Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Vous manquez d’imagination.
Raphaël pivote à nouveau vers Patrick.
— Il ne s’agit pas d’une simple CB avec canal police. Mais de quelque chose de beaucoup plus efficace. Qui vous permettra de traverser la France en toute tranquillité. Car je vous rappelle que vous êtes l’homme le plus recherché de ce pays, actuellement.
Raphaël croise les bras.
— Continue, papa, c’est passionnant ce que tu racontes. Mais il va falloir que tu m’en dises plus…
— Détachez-moi, permettez-moi de prendre un café en votre compagnie et je vous dirai tout ce que vous voulez savoir.
— Pour que tu t’allonges, j’ai pas besoin de te détacher. Je peux aussi te défoncer la gueule à coups de crosse jusqu’à ce que tu craches le morceau.
— C’est vrai. Mais vous perdriez beaucoup de temps et d’énergie. Et rien ne dit que je parlerai sous la torture.
— Tout le monde parle sous la torture, soupire Raphaël.
— Pas vous, en tout cas. N’est-ce pas ? Pas un homme comme vous, Raphaël. Je suis bien placé pour connaître les méthodes policières, vous savez… Avez-vous déjà donné un complice sous la torture ?
— Pour qui tu me prends ?
— Je m’en doutais ! Eh bien je suis comme vous.
— Toi, tu es comme moi ? s’esclaffe Raphaël. Change tes lunettes, papa ! Y a urgence.
Il retourne s’attabler en face de William.
— Et si vous deveniez des flics ? propose alors Patrick.
CHAPITRE 24
Elle sait qu’il fait jour.
Grâce à un rai de lumière ténu au-dessus des volets fermés. Mais cette faible lueur ne lui permet pas de découvrir l’endroit où elle se trouve.
Elle sait qu’elle est encore en vie.
Bonne ou mauvaise nouvelle ? Ça, elle ne le sait pas.
Elle sait qu’elle a froid.
Dans ce trou noir qui ignore la moindre chaleur.
Ses dents s’entrechoquent, ses muscles tressaillent et se contractent à intervalles réguliers.
Elle sait qu’elle n’est pas seule.
Elle entend Aurélie gigoter, frotter ses pieds par terre ou contre un mur.
Sans doute essaie-t-elle de se libérer de ses liens.
Si seulement elles pouvaient se parler, ou au moins se voir. Si seulement…
Mais non, elles sont deux à partager la même terrible solitude. La même intense frayeur. Chacune de leur côté.
Il fait jour.
Il va revenir. Les achever ou pire, les torturer.
Aucun bruit ne traverse la cloison étanche de leur oubliette.
Dans la tanière du monstre, Jessica sait qu’elles n’ont d’autre choix que d’attendre leur tour.
Attendre leur châtiment, même s’il n’est pas mérité.
CHAPITRE 25
À l’aide de son fidèle cran d’arrêt, Raphaël commence à trancher les bandes de scotch qui emprisonnent Patrick. La tâche est longue, tellement il s’est appliqué, pour ne pas dire acharné, à le saucissonner cette nuit. Enfin, le maître de maison est libre de ses mouvements.
— Merci, dit-il.
— Allez accouche, papa.
— Me permettez-vous d’aller aux toilettes d’abord ? Je ne vais pas pouvoir me retenir encore très longtemps.
Raphaël hoche la tête.
— Je te suis…
Patrick s’accroche à la table, fait quelques mouvements avec ses jambes sous le regard un peu inquiet de Sandra. S’ensuivent les étirements des bras.
Une sorte de gym matinale.
— Pas facile à mon âge, s’excuse-t-il.
— Allez, magne ! ordonne le braqueur en levant les yeux au ciel.
Le mari part vers les toilettes, Raphaël sur ses talons. Il se dépêche de soulager sa vessie, puis les deux hommes retournent dans la cuisine où ils s’attablent avec William.
— Sers un petit déjeuner à ton mari, autorise Raphaël.
— Merci encore !
Arrête de me lécher les bottes, papa. C’est fatigant à la longue…
— Je t’écoute, maintenant. Tu proposes de faire de nous des flics, c’est bien ce que tu as dit ?
— Tout à fait.
Sandra pose devant son mari un bol de café au lait et deux tartines de pain beurré. Patrick ne songe même pas à la remercier, ni même à la regarder, d’ailleurs.
— À côté de la maison, il y a une dépendance où j’entasse tout un tas de trucs…
Raphaël allume une clope, commande un autre café à sa serveuse préférée.
Curieusement, lui n’oublie pas de la remercier.
— Vous n’avez pas pu y entrer, je suppose, poursuit Patrick. Nous n’avons qu’une seule clef et elle est sur mon trousseau.
— Va droit au but… Parce que là, tu commences déjà à m’ennuyer. Et tu ne vas pas tarder à retourner au piquet.
Patrick se racle la gorge.
— Je peux vous fournir deux tenues complètes de policiers ; une de gardien de la paix, une de brigadier. J’insiste sur le mot complètes… Pantalons, vestes, galons, holsters… Et même les menottes.
Patrick considère les pieds nus de William.
— Vous avez des chaussures noires ?
— On a ça, confirme le jeune homme. Continue.
— Deux tenues complètes, donc. Avec les Sig Sauer qui vont avec. Et ça tombe bien, j’ai en rayon au moins une grande taille. De plus, si vous avez des photos d’identité, on peut fabriquer des cartes tricolores.
— Super ! s’exclame Raphaël. Deux flics en tenue dans une Audi, ça ne risque pas d’attirer l’attention. On devrait pouvoir parcourir au moins dix bornes avant de se faire serrer comme des cons !
— Laissez-moi finir, je vous en prie, demande Patrick d’un ton obséquieux. J’ai également tout ce qu’il faut pour transformer un véhicule blanc en véhicule de police sérigraphié : bandes, écussons, gyrophare. Même les plaques.
— Tu déconnes, là ? s’étonne Raphaël.
— Pas le moins du monde.
Les deux frères échangent un regard perplexe, tandis que Patrick attaque ses tartines.
— Et d’où tu sors tout cet attirail ? interroge Raphaël d’un air suspicieux.
— C’est une longue histoire, soupire le gendarme. Disons que ça ne devrait pas être en ma possession, je vous l’accorde. Prise de guerre… Confisqué à des hommes de votre acabit.
— Reste que notre caisse, même déguisée, ne peut absolument pas passer pour une voiture de flics, souligne William.
— La vôtre non, admet Patrick. Mais la mienne, si. C’est une 308 blanche.
— Et elle est où, cette tire ?
— Dans le deuxième garage. Celui à côté duquel vous avez dû mettre votre voiture je suppose. Elle sort de la révision, en plus. Vous êtes de sacrés veinards !
Patrick aspire son café avec un bruit répugnant, William fait la grimace.
— Alors ?
Les deux frères se regardent encore. Et échangent un sourire complice.
— Ça pourrait bien nous intéresser, papa !
— Je le savais.
— Et on peut savoir pourquoi tu nous proposes ça ?
— Pour que vous partiez le plus rapidement possible de chez moi en ne nous faisant aucun mal. Voilà pourquoi. Et puis…
Il s’essuie la bouche avec sa serviette, la plie soigneusement en six avant de la ranger à côté de son bol.