Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
En n'employant rien d'autre qu'un peu de couleur noire ?
Comment ce miracle �tait-il possible ?
Plus les �l�ments employ�s sont purs, plus l'�uvre est pure. En peinture, il y a deux moyens d'expression, la forme et la couleur, plus les couleurs sont pures plus pure est la beaut� de l'�uvre...
Des extraits de son journal �grenaient les commentaires.
Sa s�ur endormie, la nuque de Misia Sert, les nourrices dans les squares, les motifs des robes des fillettes, le portrait de Mallarm� � la mine de plomb, les �tudes pour celui d'Yvonne Printemps, ce gentil minois carnassier, les pages griffonn�es de son agenda, le sourire de Lucie Belin, sa petite amie... Figer un sourire, c'est totalement impossible et pourtant lui, il y �tait parvenu... Depuis presque un si�cle, alors que nous venons de l'interrompre dans sa lecture, cette jeune femme nous sourit tendrement et semble nous dire : � Ah, c'est toi ? � dans un mouvement de nuque un peu las...
Et cette petite toile, l�, elle ne la connaissait pas... Ce n'est pas une toile d'ailleurs, c'est un carton... L'oie... C'est g�nial, ce truc... Quatre bonshommes dont deux en tenue de soir�e et coiff�s de chapeaux hauts-de-forme qui essayaient d'attraper une oie moqueuse... Ces masses de couleurs, la brutalit� des contrastes, l'incoh�rence des perspectives... Oh ! comme il avait d� s'amuser ce jour-l� !
Une bonne heure et un torticolis plus tard, elle finit par lever le nez et regarda le prix : a�e, cinquante-neuf euros... Non. Ce n'�tait pas raisonnable. Le mois prochain peut-�tre... Pour elle, elle avait d�j� une autre id�e : un morceau de musique qu'elle avait entendu sur Fip l'autre matin en balayant la cuisine.
Gestes ancestraux, balai pal�olithique et carrelage tout esquint�, elle ronchonnait entre deux cabochons quand la voix d'une soprano �tait venue lui d�coller, un � un, tous les poils des avant-bras. Elle s'�tait approch�e de l'animatrice en retenant sa respiration : Nisi Dominus, Vivaldi, Vespri Solenni per la Festa dell'Assunzione di Maria Vergine...
Bon, assez r�v�, assez bav�, assez d�pens�, il �tait temps d'aller travailler...
Ce fut plus long ce soir-l� � cause de l'arbre de No�l organis� par le comit� d'entreprise de l'une des soci�t�s dont elles avaient la charge. Josy secoua la t�te de d�sapprobation en avisant tout le bordel et Mamadou r�cup�ra des dizaines de mandarines et des mini-viennoiseries pour ses enfants. Elles rat�rent toutes le dernier m�tro mais ce n'�tait pas grave : Touclean leur payait le taxi � toutes ! Byzance ! Chacune choisit son chauffeur en gloussant et elles se souhait�rent un joyeux No�l en avance puisque seules Camille et Samia s'�taient inscrites pour le 24.
12
Le lendemain, dimanche, Camille d�jeuna chez les Kessler. Impossible d'y couper. Ils n'�taient que tous les trois et la conversation fut plut�t gaie. Pas de questions d�licates, pas de r�ponses ambigu�s, pas de silences g�n�s. Une vraie tr�ve de No�l. Ah si ! � un moment, quand Mathilde s'inqui�ta de ses conditions de survie dans leur chambre de bonne, Camille dut mentir un peu. Elle ne voulait pas �voquer son d�m�nagement. Pas encore... M�fiance... Le petit roquet n'�tait pas tout � fait parti et un psychodrame pouvait bien en cacher un autre...
En soupesant son cadeau, elle assura :
� Je sais ce que c'est...
� Non.
� Si!
� Vas-y alors, dis-le... Qu'est-ce que c'est ?
Le paquet �tait emball� avec du papier kraft. Camille d�fit le bolduc, le posa bien � plat devant elle et sortit son crit�rium.
Pierre buvait du petit-lait. Si seulement elle pouvait s'y remettre cette bourrique...
Quand elle eut fini, elle retourna son dessin vers lui : le canotier, la barbe rousse, les yeux comme deux gros boutons de culotte, la veste sombre, l'encadrement de la porte et le pommeau vrill�, c'�tait exactement comme si elle venait de d�calquer la couverture.
Pierre mit un moment avant de comprendre :
� Comment tu as fait ?
� J'ai pass� plus d'une heure, hier, � le regarder...
