Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Ses doigts se sont insinués à l’intérieur du pantalon, Sandra a du mal à respirer. Mais elle essaie de se contrôler.
— Alors, qu’est-ce que tu trouves à ce minus ?
— Me touche pas, fumier !
— Cette nuit, tu voulais exactement le contraire… C’est parce que ton mec est de retour au bercail que tu as changé d’avis ?
Raphaël semble bien s’amuser. Et surtout, il veut savoir. Comprendre.
— Il vient de m’autoriser à me servir. À mes risques et périls, certes, mais j’ai son assentiment…
Sandra le fixe sans comprendre. Elle a de plus en plus de mal à maîtriser sa respiration et ses nerfs.
— Il y a deux minutes, je lui ai dit que j’avais envie de toi, explique Raphaël. Et figure-toi qu’il m’a dit de ne pas me priver. Tu le crois, ça ?
— Salaud !
— Lui ou moi ?
— Enlève ta main ou je hurle !
— Et après ? Vas-y, hurle autant que tu veux ! Ce n’est pas ton héros qui viendra à ta rescousse. Même s’il était libre de ses mouvements, il ne lèverait pas le petit doigt pour toi !
— Qu’est-ce que tu veux ? gémit Sandra.
— Que tu répondes à ma question.
Elle ferme à nouveau les yeux, essaie encore de bouger ses jambes. Mais Raphaël pèse de tout son poids dessus.
— Il me comprend…
— C’est tout ?! Voilà une belle histoire d’amour, vachement émouvante et romantique ! N’empêche que je ne vois toujours pas ce que tu peux aimer chez ce type qui a l’âge d’être ton père… Je suis mieux que lui, non ?
— Tu ne lui arrives pas à la cheville ! rugit Sandra. Tu me donnes envie de vomir !
— Oh… Doucement ma belle !… C’est ton esclave, c’est ça ? Tu le mènes par le bout du nez ? Ou par le bout de la queue, peut-être… Non, ça ne colle pas. Parce que apparemment, tu as peur de lui.
Raphaël se fait plus persuasif, il est entré en terrain interdit. Sandra pousse un hurlement.
— Ça ne te plaît pas ?
— Arrête ! Arrête, je t’en prie !
— Je suis sûr que t’aimes ça…
— Arrête ! Par pitié !
La peur panique lui coupe la respiration, elle commence à s’étouffer. Elle ne contrôle plus rien. Raphaël enlève sa main, elle éclate en sanglots. Ses poumons font le bruit d’une loco à charbon poussée à plein régime.
— Eh ! Du calme, doc… Qu’est-ce qui te prend ? demande Raphaël avec un sourire moqueur.
Ça empire. Il comprend qu’elle souffre vraiment, comme s’il venait de la brûler au troisième degré. Alors il libère ses jambes, puis ses poignets. Elle se recroqueville sur elle-même, va jusqu’à se mordre les doigts.
— Pourquoi tu te mets dans cet état ?
Elle se noie dans ses larmes, continue à se bouffer les doigts en silence.
— T’es vraiment bizarre comme nana…
Elle saute brusquement du lit, se précipite vers la porte. Raphaël l’attrape par une manche, mais elle lui glisse entre les mains. Il se jette à sa poursuite, la retrouve dans le salon, accrochée à son mari comme à une bouée de sauvetage. Elle est à genoux devant lui, les bras autour de son cou, le front posé sur son épaule.
Raphaël se plante devant ce couple étrange, bras croisés. Vexé d’avoir été éconduit de la sorte.
— T’as fini ton cinoche ?
— Visiblement, elle n’a pas voulu de vous dans ses draps ! raille Patrick avec un ignoble sourire.
— Toi, ta gueule ! ordonne Raphaël en saisissant Sandra sous les aisselles.
— Lâche-moi, pauvre con !
Il la soulève du sol, la plaque contre la table.
— Tu me parles autrement !
