Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Ensemble, c’est tout - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
1 ... 26 27 28 29 30 31 32 33 34 ... 97
Перейти на страницу:

� Oh ! tu me fais chier... Allez... Va faire coucouche dans ton panier...

� Il n'est pas l� Philibert ?

� Nan, il est avec Napol�on. Allez, va te coucher on t'a dit.

La fille riait de plus belle.

� C'est o� les chiottes ? H�, c'est o� les chiottes ?

� Baisse le son ou j'appelle les flics.

� Mais ouais, c'est �a, appelle-les et arr�te de nous faire chier. Allez ! Casse-toi, je te dis !

Pas de chance, Camille venait de passer quelques heures avec sa m�re.

Mais �a, Franck ne pouvait pas le savoir...

Pas de chance, donc.

Elle tourna les talons, entra dans sa chambre, pi�tina son bordel, ouvrit la fen�tre, d�brancha sa cha�ne hi-fi et la balan�a du quatri�me �tage.

Elle revint dans le salon et l�cha calmement :

� C'est bon. J'ai plus besoin de les appeler...

Puis, se retournant :

� H�... Ferme ta bouche la morue, tu vas gober une mouche.

Elle s'enferma � clef. Il tambourina, hurla, brailla, la mena�a des pires repr�sailles. Pendant ce temps-l�, elle se regardait dans le miroir en souriant et y surprit un autoportrait int�ressant. H�las, elle n'�tait pas en �tat de dessiner quoi que ce soit : mains trop moites...

Elle attendit d'entendre la porte d'entr�e claquer pour s'aventurer dans la cuisine, mangea un morceau et alla se coucher.

Il prit sa revanche au milieu de la nuit.

Vers quatre heures, Camille fut r�veill�e par le raffut langoureux qui venait de la chambre d'� c�t�. Il grognait, elle g�missait. Il g�missait, elle grognait.

Elle se releva et resta un moment dans le noir � se demander si le mieux ne serait pas de rassembler ses paires sur-le-champ et de regagner ses p�nates.

Non, murmura-t-elle, non, �a lui ferait trop plaisir... Quel boucan, mon Dieu, mais quel boucan... Ils devaient se forcer, l�, c'�tait pas possible... Il devait lui demander d'en rajouter... Attends, mais elle �tait �quip�e d'une p�dale woua woua cette greluche ou quoi ?

Il avait gagn�.

Sa d�cision �tait prise.

Elle ne put se rendormir.

Elle se leva t�t le lendemain et s'affaira en silence. Elle d�fit son lit, plia ses draps et chercha un grand sac pour les emporter � la laverie. Elle rassembla ses affaires et les entassa dans le m�me petit carton qu'� l'aller. Elle �tait mal. Ce n'�tait pas tant de retourner l�-haut qui l'angoissait, mais plut�t de quitter cette chambre... L'odeur de poussi�re, la lumi�re, le bruit mat des rideaux de soie, les craquements, les abat-jour et la douceur du miroir. Cette impression �trange de se trouver hors du temps... Loin du monde... Les a�euls de Philibert avaient fini par l'accepter et elle s'�tait amus�e � les dessiner autrement et dans d'autres situations. Le vieux Marquis surtout, s'�tait r�v�l� beaucoup plus dr�le que pr�vu. Plus gai... Plus jeune... Elle d�brancha sa chemin�e et regretta l'absence d'un range-cordon. Elle n'osa pas la rouler dans le couloir et la laissa devant sa porte.

Ensuite elle prit son carnet, se pr�para un bol de th� et revint s'asseoir dans la salle de bains. Elle s'�tait promis de l'emmener avec elle. C'�tait la plus jolie pi�ce de la maison.

Elle vira toutes les affaires de Franck, son d�odorant X de Mennen pour nous les hommes, sa vieille brosse � dents de pouilleux, ses rasoirs Bic, son gel pour peau sensible � c'�tait la meilleure � et ses fringues qui puaient le graillon. Elle balan�a le tout dans la baignoire.

La premi�re fois qu'elle �tait entr�e dans cet endroit, elle n'avait pu s'emp�cher de pousser un petit � oh ! � d'admiration et Philibert lui avait racont� qu'il s'agissait d'un mod�le des �tablissements Porcher datant de 1894. Une lubie de son arri�re-grand-m�re qui �tait la plus coquette des Parisiennes de la Belle �poque. Un peu trop coquette d'ailleurs, � en croire les sourcils de son grand-p�re quand il l'�voquait et racontait ses frasques... Tout Offenbach �tait l�...

