Galantine de volaille pour dames frivoles
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1987
- Язык: французский
- ISBN: 2-265-03740-0
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
Tout de suite, devant l'immeuble de la rue Magellan, il a repéré cette vieille dame paralysée, embusquée devant sa fenêtre, au rez-de-chaussée d'en face. Mme Bromwski, pour ne rien te cacher. Veuve depuis des éternités ; soignée par sa fille qui travaille au ministère des Projets.
Le matin, avant d'aller au turf, cette dernière installe sa chère moman dans l'embrasure de la croisée. Deux fois par jour, la concierge de l'immeuble qui a la clé s'apporte pour lui faire faire ses menus besoins, Mme Bromwski, et lui donner à boire.
Ben Wilby, directo il a filé chez la vieille paralytique. La fille était rentrée et confectionnait des aubergines frites (arrosées d'une épaisse sauce tomate fortement aillée, je te vous dis que ça !) Avec ses manières délicieuses, le rat d'Amérique les a conquises, ces dames. Au bout de dix minutes, il savait le taxi venu les chercher. Un grand, biscotte le fourbi qu'ils trimbalaient, les gredins. Une Renault Espace, d'après la description.
Pour Wilby, ensuite ç'a été du gâteau ! Deux heures plus tard, il avait retrouvé le chauffeur et savait qu'il avait posé le couple rue de la Muette. Juste il hésitait sur le numéro. Ce qu'il se rappelait bien, par contre, c'est qu'il y avait un écusson de pierre au-dessus du porche, car il s'agissait d'un bel immeuble début de siècle.
Alors il est là, à côté de sa tire mal garée, son drôle de bitos bien d'aplomb sur sa tronche de rongeur, à considérer le lieu où se trouve le marchand de secrets.
Il entre dans la maison. La loge de la concierge se tient à droite. Deux marches de marbre, s'il vous plaît, et une porte vitrée que tu en ferais tes beaux dimanches à la campagne pour ta résidence secondaire !
Ben Wilby toque à la vitre du bas. Il aperçoit la gardienne de l'immeuble (concierge, c'est dans les endroits modestes) en train de petit déjeuner. Elle se néglige pas : chocolat crémeux, toasts beurrés et surconfiturés ! Les calories, bonjour ! Pas étonnant qu'elle rondouille, la chérie !
Ça la fait rudement chier, cette importunance en pleine savouration ! Les gens, suffit que tu soives gardienne d'immeuble, se croivent tout permis ! Elle ronchonne « Entrez » ! Et le mec entre sans seulement ôter son chapeau. Il s'avance vers la table, doucereux. Elle a beau lui lancer des « Qu'est-ce que c'est ? » pour tenter de freiner sa progression, le tenir à distance de ses tartines, il continue d'approcher, le rustre. Il a un sourire d'ecclésiastique luthérien, plein d'altruisme échevelé.
Il se pointe avec des tinées d'excuses, comme quoi sa confusion, que s'il s'agissait pas d'une chose importante, croiliez bien, chère jolie, madame… Il a un accent. Anglais ? Elle cherche, la gardienne.
Elle regarde, médusée, le talbin de cinquante raides qui vient tenir compagnie au beurrier sur la nappe. Dis, il espère quoi, ce mec ? La baiser, pour ce prix-là ? Se faire tailler un petit calumet matinal ? Y a des foutraques partout, je vous jure !
Mais non, il expose bien gentiment son problo, le généreux donne à tort. Voilà ! Il exhibe la photo du nouveau locataire du studio. Qu'en voilà un, décidément, c'est pas un cadeau ! Déjà la police hier soir, avec un inspecteur galantin qui l'a chambrée pendant une plombe, Mme Vitruve (je lui donne ce blaze pour faire plaisir à des potes à moi qui me comprendront), au point qu'un moment donné, il lui a risqué une main tombée sur les miches, textuel ! Elle a vu l'instant qu'il allait la fourrer toute crue dans la chambre d'à côté. En tout cas, il lui a filé le ranque pour samedi afternoon, au Quartier latin. Qu'elle se demande si elle ira. Le samedi n'est pas commode car son mari ne travaille pas et sa petite fille ne va pas en classe. Enfin, elle s'arrangera peut-être de les envoyer voir Cendrillon au ciné, le père et l'enfant, car il paraît salingue, le perdreau, et un bon coup de bite, quand tu vas sur la quarantaine, faut pas le laisser perdre.