Elle redevient hystérique, essaie même de le frapper. Il la tient par les poignets, la secoue brutalement. Elle lui crache à la figure, il a envie de lui coller une beigne. Mais se retient.
— Tu te calmes ou je démolis la gueule de ton cher mari ?
Elle cesse immédiatement de gesticuler. Il a trouvé une menace visiblement efficace.
— T’attends quoi pour nous préparer du café ? aboie-t-il.
— Je vais y aller, murmure la jeune femme.
— Il faudra aussi que tu refasses les pansements de mon frère. Et le mien, par la même occasion.
— D’accord. D’accord… Excuse-moi, je sais pas ce qui m’a pris…
Il la libère, elle se sauve vers la cuisine alors que Patrick sourit toujours de cette façon si particulière.
Abjecte.
Le petit déjeuner terminé, Raphaël fume sa clope, attablé en face de son frère. Tandis que Sandra finit sagement la vaisselle.
— Prépare-moi une tasse de café et quelque chose à manger pour Christel, ordonne-t-il.
Sandra attrape un plateau posé en haut du frigo.
— Tu pourrais peut-être détacher Patrick, dit-elle soudain. Il doit avoir faim, lui aussi.
— Je m’en branle, rétorque sèchement Raphaël.
Sandra réfléchit un instant, cherchant les mots pour le décider. Mais c’est William qui vient finalement à son secours.
— Allez, Raph… Détache-le, ce pauvre type !
Son frère lève sur lui un regard glaçant.
— Je te rappelle que ce pauvre type est gendarme. T’as déjà oublié ?
— Il n’a pas l’air bien dangereux, raille William. Il a même l’air carrément inoffensif !
— Qu’est-ce que ça peut te foutre qu’il reste attaché ?
— Pauvre vieux, il me fait un peu pitié je dois dire.
— Pitié ? File-moi un Kleenex, j’vais pleurer, bougonne Raphaël.
Sandra lui balance un rouleau d’essuie-tout.
— Tiens ! Mais ça m’étonnerait que tu pleures sur quoi ou qui que ce soit. Parce que pour pleurer, faut avoir un reste d’humanité en soi. Mais peut-être que tu ne le détaches pas parce que tu as tout simplement peur de lui !
Will rigole et se noie aussitôt dans une quinte de toux. Son frère soupire et se lève. Sandra recule instantanément pour se mettre hors de portée.
— Peur de lui ? Tu crois que cette ruse minable va me pousser à le libérer ? Tu me prends vraiment pour un crétin, chérie ! On dirait plutôt que c’est toi qui es morte de trouille… Pourquoi tu recules comme ça ?
Elle est bloquée contre le frigo, il prend un malin plaisir à venir se coller contre elle. Pile dans la ligne de mire du mari qui a la vue sur une partie de la cuisine.
— Qu’est-ce que tu me donnes en échange, si je le détache ? fait Raphaël d’une voix doucereuse.
— Le moyen d’éviter les barrages, propose une voix calme dans son dos.
Raphaël sourit, prend le temps de glisser une main dans les cheveux de Sandra et se retourne enfin. D’un pas lent, il vient se planter devant Patrick.
— Tu m’as parlé, papa ?
Il s’accroupit et écrase sa clope sur la chaussure de Patrick.
— Tu disais ?
— J’ai quelque chose qui pourra vous permettre de franchir tous les barrages avec une déconcertante facilité. Car il y en a encore, au cas où vous ne seriez pas au courant. J’en ai croisé un cette nuit, en rentrant.
— Intéressant. Je suppose que tu parles d’une radio avec fréquence poulets, c’est ça ? Parce que si c’est le cas, j’en ai déjà une dans ma caisse… Désolé, papa, tu as perdu ! Mais tu as le droit de rejouer plus tard !
Il se lève et secoue la tête d’un air désolé. Il tourne les talons, décidé à s’offrir un autre café, lorsque le mari poursuit :