Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Patrick ne semble ni convaincu ni impressionné. Toujours ce regard creux.
— Demande à ta femme, ajoute Raphaël. Elle te dira que c’est une de mes spécialités.
— Je n’en doute pas.
— Allez, lève-toi. J’ai prévu un rouleau de scotch rien que pour toi. Je l’ai trouvé dans ta remise, y en a un carton plein… Tu les collectionnes ?
— Non.
— Je ne sais pas ce que tu en fais, mais… c’est bien pratique en tout cas.
Patrick se remet debout d’un mouvement agile qui n’échappe pas à l’œil aiguisé du braqueur. Pas si fatigué que ça, finalement.
Raphaël confie son arme à William qui tente de cacher qu’il est au bord de la syncope.
— Allez, papa, assieds-toi là.
Patrick obéit encore, se laissant saucissonner à un pied de la table sans aucune difficulté. Mais quand Raphaël approche un morceau de ruban adhésif de ses lèvres, le gendarme tourne la tête.
— Ce n’est pas nécessaire. Je vous laisserai dormir tranquille.
Raphaël saisit son menton, lui tord les cervicales.
— J’ai des problèmes respiratoires. Si vous me collez ça sur la bouche, je risque de m’étouffer.
— Si tu savais comme je m’en fous ! murmure Raphaël avec un large sourire.
— Je comprends. Mais vous risquez de tuer un gendarme, et ça…
— Tu serais pas le premier.
— S’il te plaît ! intervient alors Sandra. Ne le bâillonne pas, il a vraiment du mal à respirer…
— Tu le tutoies ? s’étonne Patrick.
C’est la première fois que Raphaël discerne autre chose que le néant dans les prunelles de cet homme. Une menace, violence froide et profondément enfouie, qui resurgit sans crier gare. Pour disparaître aussitôt.
— Oui, murmure Sandra.
Elle semble terrorisée.
— Et pourquoi ? ajoute calmement son mari.
Sandra ne sait quoi répondre, elle reste la bouche entrouverte.
— Je croyais que tu devais la boucler ! rappelle Raphaël en brandissant le morceau de scotch.
Patrick acquiesce d’un simple mouvement de tête, Raphaël se relève.
— T’inquiète : si tu penses que je vais prendre ta gonzesse dans mes bagages, tu te goures… Je te la laisse bien volontiers !
Il s’approche de Sandra :
— À ton tour, doc. Tu connais le chemin…
CHAPITRE 22
À plusieurs centaines de kilomètres de là, une femme pleure.
Assise sur le lit, dans la chambre de sa fille. Au milieu des vieilles peluches, des posters de vampires ou d’héroïnes romantiques, des classeurs multicolores, des livres de classe, des romans d’aventure… Cet univers qu’elle a l’impression de voir pour la première fois alors qu’elle le connaît par cœur.
Peut-être n’avait-elle jamais détaillé avec autant d’attention l’agencement de cette pièce. Où il manque l’essentiel.
Jessie.
Les larmes ne cessent de couler, creusant un sillon cuisant sur ses joues.
Son mari est en bas, dans le salon. Assis près du téléphone, la main sur le combiné. Attendant l’hypothétique sonnerie qui les délivrera du mal.
Ce matin, ils étaient une famille normale, banale. Heureuse ou presque. Ils faisaient des projets d’avenir.
Et puis, tout a basculé.
Ne pas savoir. Imaginer le pire. Et bien au-delà.
Tout en gardant espoir.
Elle va revenir, ils vont nous la ramener. Tout recommencera comme avant.
Non, pas comme avant. Il est des blessures qui saignent jusqu’à la mort. Mais peu importe, du moment qu’elle réapparaît dans notre vie.
Et si elle ne revenait pas ? Si cette atroce souffrance ne s’éteignait plus jamais ?
Il s’agit peut-être d’une fugue… À cet âge-là, ça arrive plus souvent qu’on ne le croit… Surtout qu’elles sont deux à avoir disparu… Si c’est le cas, nous les retrouverons rapidement.
Une fugue ? Laurence Durieux n’y croit pas vraiment. Aurélie a déjà fugué, bien sûr, mais c’était avant. Désormais, elle est stable, équilibrée. Et n’entraînerait jamais Jessie avec elle.
Ce qui nous pousse à déclencher l’alerte enlèvement, c’est que ni Jessica ni Aurélie n’ont pris la moindre affaire… D’habitude, les ados fugueurs emportent toujours quelque chose… Elle n’a pas emprunté d’argent dans votre portemonnaie, vous êtes sûre ?
Sur ses genoux, une photo. Jessie, quand elle avait 6 ans. Déjà rayonnante comme un soleil d’été. Déjà belle comme un astre.
Mme Durieux imagine un instant sa petite fille entre les mains d’un pervers. Ou de plusieurs. Qui lui font subir… Elle imagine… Une force invisible écartèle son propre corps, une puissante mâchoire déchiquette son cœur, son estomac se révulse. Elle se plie en deux sous les assauts de la douleur.
Qui ne fait que commencer.
Qui ne s’arrêtera peut-être plus jamais.
Jessie, belle comme un astre. Rayonnante comme un soleil d’été.
Ses yeux sont clos.
À quoi bon les ouvrir, alors qu’elle est cernée par l’obscurité la plus complète ?
À quoi bon appeler alors que personne ne l’entend ? De toute façon, le ravisseur n’a pas enlevé le bâillon sur sa bouche, n’a pas défait le moindre des liens qui asphyxient désormais sa peau fine et blanche.
Il l’a seulement jetée dans cette pièce dont elle n’a rien vu. Jetée, comme un vulgaire sac-poubelle. Puis il a disparu quelques minutes avant de ramener Aurélie, de la balancer à son tour sur le sol et de les enfermer à double tour.
Aurélie, qui se débattait comme un beau diable, poussait des complaintes de bête étouffées par le bâillon.
À quoi bon ?
Lutter, ou même seulement espérer.
Désolée, papa, mais je ne peux pas. Désolée, maman, je crois que je vais vous quitter. Il faudra me pardonner.
Elles ne s’en sortiront pas, Jessica le sait. Elle n’a même jamais eu de certitude aussi forte de toute sa vie.
Je vais mourir.
C’est aussi évident qu’effrayant.
Inéluctable.
Too young to die ? Il n’y a pas d’âge pour mourir. À peine venu au monde, on est sur la liste d’attente. Susceptibles d’y passer d’une seconde à l’autre.
Repas potentiel de la faucheuse.
Alors, sans que personne ne puisse s’en douter, Jessica hurle. Abominable prière silencieuse.
Que ce soit maintenant, tout de suite ! Viens me chercher, cette nuit. Avant que cet homme revienne me torturer. Avant qu’il revienne me détacher et me violer… Que je meure, maintenant, par pitié…
CHAPITRE 23
Ça faisait longtemps que Raphaël n’avait pas aussi bien dormi.
Seulement quelques heures, dans un fauteuil de surcroît. Mais d’un sommeil profond et réparateur.
Il fait jour, sa montre lui indique huit heures et demie.
Il s’étire, bâille à s’en décrocher la mâchoire et sourit en voyant que William est déjà réveillé. Et surtout, qu’il est assis.
— Bien dormi ?
— Oh oui ! confirme Raphaël. Comment te sens-tu ?
— Mieux.
Raphaël a une mimique un peu perplexe face au visage ravagé de son frère.
— T’es sûr ?