Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Si tu comptes me voler mon flingue, tu perds ton temps, murmure-t-il. Je l’ai laissé près de Will.
Sa main continue à descendre pour atteindre son cou et passer derrière sa nuque.
Ce n’est donc pas le colt qu’elle veut.
Elle l’attire doucement contre elle, il résiste sans trop savoir pourquoi.
— Qu’est-ce que tu cherches ?
Elle l’embrasse, il se laisse faire. Docile comme jamais. Sur ses gardes, pourtant.
— Je ne veux pas que tu le tues…
Il sourit tristement.
C’est donc ça ! Et elle croit que c’est la manière de me persuader ? Pourquoi pas, après tout.
Elle tombe en arrière sur le lit, il cesse d’hésiter.
Une rafale de blizzard traverse la pièce, Sandra ferme les yeux. Raphaël l’embrasse dans le cou, déboutonne le haut de son chemisier.
Quand il retrouve ses yeux de jade, il se fige. Ils brillent, telles ces pierres précieuses qu’il a l’habitude de dérober. Étincelants de larmes autant que de haine.
Elle a les poings serrés, comme si elle s’apprêtait à livrer un combat à mort.
Il se redresse. Blessé.
— Je te fais horreur ?
Sa voix est menaçante.
— Non ! assure Sandra.
— C’est si dur que ça ?
— Continue, susurre-t-elle d’un ton qui se voudrait langoureux.
— Rhabille-toi, ordonne-t-il.
— Non ! C’est ce que tu veux, je le sais.
— Et toi, c’est ce que tu veux ?
— Ça n’a pas d’importance.
Il fronce les sourcils.
— Si j’avais eu envie de te forcer à coucher avec moi, je ne t’aurais pas détachée !
Elle tente encore de le retenir, de l’amadouer. S’accroche à ses épaules alors qu’il lui a tourné le dos.
— Arrête ! dit-il en se dégageant. Tu me fais pitié !
Il se lève, elle reste un instant tétanisée sur le lit. Avant de se mettre à pleurer doucement. Il ouvre la porte de la chambre, s’appuie contre le chambranle, bras croisés.
— Allez, amène-toi.
Elle reboutonne sa chemise, se met debout. Lorsqu’elle passe près de lui, il la saisit par le poignet.
— C’est dangereux ce que tu viens de faire…
— Je ferais n’importe quoi pour lui.
Sa voix est devenue glacée. Elle sait qu’elle a perdu.
— Sauf que visiblement, tu n’en es pas capable, balance Raphaël.
Il saisit son visage à deux mains, la pousse contre le mur.
— J’ai pas envie que tu joues avec moi, alors recommence jamais ça. Jamais, tu entends ?
— Oui, pardon, c’était… ridicule. Mais j’ai cru que…
— Que quoi ?
— Je sais pas, j’ai tellement peur… Je n’ai que lui. Ne me l’enlève pas s’il te plaît.
Raphaël est touché. Malgré lui. Il essuie les larmes qui coulent à nouveau, ne peut s’empêcher de l’embrasser. Il aurait peut-être dû en profiter, finalement.
Mais la partie n’est pas encore terminée.
Il se remémore alors les paroles de Fred.
« C’est elle qui a voulu. Et puis elle s’est mise à hurler… »
— C’est comme ça que tu as piégé Fred ?
Les yeux de Sandra s’affolent.
— Non !
— Non ? Moi je crois que oui… Je crois que tu as fait ça pour que je lui explose la gueule… Ou qu’on s’entre-tue.
— Non ! répète Sandra. Comment j’aurais pu savoir que tu réagirais ainsi ? J’ai crié, en espérant que tu m’entendrais et que tu l’empêcherais… Mais je n’en savais rien. Tu aurais tout aussi bien pu l’aider.
— C’est vrai, admet Raphaël avec un sourire. Tu marques un point !
Il réalise qu’il est en train de se ramollir, que cette fille le trouble. Que ce n’est pas bon pour la suite. Qu’il ne doit pas se laisser entraîner sur ce terrain miné.
Plus la viande est tendre, plus elle est facile à manger.
Alors il affûte ses griffes, sort ses crocs. Enfile son armure de mauvais garçon.
— T’inquiète, doc, je ne raconterai pas à ton mari que tu m’as proposé tes services… Je crois que je n’aurai pas le temps de lui faire la moindre confidence de toute façon ! Et puis, il vaut mieux qu’il meure l’esprit en paix, non ?
La bouche de Sandra s’ouvre légèrement, mais aucun son n’en sort. Raphaël sourit toujours, si content de son effet qu’il ne voit pas arriver la gifle.
Pendant quelques secondes il reste bouche bée à son tour.
— Tu devrais apprendre à cogner plus fort, dit-il en réajustant son sourire.
Il lui rend sa gifle, puissance dix. Elle s’écroule dans un cri qui réveille William.
— Comme ça, tu vois ? ricane Raphaël. Là, au moins, c’est efficace.
Elle recule jusque dans la salle à manger, pressant une main sur sa joue douloureuse, qui ne tardera pas à enfler et à virer au bleu.
— Va me refaire du café. Je dois être en forme pour m’occuper de ton mec.
2 h 45
Le bruit d’un véhicule qui approche de la maison leur fait relever la tête.
Leurs yeux se croisent. Ceux de Sandra sont indéchiffrables. Peur mêlée d’espoir, peut-être.
Ceux de Raphaël ne reflètent rien d’autre que la détermination.
Il empoigne son colt, récupère un chargeur plein dans la poche de son jean et l’insère dans le pistolet. Il arme le canon en fixant Sandra. Le bruit métallique la fait sursauter.
— Bouge pas, murmure-t-il. Reste assise là, comme ça. Tu es parfaite.
— Je t’en prie…
— Boucle-la. Si tu pousses le moindre cri pour l’alerter, je vous descends tous les deux. C’est clair ?
— Ne le tue pas !
Elle se précipite soudain vers la porte. Raphaël la saisit au vol, plaque une main sur sa bouche avant qu’elle ait le temps de hurler.
Elle se débat, manque de lui échapper. Il lui assène un coup de crosse en pleine tête.
Méthode expéditive, pas le temps de faire dans la dentelle.
Elle s’effondre, groggy.
— Will, occupe-toi d’elle. Fais en sorte qu’elle se taise.
Tandis que le jeune homme s’extirpe du canapé avec difficulté, Raphaël jette un œil par la fenêtre. Il ne voit pas la voiture, elle s’est arrêtée après la ferme, sans doute devant la remise.
William récupère Sandra qui gémit de douleur et saigne abondamment. Arcade sourcilière explosée. Il la tient dans ses bras puissants, pose une main sur sa bouche.
— Reste tranquille…
À côté de lui, son fidèle Beretta. Chargé à bloc par Raphaël. Deux flingues valent mieux qu’un.
La pièce est seulement éclairée par une petite applique murale.
Pénombre propice, piège parfait.
Sandra est revenue à elle et recommence instantanément à s’agiter ; William est obligé de resserrer son étreinte. Un bras autour de son cou, il l’étouffe lentement.
Elle tente de le faire lâcher, même de le mordre.
— Reste tranquille ! menace-t-il encore dans son oreille. Sinon je t’étrangle !
Il fait pression sur sa gorge, elle est obligée de capituler pour avoir un filet d’air.
Raphaël s’est placé à gauche de la porte, aussi immobile qu’une statue en bronze. Mais le mari n’arrive toujours pas.
— Qu’est-ce qu’il fout ce putain de flic ? grogne-t-il à voix basse. Il s’est endormi dans sa tire ou quoi ?