Blood Wedding [Robe de marié]
- Автор: Леметр Пьер
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253120605
- Переводчик: Frank Wynne
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
Ce matin, ils sont repartis pour la campagne. Il y a longtemps qu’ils n’étaient pas retournés dans l’Oise. J’ai quitté Paris une demi-heure après eux. Je les ai doublés sur l’autoroute du Nord et je les ai attendus tranquillement à la sortie de Senlis. Les suivre n’a pas été trop difficile, cette fois. Ils sont d’abord passés dans une agence immobilière, mais ils en sont ressortis sans le vendeur. Je me souvenais d’une maison qu’ils avaient visitée, dans un bled du côté de Crépy-en-Valois, ça semblait être leur direction. Ils n’y étaient pas. J’ai cru avoir perdu leur trace mais j’ai retrouvé leur voiture quelques kilomètres plus loin, garée devant une grille.
C’est une grande maison assez étonnante. Rien à voir avec ce qu’on trouve ordinairement par ici : une bâtisse en pierre avec des balcons en bois, qui doit être d’une architecture bien compliquée, avec des tas de coins et de recoins. Il y a une ancienne grange qui va sans doute leur servir de garage et un appentis où le mari modèle va sans doute bricoler… La maison est située dans un parc ceint de murs, sauf au nord où les pierres se sont écroulées. C’est par là que je suis entré, après avoir déposé ma moto à l’orée du petit bois qui s’étend derrière la propriété. J’ai usé de ruses d’Indien pour les rejoindre. Je les ai observés à la jumelle. Vingt minutes plus tard, je les ai vus marcher dans le parc en se tenant par la taille. Ils se disaient des petits mots très bas. C’était idiot. Comme si quelqu’un pouvait les entendre, dans ce parc déserté, devant cette grande maison vide, aux confins de ce village qui semble assoupi depuis la nuit des temps… Enfin, ça doit être l’amour. Malgré la mine un peu déconfite de Vincent, ils avaient l’air assez bien tous les deux, plutôt heureux. Sophie surtout. Parfois, elle serrait le bras de Vincent très fort contre elle, comme pour l’assurer de sa présence, de son soutien. Tous les deux, dans ce grand parc hivernal, marchant en se tenant la taille, ça faisait un peu triste, tout de même.
Quand ils sont rentrés dans la maison, je ne savais pas vraiment quoi faire. Je n’ai pas encore pris mes quartiers ici et je commençais à craindre le passage de quelqu’un. On n’est jamais vraiment tranquille dans ce genre d’endroit. Ça semble mort comme tout, mais dès que vous voulez être seul, vous vous trouvez en face d’un con de paysan qui passe en tracteur, d’un chasseur qui vous dévisage, d’un môme qui vient en vélo pour se construire une cabane dans le bois… Au bout d’un moment, comme je ne les voyais pas sortir, j’ai quand même laissé la moto derrière le petit mur et je me suis avancé. Une intuition m’a alors saisi. J’ai couru jusqu’à l’arrière de la maison. J’étais tout essoufflé en arrivant, aussi j’ai laissé passer une minute ou deux, le temps que les battements de mon cœur se calment et me laissent entendre les bruits alentour. Pas un bruit. J’ai longé la maison, en regardant bien où je mettais les pieds, et je me suis arrêté à une fenêtre dont les persiennes en bois sont cassées, des lames manquent en bas. En posant le pied sur un bandeau de pierre, je me suis hissé à hauteur de la fenêtre. Cette pièce est la cuisine. C’est très vieux style et il y a pas mal de travaux à faire. Mais ça n’est pas du tout à ça qu’ils pensaient, mes tourtereaux ! Sophie était debout contre la pierre d’évier, la jupe remontée aux hanches, et Vincent, pantalon aux chevilles, la baisait avec application. On voit que le deuil de sa mère ne lui a pas fait perdre tous ses moyens, à ce garçon. De mon poste d’observation, je ne voyais de lui que son dos et ses fesses qui se serraient quand il entrait en elle. C’était vraiment ridicule. Non, ce qui était beau, en revanche, c’était le visage de Sophie. Elle avait enserré le cou de son mari, comme si elle portait une corbeille, elle se tenait sur la pointe des pieds, elle fermait les yeux et son plaisir était si intense qu’elle en était transfigurée. Un beau visage de femme, très pâle et tendu, tout à l’intérieur, comme une dormeuse… Il y avait quelque chose de désespéré dans sa manière de s’abandonner. J’ai pu faire quelques clichés assez réussis. Les va-et-vient pittoresques de l’imbécile se sont accélérés, ses fesses blanches se serraient de plus en plus vite et de plus en plus fort. C’est au visage de Sophie que j’ai compris qu’elle allait jouir. Elle a ouvert la bouche en grand, écarquillé les yeux et un grand cri est soudain monté. C’était magnifique, exactement ce que je veux retrouver chez elle le jour où je la tuerai. Sa tête a basculé en arrière dans un spasme et brutalement elle s’est échouée sur l’épaule de Vincent. Elle mordait sa veste en tremblant.
