Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
La confidente attendit à la porte de la ville, où elle se présenta à la mère du prince et la supplia, au nom de toute la ville, qui le souhaitait ardemment, de vouloir bien que les corps des deux amants, qui n’avaient eu qu’un cœur jusqu’à leur mort depuis qu’ils avaient commencé de s’aimer, n’eussent qu’un même tombeau. Elle y consentit, et le corps fut porté au tombeau de Schemselnihar, à la tête d’un peuple innombrable de tous les rangs, et mis à côté d’elle. Depuis ce temps-là, tous les habitants de Bagdad et même les étrangers de tous les endroits du monde où il y a des musulmans, n’ont cessé d’avoir une grande vénération pour ce tombeau et d’y aller faire leurs prières.
C’est, sire, dit ici Scheherazade, qui s’aperçut en même temps qu’il était jour, ce que j’avais à raconter à votre majesté des amours de la belle Schemselnihar, favorite du calife Haroun Alraschid, et de l’aimable Ali Ebn Becar, prince de Perse.
Quand Dinarzade vit que la sultane sa sœur avait cessé de parler, elle la remercia le plus obligeamment du monde du plaisir qu’elle lui avait fait par le récit d’une histoire si intéressante. Si le sultan veut bien me souffrir encore jusqu’à demain, reprit Scheherazade, je vous raconterai celle de Noureddin et de la belle Persienne, que vous trouverez beaucoup plus agréable. Elle se tut, et le sultan, qui ne put encore se résoudre à la faire mourir, remit à l’écouter la nuit suivante.
CLXXXVII NUIT.
HISTOIRE DE NOUREDDIN ET DE LA BELLE PERSIENNE.
La ville de Balsora fut longtemps la capitale d’un royaume tributaire des califes. Le roi qui le gouvernait du temps du calife Haroun Alraschid s’appelait Zinebi, et l’un et l’autre étaient cousins, fils de deux frères. Zinebi n’avait pas jugé à propos de confier l’administration de ses états à un seul vizir; il en avait choisi deux, Khacan et Saouy.
Khacan était doux, prévenant, libéral, et se faisait un devoir d’obliger ceux qui avaient affaire à lui, en tout ce qui dépendait de son pouvoir, sans porter préjudice à la justice qu’il était obligé de rendre. Il n’y avait aussi personne à la cour de Balsora, ni dans la ville, ni dans tout le royaume, qui ne le respectât et ne publiât les louanges qu’il méritait.
Saouy était d’un tout autre caractère: il était toujours chagrin, et il rebutait également tout le monde, sans distinction de rang ou de qualité. Avec cela, bien loin de se faire un mérite des grandes richesses qu’il possédait, il était d’une avarice achevée, jusqu’à se refuser à lui-même les choses nécessaires. Personne ne pouvait le souffrir, et jamais on n’avait entendu dire de lui que du mal. Ce qui le rendait plus haïssable, c’était la grande aversion qu’il avait pour Khacan, et qu’en interprétant en mal tout le bien que faisait ce digne ministre, il ne cessait de lui rendre de mauvais offices auprès du roi.
Un jour, après le conseil, le roi de Balsora se délassait l’esprit et s’entretenait avec ses deux vizirs et plusieurs autres membres du conseil. La conversation tomba sur les femmes esclaves, que l’on achète et que l’on tient parmi nous à peu près au même rang que les femmes que l’on a en mariage légitime. Quelques-uns prétendaient qu’il suffisait qu’une esclave que l’on achetait fût belle et bien faite, pour se consoler des femmes que l’on est obligé de prendre par alliance ou intérêt de famille, qui n’ont pas toujours une grande beauté ni les autres perfections du corps en partage.
