Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
« Basilica est mal partie, dit Nafai.
— Basilica est morte, renchérit Issib. Il y a encore des gens dedans, mais ce n’est plus Basilica. »
Heureusement, les choses s’arrangèrent un peu dans la rue de l’Aile : les soldats étaient passés par le carrefour d’Aile et de Blé, à quelques rues seulement de chez Gaballufix. Arrivés à Ville-Vieille, les frères trouvèrent plus d’animation, mais des changements étaient encore visibles.
Par exemple, l’avenue de la Source avait été dégagée. C’était une des grandes artères de Basilica, qui reliait par le trajet le plus direct la porte du Goulet à la Fracture, en passant par Ville-Vieille. Mais comme souvent à Basilica, une entrepreneuse en bâtiment avait estimé dommage de laisser perdre tout cet espace au milieu de la rue, alors qu’on pouvait y loger des gens. Et sur un îlot allongé entre Aile et Temple, elle avait érigé six immeubles.
Quand une entrepreneuse construisait ainsi au milieu d’une rue, les réactions variaient : si la rue n’était pas très fréquentée, seules quelques personnes élevaient des protestations ; elles avaient beau tempêter, jurer et même lancer des projectiles aux ouvriers, hommes robustes aux manières bourrues, leur résistance n’allait pas très loin. Le bâtiment s’élevait quand même et les gens trouvaient de nouveaux trajets pour circuler. Mais les propriétaires de maisons ou de boutiques bordant la rue désormais barrée étaient les plus atteints : ils devaient marchander auprès de leurs voisins un droit d’accès aux rues adjacentes – ou prendre ce droit d’autorité, si le voisin se laissait faire. Il arrivait aussi qu’ils soient tout bonnement obligés d’abandonner leur propriété. Quoi qu’il en soit, les nouveaux accès ou les propriétés abandonnées ne tardaient guère à devenir des voies de circulation. Pour finir, une femme entreprenante acquérait quelques maisons abandonnées ou en ruine dont les accès servaient de passages publics, y faisait ouvrir une brèche, et une nouvelle rue était née. Le conseil municipal n’intervenait pas contre ce processus : c’était ainsi que la cité évoluait et changeait ; dans une ville âgée de dizaines de millions d’années, à quoi bon essayer de contenir les marées du temps et de l’histoire ?
Mais quand quelqu’un se mettait en tête de construire sur une artère fréquentée comme l’avenue de la Source, c’était une tout autre affaire : les passants, encouragés par leur nombre et scandalisés à l’idée de perdre une voie qu’ils empruntaient souvent, sabotaient les travaux en abattant des pans de murs ou en emportant des pierres à chacun de leurs passages. Si l’entrepreneuse était puissante et résolue, armée d’ouvriers nombreux et costauds, des rixes étaient inévitables, et elles finissaient inévitablement aussi devant les tribunaux ; la constructrice en sortait toujours condamnée, car l’érection d’un immeuble en pleine rue était considérée comme une incitation manifeste à la violence.
Dans l’avenue de la Source, l’entrepreneuse s’était montrée astucieuse : ses six bâtiments reposaient sur des arches, si bien que la rue n’était pas vraiment barrée : les maisons commençaient au premier étage, au-dessus de la chaussée ; la provocation était donc insuffisante pour pousser les passants irrités à saboter les travaux. Aussi avait-on pu achever les travaux au début de l’été, et des personnes très fortunées s’étaient déjà installées.
Mais, et c’était inévitable, les arches avaient été prises d’assaut par les marchands ambulants et des restaurateurs sans-gêne, ce que l’entrepreneuse avait bien dû prévoir. La circulation avait alors pris une allure d’escargot, et d’autres entrepreneuses avaient bâti des boutiques et des échoppes en dur ; pour finir, il était devenu impossible depuis quelques semaines de se rendre du Temple à la rue de l’Aile en passant par l’avenue de la Source, maintenant bloquée par un foisonnement de petits édifices. Une nouvelle rue de Basilica était morte ; mais il s’agissait cette fois d’une grande artère et beaucoup de monde en pâtissait. Seules l’entrepreneuse et les petites boutiquières profitaient de la situation ; les gens qui s’étaient logés dans les nouveaux bâtiments avaient de plus en plus de mal à accéder à leurs escaliers, et d’autres se préparaient déjà à quitter d’anciens immeubles qui maintenant ne donnaient plus sur la rue.
