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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Il leur faut attendre de longues minutes pour entendre enfin des pas approcher de la maison.

La poignée s’abaisse, la porte s’ouvre.

Patrick n’a pas le temps de refermer qu’il sent quelque chose de froid pressé sur sa nuque.

— Bouge pas.

Il se tétanise, la main sur la poignée.

— Qui êtes-vous ?

— Ta gueule. Lève les mains, doucement…

Raphaël le pousse, lui faisant violemment embrasser le mur. Puis il commence à le fouiller. L’autre ne fait pas un mouvement, sage comme une image.

— Où est ton flingue ?

— Mon flingue ?

— Ouais, ton flingue ! Il est où ?

— Je ne suis pas armé.

Raphaël l’oblige à pivoter, plante le canon du colt dans sa gorge.

— Je vais pas le demander cinquante fois : où est ton calibre ?

— Je n’ai pas d’arme, je vous assure.

L’homme aperçoit enfin Sandra prisonnière des bras d’un autre homme. Il ne dit rien, même pas le sempiternel : « Qu’est-ce que vous avez fait à ma femme, bande de salauds ? »

Pourtant, elle est salement amochée.

William retire sa main. Maintenant, Sandra peut hurler autant qu’elle veut. Mais elle se tait, dévisageant son mari d’un drôle d’air.

Un air coupable.

Il a toujours le canon du colt fiché dans la gorge, Raphaël augmente la pression.

— Je t’ai posé une question.

Il ouvre la bouche, mais c’est Sandra qui parle à sa place.

— Je leur ai dit… Ils savent que tu es gendarme.

— Eh ouais ! enchaîne Raphaël. On sait que t’es un putain de flic. Et un flic, ça a toujours un flingue.

— Je ne l’ai pas sur moi.

— Il est où ?

— Je… Je l’ai…

Raphaël retire l’arme afin qu’il puisse parler.

— Je l’ai laissé au bureau, explique-t-il enfin.

— Quel grade ?

— Hein ?

— T’es quoi ? Officier ou sous-fifre ?

Patrick hésite une seconde avant de répondre :

— Colonel.

— À genoux, mains sur la tête, ordonne Raphaël.

Patrick obtempère sans la moindre rébellion.

— Je vois que tu es plus obéissant que ta femme ! raille le malfaiteur. C’est bien.

— Qui êtes-vous ?

— Tu me reconnais pas ? Tu devrais réviser tes leçons, tu sais… Faire tes devoirs à la maison !

— Qui êtes-vous ? répète inlassablement Patrick.

— Ton pire cauchemar, mon colonel… !

CHAPITRE 21

Il sait enfin.

Qui sont ces hommes enfouraillés qui l’attendaient chez lui.

Sandra a résumé la situation en quelques mots, quelques secondes. Avec un impressionnant sens de la synthèse.

Son mari reste étonnamment calme. Un peu comme s’il prenait le thé en bonne compagnie.

Toujours à genoux, il s’est cependant permis de baisser les bras.

Raphaël le toise avec curiosité. Il ne s’attendait pas à ça.

Pas très grand, plutôt chétif, les épaules un peu rentrées. Bien plus âgé que Sandra. Vingt ans de plus à vue de nez. Lunettes rondes et dorées, cheveux poivre et sel.

Il ressemble plus à un bibliothécaire à la retraite qu’à un super flic aux trousses d’un serial killer.

Raphaël se demande pourquoi Sandra s’est maquée avec ce type. La recherche du père, sans doute…

Mais il a appris pas mal de choses au cours de sa chaotique existence. Notamment qu’il faut parfois se méfier de ceux qui ne payent pas de mine. Comme ce petit homme qui l’a tailladé en taule et a bien failli l’envoyer au cimetière avant l’heure.

Malgré tout, il préfère avoir en face de lui un modèle réduit visiblement sur le déclin qu’un jeune loup baraqué.

Mais ce qui l’étonne peut-être le plus, c’est que le nouveau venu n’a pas eu un mot pour sa dulcinée. Pas un « Ils t’ont fait du mal, ma chérie ? » ou un « Vous avez frappé ma femme, espèces de salauds ! »

Il l’a juste dévisagée froidement, tandis qu’elle lui présentait en accéléré leurs hôtes encombrants.

Même pas froidement, d’ailleurs. Ni même avec angoisse.

Avec rien dans les yeux.

Le vide. Absolu.

Ces mêmes yeux qui fixent Raphaël à cet instant.

— Que puis-je faire pour vous ? demande-t-il.

Raphaël n’en croit pas ses oreilles. Il part dans un éclat de rire puissant, un peu nerveux. Le mari ne bronche pas d’un pouce.

— Qu’est-ce que tu peux faire pour moi ?!

— Oui, je suppose que nous avons les mêmes intérêts, vous et moi. Vous voulez partir d’ici dans les meilleures conditions. Je veux que vous partiez d’ici, le plus vite possible. On doit donc pouvoir s’arranger.

Raphaël écarquille les yeux.

— Je rêve ! Tu crois que j’ai envie de m’arranger avec un poulet ?

— Vous ne m’intéressez pas. Que vous vous fassiez serrer ou non m’est parfaitement égal.

Raphaël va de surprise en surprise.

— Les braqueurs, c’est pas mon rayon. Alors, franchement, ma seule envie, c’est de vous voir décamper d’ici.

— J’imagine ! balance Raphaël. Tu as l’air si heureux de retrouver ta femme, vous avez sans doute envie d’un long tête-à-tête… Mais tu vois, ce que tu peux faire pour moi en premier lieu, c’est arrêter de me prendre pour un con, papa ! Ça, ça me ferait vachement plaisir. Parce que je te rappelle que j’ai un flingue dans les mains. Pas toi. Alors je ne vois pas de quel arrangement tu parles. Je ne vois même pas pourquoi tu parles, d’ailleurs…

Sa voix a changé au fil de la tirade. Commencée sur le ton de l’ironie, elle s’est terminée par une menace franche et directe.

Pourtant, Patrick ne manifeste toujours aucune anxiété. Impassible.

Il prend cependant le temps de la réflexion avant de reprendre :

— Nous ferons tout ce que vous voudrez. La seule chose qui compte, c’est que vous ne fassiez pas de mal à ma femme.

Enfin ! songe Raphaël.

— C’est un peu tard, souligne-t-il en allumant une clope. T’as vu sa gueule ?

— Pourquoi l’avez-vous maltraitée ?

Ni colère ni émotion dans sa question. Un simple renseignement. Le même ton que s’il demandait l’heure.

— Elle n’a pas été sage !

— Je comprends.

Le malfaiteur reste stupéfait. Il en perd la parole un instant, dévisageant l’homme avec surprise, puis finalement avec mépris. Voire avec dégoût.

— Mais ça ne se reproduira pas, ajoute le mari.

— Bon, je meurs d’envie de papoter avec toi toute la nuit, mais j’ai besoin de roupiller. Il y a une longue route qui m’attend demain… Alors je vais t’attacher à ta splendide table de ferme, te coller un bâillon pour que tu la boucles. Ensuite, j’irai ligoter ta femme sur le plumard et je pourrai enfin être tranquille. Ça te va comme programme, papa ?

Patrick hoche la tête.

— Je vous l’ai dit : nous n’opposerons aucune résistance.

— Parfait ! Tu es absolument parfait ! rigole Raphaël. Et c’est une bonne chose. Parce que si tu me joues le moindre coup tordu, je te loge une bastos en pleine tête… Là, dit-il en se posant l’index sur le front.

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