Quand elle fut install�e, tous les voisins se rassembl�rent pour porter plainte car ils craignaient qu'elle ne pass�t � travers le plancher, puis pour l'admirer et s'extasier. C'�tait la plus belle de l'immeuble et peut-�tre m�me de la rue...

Elle �tait intacte, �br�ch�e, mais intacte.

Camille s'assit sur le panier � linge sale et dessina la forme du carrelage, les frises, les arabesques, la grosse baignoire en porcelaine avec ses quatre pieds de lion griffus, les chromes fatigu�s, l'�norme pomme de douche qui n'avait plus rien crach� depuis la guerre de 14, les porte-savons, �vas�s comme des b�nitiers, et les porte-serviettes � moiti� descell�s. Les flacons vides, Shocking de Schiaparelli, Transparent d'Houbigant ou Le Chic de Molyneux, les bo�tes de poudre de riz La Diaphane, les iris bleus qui couraient le long du bidet et les lavabos si travaill�s, si tarabiscot�s, si charg�s de fleurs et d'oiseaux qu'elle avait toujours eu des scrupules � poser sa trousse de toilette hideuse sur la tablette jaunie. La cuvette des toilettes avait disparu, mais le r�servoir de la chasse d'eau �tait toujours fix� au mur et elle termina son inventaire en reproduisant les hirondelles qui voletaient l�-haut depuis plus d'un si�cle.

Son carnet �tait presque termin�. Encore deux ou trois pages...

Elle n'eut pas le courage de le feuilleter et y vit comme un signe. Fin du carnet, fin des vacances.

Elle rin�a son bol et quitta les lieux en refermant la porte tout doucement. Pendant que ses draps tournaient, elle se rendit chez Darty sous la Madeleine et racheta une cha�n� � Franck. Elle ne voulait rien lui devoir. Elle n'avait pas eu le temps de voir la marque de son mod�le et se laissa prendre la main par le vendeur.

Elle aimait bien �a, se laisser prendre la main...

Quand elle revint, l'appartement �tait vide. Ou silencieux. Elle ne chercha pas � savoir. Elle d�posa le carton Sony devant la porte de son voisin de couloir, d�posa les draps sur son ancien lit, salua la galerie des anc�tres, ferma ses volets et roula sa chemin�e jusqu'� l'office. Elle ne trouva pas la clef. Bon, elle d�posa son carton dessus, sa bouilloire, et repartit travailler.

Au fur et � mesure que le soir tombait et que le froid recommen�ait sa triste besogne, elle sentit sa bouche s'ass�cher et son ventre se durcir : les cailloux �taient revenus. Elle fit un gros effort d'imagination pour ne pas pleurer et finit par se convaincre qu'elle �tait comme sa m�re : irrit�e par les f�tes.

Elle travailla seule et en silence.

Elle n'avait plus tr�s envie de continuer le voyage. Il fallait qu'elle se rende � l'�vidence. Elle n'y arrivait pas.

Elle allait remonter l�-haut, dans la chambrette de Louise Leduc, et poser son sac.

Enfin.

Un petit mot sur le bureau de monsieur Lanciengoret la tira de ses sordides pens�es :

Qui �tes-vous ? demandait une �criture noire et serr�e.

Elle posa son pschit-pschit et ses chiffons, prit place sur l'�norme fauteuil en cuir et chercha deux feuilles blanches.

Sur la premi�re, elle dessina une esp�ce de Pat Hibulaire, hirsute et �dent�, qui s'appuyait sur un balai � franges en souriant m�chamment. Un litron de rouge d�passait de la poche de sa blouse, Touclean, des professionnels, etc., et il affirmait : Ben, c'est moi...

Sur l'autre, elle dessina une pin-up des ann�es 50. Main sur la hanche, bouche en cul de poule, jambe repli�e et poitrine comprim�e dans un joli tablier � dentelles. Elle tenait un plumeau et r�torquait : Mais non voyons... c'est moi...

Elle s'�tait servie d'un Stabilo pour lui mettre du rose aux joues...

� cause de ces b�tises, elle avait rat� le dernier m�tro et revint � pied. Bah, c'�tait aussi bien comme �a... Un autre signe finalement... Elle avait presque touch� le fond, mais pas tout � fait, c'�tait �a ?

Encore un effort.

Encore quelques heures dans le froid et ce serait bon.

Quand elle poussa la porte coch�re, elle se souvint qu'elle n'avait pas rendu ses clefs et qu'elle devait pousser ses affaires dans l'escalier de service.

1 ... 26 27 28 29 30 31 32 33 34 ... 97
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)