Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— C’est pas la grande forme, mais du moment que tu ne me demandes pas de courir un marathon… Je me sens prêt à reprendre la route.
— Encore de la fièvre ?
Raphaël pose une main sur le front de son frère, comme le ferait une mère.
Comme le faisait leur mère.
— Tu es bouillant…
— N’exagère pas. Ça va, je te dis !
— Hmm… De toute façon, tu as encore la journée pour prendre des forces supplémentaires.
— On ne part pas ? s’inquiète William.
— Pas avant la tombée de la nuit. C’est plus prudent, tu ne trouves pas ?
— Si, bien sûr.
Raphaël approche sa bouche de l’oreille de son frère :
— Je les enfermerai dans la remise ou dans l’écurie… Avec un peu de chance, ils ne pourront pas donner l’alerte avant lundi, ce qui nous laisse quarante-huit heures pour nous tirer loin d’ici.
— Et Christel ?
— J’y réfléchis, avoue Raphaël.
Depuis des heures. Depuis la veille.
William sourit et pose une main sur l’épaule de son frère.
— Merci d’avoir fait tout ça pour moi.
Raphaël ne répond pas, se contente de broyer sa main dans la sienne.
— Je vais réveiller nos amis, dit-il.
Il commence par le gendarme. Qui n’a pas dû dormir beaucoup, vu la position dans laquelle il se trouve. Raphaël s’accroupit devant lui, plonge ses yeux dans les siens.
Aussi inexpressifs que la veille. Même pas fatigués ou cernés.
— Bien dormi, poulet ?
— Pas vraiment, avoue Patrick. Mais c’est sans importance.
Une demi-portion croisée avec une serpillière. Il ne pouvait espérer mieux.
— En effet, ça n’a aucune importance. Je vais aller voir ta gonzesse, maintenant… Lui apporter un peu de tes nouvelles… Elle doit se faire du souci pour toi, tu ne crois pas ?
— Sans doute.
— Et toi, t’es inquiet pour elle ?
Patrick sourit. Pour la première fois. Un léger mouvement sur ses lèvres fines et décolorées.
— T’as pas l’air en tout cas, ajoute le braqueur.
— Ne vous fiez pas à mon air…
— Une menace ?
— Un conseil.
— Attention, je vais faire pipi dans ma culotte, papa…
— Je sais bien que non. Mais un jour, peut-être.
— Sans blague ?
— Sandra est forte. Je n’ai pas à m’inquiéter pour elle, assure Patrick.
— T’as raison, c’est une sacrée bonne femme. Charmante, en plus… Un peu jeune pour toi, cela dit. T’as pas peur de la concurrence ? Je pourrais aller finir ma nuit dans ses draps, qu’est-ce que t’en dis ?
Il arbore un sourire provocant, cherchant à faire enfin réagir ce flic. À transformer cette espèce d’automate en homme de chair et de sang. À le faire sortir de ses gonds pour voir son vrai visage.
— Si ça vous dit, répond Patrick de manière désinvolte. Ne vous privez surtout pas.
Raphaël manque de tomber à la renverse.
— J’ai jamais croisé un type comme toi, avoue-t-il spontanément. T’as rien à l’intérieur, c’est pas possible… Rien dans le froc non plus d’ailleurs !
— Pourquoi entrer dans votre jeu ? À quoi ça servirait que je me mette à hurler ou à proférer des menaces ? Touche pas à ma femme ou je te fais la peau ! Ridicule… Je suis ligoté à une table, incapable de faire le moindre mouvement, poursuit Patrick. Alors c’est facile pour vous de jouer avec moi.
Évidemment. Ne pas répondre à la provocation, faire comme si rien ne le touchait. Ce mec est aussi émotif et sensible qu’un bloc de marbre. Aussi téméraire qu’une poule mouillée.
Mais il est intelligent.
— Toutefois, si je peux me permettre un autre conseil, faites attention à vos attributs masculins, ajoute-t-il sur le ton de la confidence.
Le braqueur reste sans voix.
— Il se pourrait qu’après un passage dans ses draps, vous repartiez sans. Or ça peut toujours servir, non ? Ne serait-ce que pour faire pipi dans sa culotte…
Raphaël a un frisson dans la nuque. Le froid est décidément contagieux.
Il abandonne le gendarme pour se diriger vers la chambre. La température y est glaciale, Sandra grelotte sous la couverture, les yeux grands ouverts. Combien d’heures a-t-elle dormi depuis trois jours ? Même pas dix.
Raphaël s’assoit sur le matelas, elle ne détourne pas la tête.
Son visage est abîmé, encore souillé de sang séché.
La gifle, d’abord, a laissé un hématome sur la joue. Le coup de crosse, une entaille au-dessus de son œil gauche et une auréole mauve tout autour. Raphaël aimerait gommer ces traces immondes sur ce visage qui commence à lui être familier mais garde son étrange contradiction. Attirant, inquiétant.
— Tu as dormi ?
— Non, avoue la jeune femme.
— Eh bien moi, j’ai roupillé comme un bébé !
— Je… je t’attendais.
Ça sonne bien à son oreille.
— Je voulais te dire… Te remercier en fait.
Bizarre d’entendre cette femme marquée par ses propres coups lui dire merci. Quelque chose n’est pas à sa place.
— Merci de l’avoir laissé en vie.
— Je ne suis pas un tueur, je te l’ai déjà dit.
Sandra revoit le crâne de Fred exploser sous ses yeux.
— Je sais, répond-elle néanmoins. Détache-moi, s’il te plaît… Mes poignets me font mal.
Il hésite mais n’obtempère pas ; une petite supplique ne lui est pas désagréable à entendre. Il est d’humeur joueuse ce matin. Envie de se divertir un peu.
Encore tant d’heures à tuer avant de prendre enfin le large…
Il souhaite que cette parenthèse prenne fin, mais réalise que cette femme va lui manquer. Qu’il aimerait passer cette dernière journée dans cette chambre. Près d’elle. Le plus curieux, c’est qu’en partant il n’a pas la sensation de la libérer d’un calvaire, mais plutôt de l’abandonner.
À quoi ? Ça, il l’ignore.
Il fait descendre la couverture, Sandra frissonne de plus belle.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Du calme, murmure Raphaël. Je me demandais un truc…
Il a relégué la couverture en laine au pied du lit, posé une main sur sa jambe.
— Qu’est-ce que tu lui trouves à ce type ?
Sandra ferme les yeux. Elle, n’a pas du tout envie de jouer.
— Ça ne te regarde pas !
— Exact. Mais tu n’es pas en position de me refuser quoi que ce soit. À moins que tu veuilles passer ta journée ligotée à ce plumard ! À toi de choisir.
— Va te faire foutre ! marmonne Sandra entre ses dents.
— Je préfère quand tu me dis merci ! sourit Raphaël. C’est beaucoup plus agréable à entendre…
Sa main remonte lentement et se bloque entre les cuisses de la jeune femme qui pousse une sorte de petit cri avant de se figer totalement.
Les politesses sont terminées, il est temps de reprendre leurs joutes, qui oscillent entre attraction et répulsion.
— En tout cas, il n’a pas l’air de tenir beaucoup à toi.
— Qu’est-ce que tu en sais ?
— Ça se voit, ça se sent…
— Tu ne sais rien ! Ni sur moi, ni sur lui ! Et enlève ta main…
— Réponds à ma question et on verra.
Il déboutonne un à un les boutons du jean, Sandra essaie de le repousser avec ses jambes. Il la bloque sur le lit, continue à la torturer. En douceur.