Jouis bien, mon petit ange, profite, va, profite…
C’est à ce moment-là que je me suis aperçu que je ne vois plus sa pilule dans la salle de bains. À tous les coups, ils ont décidé d’avoir un bébé. Ça ne m’affole pas. Au contraire, ça me donne des idées…
Je les ai laissé rentrer tranquillement à Paris et j’ai attendu midi que l’agence ferme ses portes. Dans la vitrine, la photo de la maison portait la mention « Vendu ». Bon. Ça nous fera des week-ends à la campagne. Pourquoi pas.
C’est curieux, les idées. Elles doivent venir d’une certaine disponibilité d’esprit. Ainsi, avant-hier, je flâne dans l’appartement sans but précis et allez savoir pourquoi, je m’intéresse à la pile des livres que Sophie entrepose par terre près du bureau. Parmi eux, presque tout en dessous, deux ouvrages proviennent du Centre de documentation de la presse : une monographie sur Albert Londres et un Lexique franco-anglais des termes de presse et de communication. Empruntés tous les deux le même jour. Je les ai rapportés là-bas. Pour les lecteurs pressés, il y a un comptoir où on peut déposer ses livres. Ça évite les attentes inutiles. J’ai trouvé ça pratique.
Il faut aussi noter ça dans son carnet : Sophie n’a pas vu les deux relances de la facture de téléphone. Moralité, c’est coupé. Vincent n’est pas content. Sophie pleure. Ça va mal en ce moment, ils se disputent beaucoup. Pourtant, Sophie essaie de faire attention à elle, à lui, à tout, elle essaie peut-être même de ne pas rêver. En tout cas, elle téléphone pour savoir si le thérapeute peut la recevoir plus tôt que prévu… Ses sommeils sont ingérables, ça dort, ça ne dort plus, ça dort de nouveau, ça plonge dans un sommeil presque comateux, après quoi, ça reste des nuits entières sans pouvoir fermer l’œil. Elle fume de longues, longues heures à la fenêtre… J’ai peur qu’elle attrape froid.
La salope ! Je ne sais pas ce qu’elle fabrique, je ne sais même pas si elle l’a fait exprès, mais ça me met en rage contre elle, contre moi ! Je me demande évidemment si Sophie s’est rendu compte de quelque chose, si elle a tenté de me piéger… En prévision de son rendez-vous, je suis monté subtiliser, dans le tiroir de son bureau, le carnet où elle note tout ce qu’elle fait ou doit faire à la maison, un carnet de moleskine noir. Je le connais bien, je le consulte souvent. Et je n’ai pas vérifié tout de suite. Le carnet est vierge ! C’est le même carnet, exactement, mais toutes les pages sont blanches ! Cela veut dire qu’elle a deux carnets et je me demande si celui-ci est un leurre qui m’était destiné. Elle a dû se rendre compte ce soir que ce carnet avait disparu…
À la réflexion, je ne pense pas qu’elle soit parvenue à déceler ma présence. Peut-être que je veux simplement me rassurer, mais si c’était le cas, je le verrais à d’autres signes, or tout le reste marche bien, marche normalement.
Je ne sais pas quoi penser. En fait, cette histoire de carnet m’inquiète vraiment.