Elle mate le portrait du « nouveau ». Bien chapitrée par Monestier et redoutant la police, elle secoue la tête.
— Connais pas, jamais vu !
« Mon zob ! » pense Ben Wilby en américain. C'est pas à un macaque de son espèce qu'on apprend à faire des grimaces. Les gens qui mentent, il les détecte à l'odeur. Ça se voit plus gros que son putain d'immeuble qu'elle le berlure, cette morue. Donc, « le marchand de secrets » habite bien ici. Il n'insiste pas.
— Alors, je me suis trompé, pardonnez-moi, dit-il.
Elle en est confusément chagrinée, Mme Vitruve. Le bifton jaune-verdâtre sur la table lui flanque des remords. Elle voudrait en donner au type pour son blé. Au moins jacter un peu avec lui que ça fasse moins triste.
Honnête, elle lui lance quand il est déjà à la porte :
— Vous oubliez ça.
Ça, c'est le bifton. Il a un geste désinvolte et s'en va.
Quand il a tout écrit, Jérémie me tend le bloc pour me donner à vérifier que c'est conforme aux déclarations d'Aubergenville. Je relis le document olographe, arrache les deux feuillets, les plie soigneusement et les insère dans mon portefeuille.
Et d'un ! Voilà qui est capital. Nous n'avons pas perdu notre temps. En somme, je pourrais considérer ma mission comme étant terminée : n'ai-je pas retrouvé et neutralisé les assassins de Son Excellence Tabîtâ. Hungoû ? N'ai-je pas récupéré ce qui a motivé les tortures infligées à ce pauvre homme ? Tout autre que le chevronné Sana rentrerait dans ses foyers pour y boire le champagne de la victoire.
Mais lui non. Sa devise au commissaire : toujours plus ! Il ne suffit pas d'avoir l'essentiel, faut-il encore conquérir le superflu. Et c'est quoi, le superflu, Bazu ? Je vais te le dire, Casimir. Le superflu, ici, c'est l'essentiel. C'est-à-dire les « véritables assassins » : ceux qui ont commandité le meurtre, engagé le tueur et sa femelle. Aubergenville a été l'exécuteur. Moi, je veux le maître d'œuvre. C'est pas tellement le maçon qui m'intéresse que l'architecte.
— Rebâillonne ce fumier ! enjoins-je à M. Blanc.
L'autre est affolé.
— Mais qu'est-ce que vous voulez de plus ?
— Celui ou ceux qui t'ont payé pour liquider l'ambassadeur, dis-je. Tu es en mesure de nous en révéler le nom ?
Penaud, il secoue négativement la tête.
— Alors on va attendre, soupiré-je.
— Mais attendre quoi ! hurle le sanguinaire.
Il n'en dit pas davantage car Jérémie le muselle d'importance.
A peine a-t-il achevé que la sonnerie du bigophone retentit.
Je décroche et grommelle un « J'écoute » évasif.
C'est la concierge. Nous sommes convenus avec elle qu'elle nous appellerait s'il se produisait quelque chose, n'importe quoi. Jubilatrice, elle me raconte qu'un petit type coiffé d'un drôle de chapeau, avec un accent qu'elle croit anglais, est venu demander après Aubergenville. Il ignorait son blaze mais il avait sa photo. Elle a prétendu ne pas le connaître et il est reparti sans insister.
Je lui réponds qu'elle a bien fait et raccroche. Je prends M. Blanc à l'écart afin de le mettre au courant. Il ricane :
— T'es chié comme commissaire, toi, mon vieux ! Ça, pour être chié, tu es chié !
— Explique !
— Tu ne pouvais pas faire planquer un inspecteur chez la pipelette ? Il aurait filé l'homme dont elle parle !
Dix sur dix pour le négro. Il a du chou, l'artiste ! Y en a un paxif sous sa toison d'or !