Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Un peu plus tard, elle surprit leur conversation dans l'entr�e :
� Ben tu viens pas avec moi ? s'�tonnait-elle.
� Nan, je suis crev�, j'ai pas envie de sortir...
� Attends, t'es chi�... Moi j'ai plant� toute ma famille pour �tre avec toi... Tu m'avais promis qu'on irait d�ner quelque part...
� Je suis crev�, je te dis...
� Au moins prendre un pot...
� T'as soif ? Tu veux une bi�re ?
� Pas ici...
� Oh... mais tout est ferm� aujourd'hui... Et puis je bosse demain, moi !
� J'y crois pas... J'ai plus qu'� me casser, c'est �a?
� Allez, ajouta-t-il plus doucement, tu vas pas me faire une sc�ne... Passe demain soir au reste..
� Quand ?
� Vers minuit...
� Vers minuit... N'importe quoi... Allez salut, va...
� Tu fais la gueule ?
� Salut.
Il ne s'attendait pas � la trouver dans la cuisine enroul�e dans son �dredon :
� T'�tais l�, toi ?
Elle leva les yeux sans r�pondre.
� Pourquoi tu me regardes comme �a ?
� Pardon ?
� Comme une merde.
� Pas du tout !
� Si, si, je le vois bien, s'�nerva-t-il. Y a un probl�me ? Y a un truc qui te d�frise, l� ?
� H�, c'est bon... L�che-moi... Je t'ai rien dit. Je m'en tape de ta vie. Tu fais ce que tu veux ! Je suis pas ta m�re !
� Bien. J'aime mieux �a...
� Qu'est-ce qu'on bouffe ? demanda-t-il en inspectant l'int�rieur du Frigidaire, rien bien s�r... Y a jamais rien ici... Vous vous nourrissez de quoi avec Philibert ? pe vos bouquins ? Des mouches que vous avez encu-l�es?
Camille soupira et rassembla les coins de son gros ch�le.
� Tu te barres ? T'as mang�, toi ?
� Oui.
� Ah ouais c'est vrai, t'as un peu grossi on dirait...
� H�, l�cha-t-elle en se retournant, je juge pas ta vie et tu juges pas la mienne, OK ? Au fait, tu devais pas aller vivre chez un pote apr�s les f�tes ? Si, c'est �a, hein ? Bon, alors y nous reste qu'une semaine � tenir... On devrait pouvoir y arriver, non ? Alors, �coute, le plus simple, ce serait que tu ne m'adresses plus la parole...
Un peu plus tard, il frappa � la porte de sa chambre.
� Oui?
Il balan�a un paquet sur son lit.
� C'est quoi ?
Il �tait d�j� ressorti.
C'�tait un carr� mou. Le papier �tait affreux, tout chiffonn�, comme s'il avait d�j� servi plusieurs fois et �a sentait bizarre. Une odeur de renferm�. De plateau de cantine...
Camille l'ouvrit pr�cautionneusement et crut d'abord que c'�tait une serpilli�re. Cadeau douteux du bell�tre d'� c�t�. Mais, non, c'�tait une �charpe, tr�s longue, tr�s l�che et plut�t mal tricot�e : un trou, un fil, deux mailles, un trou, un fil, etc. Un nouveau point peut-�tre ? Les couleurs �taient euh... sp�ciales...
Il y avait un petit mot.
Une �criture d'institutrice du d�but du si�cle, bleu p�le, tremblante et tout en boucles, s'excusait :
Mademoiselle,
Franck n'a pas su me dire de quelle couleur �taient vos yeux alors j'ai mis un peu de tout. Je vous souhaite un Joyeux No�l.
Paulette Lestafier.
Camille se mordit la l�vre. Avec le livre des Kessler qui comptait pour du beurre puisqu'il sous-entendait encore quelque chose du genre � Eh, oui, il y en a qui font une �uvre... �, c'�tait son seul cadeau.
Ouh qu'elle �tait laide... Oh qu'elle �tait belle...
Elle se mit debout sur son lit et la titilla autour de son cou � la mani�re d'un boa pour amuser le marquis.
Pou pou pi dou wouaaah...
C'�tait qui Paulette ? Sa maman ?
Elle termina son livre au milieu de la nuit.
Bon. No�l �tait pass�.
14
De nouveau le m�me ronron : dodo, m�tro, boulot. Franck ne lui adressait plus la parole et elle l'�vitait autant que possible. La nuit, il �tait rarement l�.
