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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Je suis punie d’avoir dit ces choses horribles à ma grand-mère, avant-hier.

D’avoir menti, tant de fois.

Je suis punie… de tant de choses.

Jessica éclate en sanglots, s’étouffe dans ses larmes.

Aurélie aussi, a du mal à respirer ; le froid paralyse ses poumons, contracte ses muscles autant que la peur.

Curieusement, quelque chose l’obsède. Qui va s’occuper de Malabar ? Le chinchilla que lui ont offert les éducateurs le mois dernier, pour ses 14 ans. Ils ne vont pas l’abandonner si je ne reviens pas ? Non, ils ne feront pas ça…

Au volant, l’homme se met à fredonner un air connu qui passe à la radio.

Jessica et Aurélie l’entendent aussi. Mais elles ne chantent plus.

Ne chanteront plus jamais.

You know we’re too young to die… You know we’re too young to die…

Vendredi 7 novembre

CHAPITRE 20

Minuit, passé de quelques minutes

Raphaël consulte sa montre ; la nuit sera longue.

William s’est endormi. Épuisé, il a de nouveau sombré. Il pousse parfois quelques râles pathétiques, marmonne des paroles sans queue ni tête.

Raphaël étire ses muscles gagnés par l’ankylose et s’exile dans la cuisine. Il place une tasse de café dans le micro-ondes, allume une clope. Le jus réchauffé est dégueulasse, mais nécessaire pour ne pas sombrer à son tour. Cette nuit, il ne dormira pas.

Il passe un instant sur le pas de la porte, fait le plein d’air froid et pur avant de revenir auprès de son frère.

William ouvre les yeux.

— Raph… Quelle heure il est ?

— Minuit et quelques. Repose-toi.

— On devait pas partir ? On devrait…

— Repose-toi, répète Raphaël d’un ton paternel. On partira demain.

— Mais…

Raphaël prend sa main dans la sienne.

— Le flic a téléphoné, tout à l’heure… il rentre cette nuit.

Les prunelles de William se couvrent d’un film d’angoisse.

— Ce ne serait donc pas malin de filer maintenant, explique Raphaël. Dès qu’il rentrerait, il donnerait l’alerte. Il vaut mieux le neutraliser et se casser après. Non ?

— Je sais pas… Peut-être… Où est Sandra ?

— Dans la chambre, à côté. Je l’ai attachée au pieu.

— Et… Christel ?

— Dans le bureau.

William bouge sa jambe, serre les mâchoires.

— Tu as mal ?

— Putain, oui…

Il s’étouffe dans une quinte de toux particulièrement violente. Son visage vire au cramoisi. Il retombe sur son oreiller, complètement exténué.

— Tu crois qu’il est… coriace, ce képi ?

— Pas plus que moi, assure Raphaël en souriant.

Il pose la main sur la crosse de son colt.

— Je lui réserve un accueil qu’il est pas près d’oublier !

— Oui, mais…

— Tu as confiance en moi, non ?

— Plus qu’en moi-même, avoue William.

— Alors ne t’inquiète pas. Je vais nous sortir de là.

*

1 h 22

Le canon d’un flingue vient se coller sur son front. Il ouvre les yeux.

Le visage de Christel se dessine dans une sorte de flou artistique.

— Je vais te crever, espèce de fumier. T’aurais pas dû m’enlever Fred !

Les mains de Raphaël se crispent sur les accoudoirs du fauteuil.

— J’avais pas le choix… Il m’a trahi !

— Je vais faire exploser ta sale gueule… une balle dans la tête, pour toi comme pour lui !

Le bruit de la détonation rebondit sur les murs, Raphaël se réveille en sursaut.

Il s’est endormi, finalement. À peine quelques minutes, dans le fauteuil.

Il se frotte les yeux, les pose aussitôt sur William, rassuré de le voir respirer presque paisiblement. Ça efface un peu le visage de Christel, le canon du Glock et cette trouille féroce qui lui tord encore les entrailles. Ce goût amer qui traîne dans sa bouche.

Fred…

C’était lui ou moi.

Il se lève sans le moindre bruit, fume une clope devant la maison. Le brouillard est revenu, fidèle parmi les fidèles. Existe-t-il une nuit limpide, par ici ?

Un vent froid s’amuse à disséminer les cris d’une chouette, brouillant les pistes.

Raphaël écrase son mégot ; heureusement qu’il avait pris un bon stock de munitions… Quand on se terre dans une planque, on ne peut pas forcément aller acheter ses cigarettes au tabac du coin. Mieux vaut être prévoyant.

Encore un café infâme, encore une clope. Cette fois, il ne faut pas qu’il se rendorme. Le flic peut débarquer d’un moment à l’autre, le comité d’accueil doit être prêt.

Il décide de rendre une petite visite à ses deux captives. Une ronde, comme celle des matons en taule.

Christel, d’abord.

Il appuie sur l’interrupteur du bureau, elle ferme les yeux sous l’agression du spot.

Raphaël prend la bouteille d’eau posée près du PC, arrache le scotch qui bâillonne la jeune femme. Elle fixe le mur en face. Aussi froide que la nuit, aussi insaisissable que le vent.

Pas une supplique, pas un mot. Raphaël ne peut s’empêcher de l’admirer.

Il approche le goulot de ses lèvres, elle détourne la tête.

— Je ne reviendrai pas avant demain matin, tu sais…

— Va te faire foutre, salopard d’assassin.

Il serre les mâchoires.

— Comme tu voudras.

Il hésite à lui remettre son bâillon, décide finalement de la laisser respirer librement. Il éteint la lumière, referme la porte avant de pousser celle de la chambre voisine.

Violent frisson ; même s’il a fermé les volets, la vitre cassée laisse entrer la nuit glacée. Sandra doit être frigorifiée.

Il allume la lampe de chevet, s’assoit sur le lit.

— Je te réveille ? demande-t-il doucement.

Elle fait non, d’un signe de tête. Il passe quelques secondes à la contempler.

Elle est belle. Sans défense, attachée sur ce lit.

Raphaël se sent seul. Il a froid. Envie de mêler leurs solitudes, de venir se réchauffer contre elle.

Mais il tente de se contrôler. De toute façon, elle ne serait pas d’accord… Il pourrait ajouter le viol à la longue liste de ses crimes, mais la forcer ne fait pas partie de ses phantasmes.

Il effleure son front, y enlevant une mèche de cheveux rebelle ; elle se contracte immédiatement.

— Ton mec ne devrait plus tarder. On va l’attendre ensemble.

Elle le regarde avec désarroi.

— Tu vas pas le tuer, hein ?

Il ne répond pas, se contente de défaire ses liens. Il lui faut un moment pour venir à bout des nœuds qu’il a lui-même confectionnés.

Enfin libre, Sandra s’assoit. Elle le dévisage toujours, comme si elle cherchait à lire dans ses pensées. Puis elle se rapproche lentement, jusqu’à ce que leurs épaules se touchent. Sa main hésite pour finalement se poser sur son visage marqué par les coups. Surpris, il ne bouge pas. Elle suit la cicatrice sur sa joue, il la fixe droit dans les yeux.

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