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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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11 décembre

J’ai appris, il y a quelques jours, qu’elle se rendrait ce matin chez un client à Neuilly-sur-Seine pour une opération de communication dont elle est responsable. Voilà ma Sophie qui cherche une place, qui tourne, qui vire et qui finit par trouver à se garer. Une heure plus tard, plus de voiture. Elle ne s’est pas précipitée au commissariat, elle a tourné et viré, à pied cette fois, et elle a trouvé sa voiture bien sagement garée quelques rues plus loin. Ce n’est pas comme dans son quartier, elle n’a pas les repères habituels. Voilà de quoi commencer en beauté son petit carnet !

12 décembre

Je répugne à écrire ici, dans ce journal, les tourments que je dois endurer avec cette truie d’Andrée. Elle commence tout juste à m’être utile à quelque chose, mais sa fréquentation est parfois à la limite du supportable.

Voici néanmoins ce que j’ai appris.

En tant qu’attachée de presse, Sophie est aussi responsable de certaines opérations de communication, dans le cas de ventes prestigieuses par exemple. Pour le reste, elle travaille à l’image de l’entreprise, elle veille à ce que la communication « passe bien ».

Sophie travaille ici depuis deux ans. Ils sont deux à faire ce travail. Il y a un homme avec elle, un nommé Penchenat, qui « fait office » de responsable, dixit Andrée. C’est un alcoolique. Andrée fait des moues assez comiques en le décrivant. Elle évoque son odeur avinée. De la part de quelqu’un qui choisit des parfums irrespirables, c’est plutôt cocasse, mais bon…

Sophie a un diplôme d’économie. Elle est entrée là grâce à une relation qui, depuis, a quitté l’entreprise.

Vincent et elle se sont mariés en 1999, à la mairie du XIVe arrondissement. Le 13 mai exactement. Andrée s’est rendue à l’apéritif. J’ai eu droit à une description détaillée du buffet dont je me serais bien passé, d’autant que je n’ai rien appris sur les autres invités. Tout ce que j’ai retenu, c’est qu’« il y a de l’argent dans la famille de son mari ». Avec ça…! Et que Sophie déteste sa belle-mère, qu’elle trouve « venimeuse ».

Sophie est bien vue chez Percy’s. Elle a la confiance de ses supérieurs. Quoique depuis quelque temps, des rumeurs mettent en doute son sérieux : elle oublie des rendez-vous, elle a perdu un carnet de chèques de la société, elle a accidenté dans Paris deux voitures de l’entreprise au cours des dernières semaines, elle a égaré son carnet de rendez-vous et elle a écrasé par erreur un fichier clients qui était paraît-il de la plus haute importance. Je peux comprendre.

Andrée me l’a décrite comme une fille sympathique, très ouverte, plutôt rieuse et d’un caractère bien trempé. C’est, semble-t-il, une remarquable technicienne. En ce moment, elle ne va pas trop bien (tu parles…). Elle dort mal, elle se dit sujette à des accès de tristesse. Elle dit qu’elle consulte. En clair, elle a l’air assez perdue. Et très seule.

Andrée et elle ne sont pas à proprement parler des intimes, mais il y a peu de femmes dans la boîte et elles déjeunent ensemble de temps à autre. Ce poste d’observation va, je crois, se révéler très instructif.

13 décembre

Pour préparer Noël, tout le monde cavale dans tous les sens et Sophie ne fait pas exception. Ce soir, achats à la Fnac. Un monde ! On se bouscule aux caisses, on pose son sac plastique pour payer, on se chamaille avec le client d’après, on se prend les pieds ici et là… Du coup, quand on rentre chez soi, au lieu de trouver Real Gone de Tom Waits dans son sac, on trouve bien Tom Waits mais Blood Money, ce qui est idiot. Avec ça, on se rend compte qu’on a acheté Les Enfants de minuit de S. Rushdie, on se demande pour qui, et comme on a perdu le ticket de caisse, allez donc vérifier… On se contente de noter ça dans son petit carnet.

