roi que je vous ai achetée, et j’espère qu’il sera beaucoup plus satisfait de vous posséder que je ne le suis de m’être acquitté de la commission dont il m’avait chargé. Ainsi je suis bien aise de vous avertir que j’ai un fils qui ne manque pas d’esprit, mais jeune, folâtre et entreprenant, et de vous bien garder de lui lorsqu’il s’approchera de vous.» La belle Persienne le remercia de cet avis, et après qu’elle l’eut bien assuré qu’elle en profiterait, il se retira.
Noureddin, c’est ainsi que se nommait le fils du vizir Khacan, entrait librement dans l’appartement de sa mère, avec qui il avait coutume de prendre ses repas. Il était très-bien fait de sa personne, jeune, agréable et hardi, et comme il avait infiniment d’esprit et qu’il s’exprimait avec facilité, il avait un don particulier de persuader tout ce qu’il voulait. Il vit la belle Persienne, et dès leur première entrevue, quoiqu’il eût appris que son père l’avait achetée pour le roi, et que son père le lui eût déclaré lui-même, il ne se fit pas néanmoins la moindre violence pour s’empêcher de l’aimer. Il se laissa entraîner par les charmes dont il fut frappé d’abord, et l’entretien qu’il eut avec elle lui fit prendre la résolution d’employer toute sorte de moyens pour l’enlever au roi.
De son côté, la belle Persienne trouva Noureddin très-aimable. «Le vizir me fait un grand honneur, dit-elle en elle-même, de m’avoir achetée pour me donner au roi de Balsora. Je m’estimerais très-heureuse quand il se contenterait de ne me donner qu’à son fils.»
Noureddin fut très-assidu à profiter de l’avantage qu’il avait de voir une beauté dont il était si amoureux, de s’entretenir, de rire et de badiner avec elle. Jamais il ne la quittait que sa mère ne l’y eût contraint. «Mon fils, lui disait-elle, il n’est pas bienséant à un jeune homme comme vous de demeurer toujours dans l’appartement des femmes. Allez, retirez-vous, et travaillez à vous rendre digne de succéder un jour à la dignité de votre père.»
Comme il y avait longtemps que la belle Persienne n’était allée au bain, à cause du long voyage qu’elle venait de faire, cinq ou six jours après qu’elle eut été achetée, la femme du vizir Khacan, eut soin de faire chauffer exprès pour elle celui que le vizir avait chez lui. Elle l’y envoya avec plusieurs de ses femmes esclaves, à qui elle recommanda de lui rendre les mêmes services qu’à elle-même, et, au sortir du bain, de lui faire prendre un habit très-magnifique qu’elle lui avait déjà fait faire. Elle y avait pris d’autant plus de soin, qu’elle voulait s’en faire un mérite auprès du vizir son mari, et lui faire connaître combien elle s’intéressait en tout ce qui pouvait lui plaire.
À la sortie du bain, la belle Persienne, mille fois plus belle qu’elle ne l’avait paru à Khacan lorsqu’il l’avait achetée, vint se faire voir à la femme de ce vizir, qui eut de la peine à la reconnaître.
La belle Persienne lui baisa la main avec grâce et lui dit: «Madame, je ne sais pas comment vous me trouverez avec l’habit que vous avez pris la peine de me faire faire. Vos femmes, qui m’assurent qu’il me fait si bien qu’elles ne me connaissent plus, sont apparemment des flatteuses: c’est à vous que je m’en rapporte. Si néanmoins elles disaient la vérité, ce serait vous, madame, à qui j’aurais toute l’obligation de l’avantage qu’il me donne.
«- Ma fille, reprit la femme du vizir avec bien de la joie, vous ne devez pas prendre pour une flatterie ce que mes femmes vous ont dit; je m’y connais mieux qu’elles, et sans parler de votre habit, qui vous sied à merveille, vous apportez du bain une beauté si fort au-dessus de ce que vous étiez auparavant, que je ne vous reconnais plus moi-même. Si je croyais que le bain fût encore assez bon, j’irais en prendre ma part. Je suis aussi bien dans un âge qui demande désormais que j’en fasse souvent provision.
– Madame, reprit la belle Persienne, je n’ai rien à répondre aux honnêtetés que vous avez pour moi, sans les avoir méritées. Pour ce qui est du bain, il est admirable, et si vous avez dessein d’y aller, vous n’avez pas de temps à perdre. Vos femmes peuvent vous dire la même chose que moi.»
La femme du vizir considéra qu’il y avait plusieurs jours qu’elle n’était allée au bain [6], et voulut profiter de l’occasion. Elle le témoigna à ses femmes, et ses femmes se furent bientôt munies de tout l’appareil qui lui était nécessaire. La belle Persienne se retira à son appartement, et la femme du vizir, avant de passer au bain, chargea deux petites esclaves de demeurer près d’elle, avec ordre de ne laisser pas entrer Noureddin, s’il venait.
Pendant que la femme du vizir Khacan était au bain et que la belle Persienne était seule, Noureddin arriva, et comme il ne trouva pas sa mère dans son appartement, il alla à celui de la belle Persienne, où il trouva les deux petites esclaves dans l’antichambre. Il leur demanda où était sa mère; à quoi elles répondirent qu’elle était au bain. «Et la belle Persienne, reprit Noureddin, y est-elle aussi?
[6] Les bains de l’Orient sont fort différents des nôtres, et on trouvera à ce sujet des détails aussi exacts que curieux dans le premier volume des Lettres de Savary sur l’Égypte, et dans les Voyage de Chardin.
«Les femmes aiment passionnément ces bains, dit Savary. Elles y vont au moins une fois par semaine et mènent avec elles des esclaves accoutumées à les y servir. Plus sensuelles que les hommes, après avoir subi les préparations ordinaires, elles se lavent le corps et surtout la tête avec de l’eau de rose. C’est là que des coiffeuses tressent leurs longs cheveux noirs, où, au lieu de poudre et de pommade, elles mêlent des essences précieuses. C’est là qu’elles se noircissent le bord des paupières et s’allongent les sourcils avec du cohel. C’est là qu’elles se teignent les ongles des mains et des pieds avec le henné, qui leur donne une couleur aurore. Le linge et les habits qui servent à les vêtir sont passés à la vapeur suave du bois d’aloès. Lorsque leur toilette est finie, elles restent dans l’appartement extérieur et passent le jour en festins. Des chanteuses viennent exécuter devant elles des danses et des airs voluptueux, ou raconter des histoires d’amour.» (Lettres de Savary, t. 1er.)