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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Excusez-moi, mesdemoiselles…

Elles s’arrêtent, le dévisagent. Méfiantes.

La cinquantaine, jovial, souriant. Le cheveu grisonnant, une barbe de trois jours.

— Je suis perdu, se désole-t-il. Je cherche la rue du Moulin, vous pouvez m’aider ?

— C’est là où on habite ! balance Aurélie.

— Vraiment ? Je vais chez M. et Mme Durieux. Vous les connaissez peut-être ?

— C’est mes parents, s’étonne Jessica.

L’homme coupe le contact.

— Vous devez être Jessica, alors ? Je suis un collègue de votre père, on travaille ensemble à la mairie… Il m’a demandé de passer chez vous, ce soir. Il vend une voiture, je vais peut-être l’acheter.

— Ah…

— Bon, on fait comment ? Vous montez ? Comme ça, vous me montrez le chemin et puis je vous raccompagne par la même occasion !

Les deux filles échangent un regard.

— Il vend sa caisse, ton père ? interroge Aurélie.

— Ouais… Enfin, c’est celle de ma mère.

— Vous montez ? s’impatiente le conducteur.

— Mais mon père, il n’est pas encore sorti du bureau à cette heure-là, explique Jessica.

— Il m’a dit que votre mère pouvait me montrer la voiture. Il lui a téléphoné, elle m’attend.

L’homme ouvre la portière passager, Jessica hésite encore.

— Je veux pas laisser ma copine… Je vais vous expliquer par où c’est et…

— Vous pouvez monter toutes les deux ! propose l’inconnu. Y a trois places devant.

— Allez viens ! dit Aurélie. C’est cool, on n’a pas besoin de marcher comme ça !

Aurélie monte en premier, Jessica la suit à contrecœur. Elle n’a pas envie de faire la route avec cet homme. Si encore c’était une caisse qui en jette avec un beau mec au volant… Mais un vieux fourgon conduit par un vieux, ça le fait pas

Leur chauffeur remet le contact, jette un œil dans son rétro.

Personne.

Il démarre, un clac résonne dans l’habitacle. Portières verrouillées.

Les plaques sont fausses, la fourgonnette est un modèle particulièrement répandu.

Tout est parfait.

— Il faut tourner à droite au bout, indique Aurélie.

L’homme la dévore d’un sourire.

— Merci pour ton aide, Aurélie. Sans toi, je ne sais pas si j’y serais arrivé.

— Comment vous savez que je m’appelle Aurélie ?

*

19 h 55

Elle appelle au secours. En silence.

Le bâillon est redoutablement efficace.

Elle appelle au secours.

Supplie son père, sa mère. Implore les dieux imaginaires qui peuplent son inconscient.

Sauvez-moi, ne me laissez pas ! Je veux rentrer chez moi !

Pourtant, elle sait déjà où la conduit cette camionnette.

En enfer, c’est certain.

Mais comment elle va mourir, ça elle ne le sait pas.

Et c’est peut-être ce qui la terrorise le plus.

Elle entend la voix de son père. Qui répète souvent la même phrase avec un sourire malicieux : « L’espoir fait vivre. »

Ce qui veut dire que le désespoir tue.

Alors, il faut garder espoir. Il faudrait.

Des flashs de lumière ; ils passent sous une série de lampadaires. Jessica aperçoit furtivement Aurélie, ligotée comme elle. Allongée, comme elle, à même le plancher métallique et glacé du fourgon. Leurs yeux saturés de panique s’effleurent, un dixième de seconde. Puis l’obscurité les sépare à nouveau.

Jessica essaie pour la énième fois de libérer ses poignets. Peine perdue.

Le conducteur monte le volume de l’autoradio au moment des infos.

Alerte enlèvement… élèves de quatrième… collège Danièle Casanova… Jessica Durieux, 13 ans… 1,62 m, blonde, cheveux longs… tee-shirt de couleur beige, un blouson en jean au moment de sa disparition… Aurélie Martin, 14 ans… 1,59 m, brune, cheveux courts, yeux marron…

L’homme se retourne :

— On parle de vous, mes chéries !

Il part dans un éclat de rire et ajoute :

— Vous serez bientôt célèbres dans la France entière !

Jessica reprend espoir. Ils savent qu’elles ont été enlevées. Tout le monde le sait. La Terre entière le sait.

Tout le monde sait qu’elles ont disparu, mais qui sait où elles se trouvent ? Personne.

À moins que… Quelqu’un les a peut-être vues monter dans cette putain de fourgonnette ?

La police est sur leurs traces. Là, peut-être au prochain virage…

Elle écoute, espère une sirène, un pin-pon. L’intermittence bleutée d’un gyrophare.

Comme dans les films où ils arrivent toujours à temps.

Ils vont les libérer, les ramener chez elles et jeter ce fou en prison.

Oui, elles vont devenir célèbres. Leurs copains de classe n’en reviendront pas. Ses parents lui pardonneront tout, même ses mauvaises notes, tellement ils seront heureux de la retrouver. Lukas la regardera enfin… Telle une héroïne.

Mais il n’y a ni sirène, ni lumière bleue. Rien que la pénombre sordide de cet arrière de voiture. Aussi sombre qu’un caveau.

Rien que le ronron du moteur, le grésillement de la radio.

Pas d’héroïnes, seulement deux gamines tombées bêtement entre les serres d’un prédateur.

— Ne rêvez pas mes colombes. Personne ne vous trouvera ! On va parler de vous quelques jours, et puis ensuite, on vous oubliera… Mais moi, je vais bien m’occuper de vous.

En se contorsionnant à la manière d’un poisson sorti de l’eau, Jessica parvient enfin à se coller à Aurélie.

Front contre front. Leurs larmes se mélangent.

Elle aurait pu se sauver, tout à l’heure. Au moment où le ravisseur a stoppé la fourgonnette au milieu de nulle part.

Mais il a brandi un énorme couteau, l’a collé sous la gorge d’Aurélie.

« Si tu ne fais pas tout ce que je te dis, j’égorge ta copine… Si tu obéis, vous aurez la vie sauve, elle et toi. »

Alors Jessie a accepté de monter à l’arrière du véhicule puis de boire le contenu d’une fiole. Avant de tomber dans un trou noir et profond. Et de se réveiller ligotée et bâillonnée. Avec la tête pleine de douleurs et de cris.

Loin de chez elle, sans doute.

Condamnée, c’est sûr.

J’aurais dû me sauver. Maintenant, c’est trop tard. Il va nous tuer, toutes les deux.

J’aurais dû me sauver. J’aurais pu prévenir mes parents, les keufs.

Ce fou n’aurait peut-être pas tué Aurélie.

J’aurais dû… Je n’aurais pas dû…

Je suis punie. D’avoir coupé par le terrain vague. Alors que mes parents me l’ont interdit.

Je suis punie… D’avoir songé à m’enfuir de chez moi.

D’avoir pensé si souvent que ce serait cool si mon petit frère n’était pas là. De l’avoir jalousé, tant de fois.

D’avoir pensé que ce serait mieux d’être fille unique ou d’avoir Aurélie comme sœur.

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