Nafai et Issib virent qu’on avait pourtant abattu toutes les petites bâtisses de la partie obstruée. Les édifices récents subsistaient, au-dessus de la chaussée, mais le passage avait été rouvert en dessous d’eux. Plus important, deux soldats se tenaient à chaque extrémité de la rue. Le message était clair : aucune nouvelle construction ne serait tolérée.
« Gaballufix n’est pas un imbécile », dit Issib.
Nafai comprit : les gens pouvaient ne pas apprécier de voir des soldats déambuler dans les rues, avec les éventuelles violences et la privation de liberté que cela impliquait ; mais la réouverture de l’avenue de la Source donnerait l’impression d’un moindre mal qu’il valait peut-être la peine de supporter.
Au bout de la rue de l’Aile, les deux frères débouchèrent enfin dans celle du Temple et la suivirent jusqu’à la grande voie en anneau qui entourait le temple lui-même. L’édifice constituait le seul avant-poste de la religion des hommes dans cette cité de femmes, le seul endroit où Surâme était masculin et où le sang plus que l’eau était le fluide sacré. Pris d’une subite impulsion, Nafai fit halte devant les portes nord, bien qu’il ne les eût pas franchies depuis l’âge de huit ans, quand son prépuce avait été noyé dans son propre sang. « Entrons », dit-il.
Issib frissonna. « Je déteste cet endroit.
— Si on se servait d’anesthésiant, les gosses auraient moins horreur du culte », répondit Nafai.
Issib sourit. « Une religion indolore… ça, c’est une idée ! Peut-être qu’une religion où on reste au sec aurait du succès chez les femmes aussi ! »
Ils passèrent la porte et pénétrèrent dans la salle extérieure dépourvue de fenêtres, sombre et pleine de relents de moisi.
Le temple était parfaitement circulaire, mais ses salles conçues pour rappeler les cavités du cœur : l’Oreillette d’Aspiration, le Ventricule d’Aération, l’Oreillette de Récupération et le Ventricule d’Expulsion. Les couloirs tortueux et les minuscules pièces situées entre eux portaient les noms de veines et d’artères. Avant la circoncision, les garçons devaient apprendre les noms de toutes les pièces, ce qu’ils faisaient en rabâchant une chanson incompréhensible pour la plupart. Les noms inscrits sur le linteau ou la clé de voûte des portes n’éveillaient donc aucun souvenir particulier chez Issib et Nafai, qui s’égarèrent immédiatement.
Mais c’était sans importance. Les couloirs et les corridors finissaient tous par mener les fidèles à la cour centrale, seul espace du temple qui fût clair et à ciel ouvert. Le soleil allait bientôt se coucher et ses rayons n’atteignaient plus le sol empierré de la cour, mais après l’obscurité du bâtiment, la lumière, même seulement réfléchie par les murs, était douloureusement éblouissante.
À l’entrée, un prêtre les arrêta. « Prière ou méditation ? » demanda-t-il.
Issib fut pris d’un frisson léger qui le secoua convulsivement, car les flotteurs exagéraient les moindres crispations de ses muscles. « Je crois que je vais attendre dans l’Oreillette de Récupération.
— Allez, ne fais pas ta mijaurée, dit Nafai. Ça ne va pas te tuer de méditer une minute !
— Parce que toi, tu as l’intention de prier ? Vraiment ?
— Je crois bien, oui », répondit Nafai.
À vrai dire, Nafai ignorait pourquoi. Tout ce qu’il savait, c’est que sa relation avec Surâme devenait chaque jour plus compliquée ; il comprenait Surâme mieux qu’avant, et Surâme se mêlait maintenant de sa vie. Il était donc important d’essayer de communiquer clairement et directement, et de cesser d’avancer à l’estime. Il ne suffisait pas de mettre un frein aux recherches sur les mots interdits en espérant que Surâme saisirait l’allusion. Il devait y avoir autre chose à faire.