Les autres soutenaient, et Khacan était de ce sentiment, que la beauté et toutes les qualités du corps n’étaient pas les seules choses que l’on devait rechercher dans une esclave, mais qu’il fallait qu’elles fussent accompagnées de beaucoup d’esprit, de sagesse, de modestie, d’agrément, et, s’il se pouvait, de plusieurs belles connaissances. La raison qu’ils en apportaient, est, disaient-ils, que rien ne convient davantage à des personnes qui ont de grandes affaires à administrer, que, après avoir passé toute la journée dans une occupation si pénible, de trouver en se retirant en leur particulier une compagnie dont l’entretien était également utile, agréable et divertissant. «Car enfin, ajoutaient-ils, c’est ne pas différer des bêtes que d’avoir une esclave pour la voir simplement et contenter une passion que nous avons commune avec elle.»
Le roi se rangea du parti des derniers, et il le fit connaître en ordonnant à Khacan de lui acheter une esclave qui fût parfaite en beauté, qui eût toutes les belles qualités que l’on venait de dire, et, sur toutes choses, qui fût très-savante.
Saouy, jaloux de l’honneur que le roi faisait à Khacan, et qui avait été de l’avis contraire: «Sire, reprit-il, il sera bien difficile de trouver une esclave aussi accomplie que votre majesté la demande. Si on la trouve, ce que j’ai de la peine à croire, elle l’aura à bon marché si elle ne lui coûte que dix mille pièces d’or.
– Saouy, repartit le roi, vous trouvez apparemment que la somme est trop grosse; elle peut l’être pour vous, mais elle ne l’est pas pour moi.» En même temps le roi ordonna à son grand trésorier, qui était présent, d’envoyer les dix mille pièces d’or chez Khacan.
Dès que Khacan fut de retour chez lui, il fit appeler tous les courtiers qui se mêlaient de la vente des femmes et des filles esclaves, et les chargea, dès qu’ils auraient trouvé une esclave telle qu’il la leur dépeignit, de venir lui en donner avis. Les courtiers, autant pour obliger le vizir Khacan que pour leur intérêt particulier, lui promirent de mettre tous leurs soins à en découvrir une selon qu’il la souhaitait. Il ne se passait guère de jours qu’on ne lui en amenât quelqu’une, mais il y trouvait toujours quelque défaut.
Un jour, de grand matin, que Khacan allait au palais du roi, un courtier se présenta à l’étrier de son cheval avec grand empressement, et lui annonça qu’un marchand de Perse, arrivé le jour de devant fort tard, avait une esclave à vendre, d’une beauté achevée, au-dessus de toutes celles qu’il pouvait avoir vues.» À l’égard de son esprit et de ses connaissances, ajouta-t-il, le marchand la garantit pour tenir tête à tout ce qu’il y a de beaux esprits et de savants au monde.»
Khacan, joyeux de cette nouvelle, qui lui faisait espérer de bien faire sa cour, lui dit de lui amener l’esclave à son retour du palais, et continua son chemin.
Le courtier ne manqua pas de se trouver chez le vizir à l’heure marquée, et Khacan trouva l’esclave belle si fort au-delà de son attente, qu’il lui donna dès lors le nom de belle Persienne. Comme il avait infiniment d’esprit et qu’il était très-savant, il eut bientôt connu, par l’entretien qu’il eut avec elle, qu’il chercherait inutilement une autre esclave qui la surpassât en aucune des qualités que le roi demandait. Il demanda au courtier à quel prix le marchand de Perse l’avait mise.
«Seigneur, répondit le courtier, c’est un homme qui n’a qu’une parole: il proteste qu’il ne peut la donner, au dernier mot, à moins de dix mille pièces d’or. Il m’a même juré que, sans compter ses soins, ses peines et le temps qu’il y a qu’il l’élève, il a fait à peu près la même dépense pour elle, tant en maîtres pour les exercices du corps, et pour l’instruire et lui former l’esprit, qu’en habits et en nourriture. Comme il la jugea digne du roi, dès qu’il l’eut achetée dans sa première enfance, il n’épargna de tout ce qui pouvait contribuer à la faire arriver à ce haut rang. Elle joue de toutes sortes d’instruments, elle chante, elle danse, elle écrit mieux que les écrivains les plus habiles, elle fait des vers; il n’y a pas de livres enfin qu’elle n’ait lus. On n’a pas entendu dire que jamais esclave ait su autant de choses qu’elle en sait.»