Camille se bougea un peu. Elle alla voir Botticelli au Luxembourg, Zao Wou-Ki au Jeu de paume mais leva les yeux au ciel quand elle vit la file d'attente pour Vuillard. Et puis, il y avait Gauguin en face ! Quel dilemme ! Vuillard, c'�tait bien, mais Gauguin... Un g�ant ! Elle �tait l�, comme l'�nesse de Buridan, prise entre Pont-Aven, les Marquises et la place Vintimille... C'�tait affreux...
Finalement elle dessina les gens dans la queue, le toit du Grand Palais et l'escalier du Petit. Une Japonaise l'aborda en la suppliant d'aller lui acheter un sac chez Vuitton. Elle lui tendait quatre billets de cinq cents euros et se tr�moussait comme si c'�tait une question de vie ou de mort. Camille �carta les bras :
� Look... Look at me... I am too dirty... � Elle lui d�signait ses croquenots, son jean trop large, son gros pull de camionneur, son �charpe insens�e et la capote militaire que Philibert lui avait pr�t�e... � They won't let me go in the shop... � La fille grima�a, remballa ses billets et accosta quelqu'un d'autre dix m�tres plus loin.
Du coup, elle fit un d�tour par l'avenue Montaigne. Pour voir.
Les vigiles �taient vraiment impressionnants... Elle d�testait ce quartier o� l'argent proposait ce qu'il avait de moins amusant � offrir : le mauvais go�t, le pouvoir et l'arrogance. Elle pressa le pas devant la vitrine de chez Malo : trop de souvenirs, et rentra par les quais.
Au boulot, rien � signaler. Le froid, quand elle avait fini de pointer, �tait encore ce qu'il y avait de plus dur � supporter.
Elle rentrait seule, mangeait seule, dormait seule et �coutait Vivaldi en serrant ses bras autour de ses genoux.
Carine avait un plan pour le R�veillon. Elle n'avait pas du tout envie d'y aller, mais avait d�j� pay� ses trente euros de participation pour avoir la paix et se retrouver au pied du mur.
� Il faut sortir, se sermonnait-elle.
� Mais je n'aime pas �a...
� Pourquoi tu n'aimes pas �a ?
� Je ne sais pas...
� Tu as peur ?
� Oui.
� De quoi ?
� J'ai peur qu'on me secoue la pulpe... Et puis... J'ai aussi l'impression de sortir quand je me perds � l'int�rieur de moi-m�me... Je me balade... C'est grand quand m�me...
� Tu veux rire ? C'est tout petit ! Allez, viens, elle sent le ranci ta pulpe...
Ce genre de conversation entre elle et sa pauvre conscience lui grignotait le cerveau des heures durant...
Quand elle rentra, ce soir-l�, elle le trouva sur le palier :
� T'as oubli� tes clefs ?
� ...
� �a fait longtemps que tu es l� ?
Il fit un geste agac� devant sa bouche pour lui rappeler qu'il ne pouvait pas parler. Elle haussa les �paules. Elle n'avait plus l'�ge de jouer � ce genre de conneries.
Il alla se coucher sans prendre une douche, sans fumer, sans chercher � l'emmerder. Il �tait explos�.
Il sortit de sa chambre vers dix heures et demie le lendemain matin, il n'avait pas entendu son r�veil et n'eut m�me pas l'�nergie de r�ler. Elle �tait dans la cuisine, il s'assit en face d'elle, se servit un litre de caf� et mit un moment avant de se d�cider � le boire.
� �a va ?
� Fatigu�.
� Tu ne prends jamais de vacances ?
� Si. Les premiers jours de janvier... Pour mon d�m�nagement...
Elle regarda par la fen�tre.
� Tu seras l� vers quinze heures ?
� Pour t'ouvrir ?
� Oui.
� Oui.
� Tu sors jamais ?
� Si, �a m'arrive, mais l� je ne vais pas sortir puisque tu ne peux pas rentrer...
Il hocha la t�te comme un zombi :
� Bon, il faut que j'y aille, l�, sinon je vais me faire d�calquer...
Il se leva pour rincer son bol.
� C'est quoi l'adresse de ta m�re ?
Il s'immobilisa devant l'�vier.
� Pourquoi tu me demandes �a ?
� Pour la remercier...
� La... rrrre..., il avait un chat dans la gorge, la remercier de quoi ?
� Ben... pour l'�charpe.