� Tu l'as d�j� ?
� Non.
� Ouf...
Puis:
� Tu t'y es remise ?
� Un peu...
� Comme �a ? fit-il en indiquant le portrait d'Edouard Vuillard, encore le petit chien savant ?
� Non, non... Je... Je remplis des carnets... enfin presque rien... Des petites choses, quoi...
� Tu t'amuses au moins ?
� Oui.
Il fr�tillait :
� Aaah parfait... Tu me montres ?
� Non.
� Et comment va ta maman ? coupa la tr�s diplomate Mathilde. Toujours au bord du gouffre ?
� Au fond plut�t...
� Alors c'est que tout va bien, n'est-ce pas ?
� Parfaitement bien, sourit Camille.
Ils pass�rent le reste de la soir�e � p�rorer peinture. Pierre commenta le travail de Vuillard, chercha des affinit�s, �tablit des parall�les et se perdit dans d'interminables digressions. Plusieurs fois, il. se leva pour aller chercher dans sa biblioth�que les preuves de sa perspicacit� et, au bout d'un moment, Camille dut s'asseoir tout au bout du canap� pour laisser sa place � Maurice (Denis), � Pierre (Bonnard), � F�lix (Vallotton) et � Henri (de Toulouse-Lautrec).
Comme marchand, il �tait p�nible, mais comme amateur �clair�, c'�tait un vrai bonheur. Bien s�r, il disait des b�tises � et qui n'en disait pas en mati�re d'art ? � mais il les disait bien. Mathilde b�illait et Camille finissait la bouteille de Champagne. Piano ma
sano.
Quand son visage eut presque disparu derri�re les volutes de son cigare, il lui proposa de la raccompagner en voiture. Elle refusa. Elle avait trop mang� et une longue marche s'imposait.
L'appartement �tait vide et lui sembla beaucoup trop grand, elle s'enferma dans sa chambre et passa l'autre moiti� de la nuit le nez dans son cadeau.
Elle dormit quelques heures dans la matin�e et rejoignit sa coll�gue plus t�t que d'habitude, c'�tait le soir de No�l et les bureaux se vidaient � cinq heures. Elles travaill�rent vite et en silence.
Samia partit la premi�re et Camille resta un moment � plaisanter avec le vigile :
� Mais pour la barbe et le bonnet, t'�tais oblig� ?
� Beuh non, c'�tait une initiative auto-personnelle pour mettre de l'ambiance !
� Et �a a march� ?
� Pfff, tu parles... Tout le monde s'en fout... Y a qu'� mon chien que �a a fait de l'effet... Il m'a pas reconnu et il m'a grogn� dessus, ce con... Je te jure, j'en ai eu des chiens cons, mais celui-l�, c'est le pompon...
� Il s'appelle comment ?
� Matrix.
� C'est une chienne ?
� Non pourquoi ?
� Euh... pour rien... Bon, ben salut, hein... Joyeux No�l Matrix, fit-elle en s'adressant au gros doberman couch� � ses pieds.
� Esp�re pas qu'il va te r�pondre, il comprend rien, je te dis...
� Nan, nan, r�pondit Camille en riant, j'esp�rais pas...
Ce mec, c'�tait Laurel et Hardy � lui tout seul.
Il �tait pr�s de vingt-deux heures. Les gens �taient �l�gants, ils trottinaient dans tous les sens les bras charg�s de paquets. Les dames avaient d�j� mal aux pieds dans leurs escarpins vernis, les enfants zigzaguaient entre les plots et les messieurs consultaient leurs agendas devant des interphones.
Camille suivait tout cela avec amusement. Elle n'�tait pas press�e et fit la queue devant la devanture d'un traiteur chic pour s'offrir un bon d�ner. Ou plut�t une bonne bouteille. Pour le reste, elle �tait bien embarrass�e... Finalement, elle indiqua au vendeur un morceau de ch�vre et deux petits pains aux noix. Bah... c'�tait surtout pour accompagner son pauillac...
Elle d�boucha sa bouteille et la posa non loin d'un radiateur pour la chambrer. Ensuite, ce fut son tour. Elle se fit couler un bain et y resta plus d'une heure, le nez au ras de l'eau br�lante. Elle se mit en pyjama, enfila de grosses chaussettes et choisit son pull pr�f�r�. Un cachemire hors de prix... Vestige d'une �poque r�volue... Elle d�balla la cha�ne de Franck, l'installa dans le salon, se pr�para un plateau, �teignit toutes les lumi�res et se lova sous son �dredon dans le vieux canap�.