Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
« Ils ne m’ont pas demandé de renoncer à ma chrétienté, Miriam. C’est seulement que je me dois d’être plus honnête quant aux choses que je connais et celles que j’ignore. La divinité du Christ, la nature intrinsèque de Dieu… peut-être n’en ai-je jamais été totalement convaincu. Je souhaitais peut-être simplement le croire.
« Alors vous avez raison, Miriam. Je ne pense pas avoir plus longtemps droit au titre de chrétien. Mais je peux encore assurer la cérémonie religieuse. Je peux vous aider à faire vos adieux à votre père, je peux étudier le mystère de la mort, et je peux l’honorer, avec peut-être plus de sincérité que jamais. Je serai heureux de célébrer cet office pour vous. Mais si vous jugez que je ne suis vraiment pas qualifié pour le faire, je m’en abstiendrai. Peut-être pourrons-nous trouver quelqu’un d’autre, même dans cette ville.
Miriam, sidérée, fixa le prêtre un moment avant de secouer la tête.
— Non, c’est… c’est très bien. Faites-le.
— Merci, Miriam.
— Ce n’est pas une question de confiance. Peu importe celui qui prononce les mots. S’il y a un paradis, il est au-delà de vos sermons, et s’il y a un enfer, ce ne sont pas vos prières qui nous en garderont.
Elle baissa les yeux sur sa montre.
— L’heure passe… On devrait y aller.
La voiture franchit les grilles du cimetière de Brookside et grimpa la route qui serpentait jusqu’aux tombes. Miriam avait souhaité que la cérémonie ait lieu dehors. Elle détestait les chapelles qui empestaient la lavande pourrissante, comme celle des petits sachets qu’on oublie entre deux paires de draps.
La brume s’attardait encore dans la vallée et sur la rivière, mais le soleil avait déjà brûlé le ciel. Le mont Buchanan se profilait derrière le cimetière comme les épaules d’un colosse de granit vert. Étagées à flanc de coteau, les tombes descendaient jusqu’à l’entrée principale qui rejoignait la route.
De là-haut, Miriam eut tout le loisir de voir la foule envahir peu à peu le cimetière.
Elle avait averti les quelques amis de papa encore en vie, pour la plupart des retraités du collège technique et des membres du club de bridge dont il avait apprécié la compagnie avant son attaque. Aussi elle s’étonna de la moyenne d’âge relativement basse de l’assistance – trop d’étrangers, trop de visages qu’elle ne reconnaissait pas – et de son importance.
Les voitures encombraient le parking de la chapelle au pied de la colline, et d’autres avaient commencé à se garer le long de la route, jusqu’au carrefour et au-delà.
Troublée et vaguement effrayée, Miriam se tourna vers le père Ackroyd.
— Papa ne connaissait pas tous ces gens.
— La cérémonie a été annoncée dans l’Observer.
Ça, elle le savait ; elle avait même découpé l’annonce.
— Mais que font-ils ici ? Pourquoi ?
— C’est une occasion solennelle, Miriam. Votre père est le dernier homme à Buchanan à être mort avant Contact. Comprenez-vous la signification de ceci ? Il a été le dernier à mourir involontairement dans cette ville.
Ce raisonnement, sans qu’elle pût s’en expliquer la raison, éveilla l’hostilité de Miriam.
— Je ne veux pas d’étrangers ici.
— Je suis navré que vous le preniez ainsi. Mais ce n’est pas une plaisanterie. Ces gens sont sincères. Leurs sentiments ne sont pas surfaits.
— Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?
— Je le sais, dit simplement le prêtre.
Miriam fronça les sourcils mais acquiesça en silence. Les événements de la matinée commençaient à lui engourdir l’esprit. Le père Ackroyd lut un passage des Évangiles et Miriam écouta d’une oreille distraite, incapable de raccorder cette cérémonie à son père ; il devenait intangible, souvenir évanescent d’un temps plus heureux. Je suis ici pour le pleurer, se rappela-t-elle sévèrement. Et les autres ?
La colline était noire de monde. Tous silencieux et attentifs, même ceux trop éloignés pour entendre le père Ackroyd.
La moitié de Buchanan devait être là, songea Miriam.
Peut-être eux aussi étaient-ils là pour pleurer, après tout.
Mais pas son père, non. Quelque chose qu’ils avaient perdu ou abandonné. Quelque chose qu’ils ne pouvaient plus recouvrer.
Une façon de vivre.
La ville, le pays – la planète…
13
Serveurs
Quand Lillian refusa de le voir pour subir un examen médical – en dépit de ses encouragements, de son insistance et, finalement, de sa colère mal contenue – Matt décida de prendre le taureau par les cornes. Le mysticisme extraterrestre, d’accord ; mais ce n’était pas une raison pour mettre en péril sa santé et celle de l’enfant à venir.
Il arrangea un déjeuner avec Jim pour tenter d’attaquer le problème par un autre flanc.
Quelques semaines plus tôt, il aurait sans doute eu du mal à se libérer pour déjeuner. Maintenant, il avait du temps libre à revendre. Il n’avait plus que de rares consultations à son cabinet et passait le plus clair de ses journées à l’hôpital à remplacer les internes absents ; journées dont la majeure partie était consacrée à Tom Kindle tandis qu’il s’efforçait de le convaincre d’accepter ses soins. Il n’avait pas reçu de nouveaux patients, et pas plus qu’une poignée d’habitués, depuis ce que tout le monde commençait à nommer « Contact ».
Il n’avait pas non plus beaucoup vu Jim Bix. Jim, comme Lillian, comme Annie Gates, comme tant d’autres, avait accepté la promesse d’immortalité, cette fameuse nuit d’août.
Matt n’avait pas encore conçu de stratégie pour parler à ces gens-là.
Jim avait été son ami le plus intime. Contact avait fait de lui un étranger.
Ils se retrouvèrent à la cafétéria du personnel, une pièce en sous-sol de la taille d’un terrain de foot et ce jour-là pratiquement déserte. Les ventilateurs bourdonnaient comme des moines tibétains et brassaient un air parfumé au chou.
Jim, assis à une table en coin, déjeunait d’une salade et d’un riz pilaf. Matt tira une chaise et dévisagea son ami. Il n’avait pas changé d’un poil ; toujours aussi laid.
La conversation, cependant, eut du mal à démarrer et se traîna comme une vieille guimbarde un jour de grand froid.
— Tu n’as pas l’air de dormir beaucoup, remarqua Jim.
Doux euphémisme. Il ne dormait pas du tout. Trop de sujets de réflexion. Trop de questions auxquelles il ne voulait pas réfléchir. Ses journées étaient soit mornes, soit franchement bousculées, ses nuits souvent aussi blanches que ce satané vaisseau. Mais il ne tenait pas à l’avouer.
— Je ne suis pas là pour me plaindre. En fait, je voulais te parler de Lillian. Elle ne veut pas venir pour les examens de contrôle, et je me demandais si tu étais au courant. Non que j’envisage des complications, mais je ne pense pas que ce soit raisonnable.