Sophie et Andrée n’échangent que des généralités, elles ne sont pas des amies à proprement parler. Ma moisson de renseignements sur le couple valait-elle la dure fréquentation de cette grosse tourte ? Car ce que j’ai appris est finalement assez maigre. Vincent semble sur un « gros coup » dans son travail, perspective qui mobilise toute l’énergie du couple. Sophie s’ennuie chez Percy’s. Son père, qui habite la Seine-et-Marne, lui manque beaucoup depuis la mort de sa mère. Elle voudrait avoir des enfants, mais pas maintenant. Vincent n’aime pas sa copine Valérie. Avec ça… Je pense qu’il va falloir mettre fin à cette relation avec la truie. Ça ne m’avance pas suffisamment. Chercher une autre source d’information.

14 décembre

Sophie note tout, ou presque tout. Elle se demande même si parfois elle n’oublie pas de noter. Du coup, elle se rend compte qu’elle note deux fois les mêmes choses. Son arrestation pour vol au supermarché, le mois dernier, l’a beaucoup ébranlée. Les vigiles l’ont installée dans une pièce aveugle et se sont relayés pour lui faire signer une reconnaissance de vol. À ce qu’elle en écrit à Valérie, ce sont de vrais cons mais ils ont l’expérience. Technique de harcèlement. Elle ne comprenait même pas clairement ce qu’ils voulaient. Ensuite la police est arrivée. Ils étaient pressés. Ils ont pris moins de gants. Elle avait le choix entre se voir embarquée au commissariat et déférée devant le juge des flagrants délits ou reconnaître le vol, signer une déposition : elle a signé. Impossible d’expliquer ça à Vincent, impossible… Le problème, c’est que la chose vient de se reproduire. Cette fois, ce sera beaucoup plus difficile à masquer. Dans son sac, on a retrouvé du parfum et une petite trousse de manucure. Reste que Sophie a de la chance. Elle a été embarquée au commissariat — branle-bas de combat dans la rue —, mais elle a été libérée deux heures plus tard. Elle a dû inventer un truc pour son mari, qui l’attendait avec impatience.

Le lendemain, elle a égaré une nouvelle fois sa voiture, et plein d’autres choses encore.

Pour elle, tout noter est peut-être une bonne solution mais « je deviens scrupuleuse, parano…, écrit-elle. Je me surveille comme une ennemie ».

15 décembre

Ma relation avec Andrée est entrée dans sa phase critique, celle où je suis censé lui proposer de coucher. Comme il n’en est pas question, je suis embarrassé. Je l’ai déjà vue cinq fois, nous sommes allés faire toutes sortes de choses très ennuyeuses, mais je m’en suis tenu à mon plan : ne pas parler de Sophie, aborder le moins possible le seul sujet qui m’intéresse, son travail. Par bonheur, Andrée est une fille bavarde et sans retenue. Elle m’a raconté quantité d’anecdotes sur Percy’s auxquelles j’ai fait semblant de m’intéresser. J’ai ri avec elle. Je n’ai pu l’empêcher de me prendre la main. Elle se frotte à moi d’une manière irritante.

Hier, nous sommes allés au cinéma et ensuite boire un verre dans un lieu à elle, près de Montparnasse. Elle a salué diverses connaissances et j’ai ressenti un peu de honte à sortir avec une fille pareille. Elle babillait beaucoup et prenait des mines réjouies en me présentant. J’ai compris qu’elle m’avait amené là volontairement, pour m’exhiber, toute fière de montrer une conquête évidemment valorisante, vu son physique. Je me suis prêté au jeu avec sobriété. C’est le mieux que je pouvais faire. Andrée était aux anges. Nous nous sommes installés seuls à une table et elle ne s’était jamais montrée aussi empressée à mon égard. Elle m’a tenu la main tout le reste de la soirée. Après un délai convenable, j’ai prétexté une certaine fatigue. Elle m’a dit qu’elle avait « adoré » cette soirée. Nous avons pris un taxi et là, j’ai tout de suite senti que les choses allaient mal tourner. Dès que nous avons été installés dans la voiture, elle s’est serrée contre moi de manière indécente. Elle avait, à l’évidence, un peu trop bu. Suffisamment pour me mettre dans une position inconfortable. Arrivé devant chez elle, j’ai dû céder à son invitation de monter « boire un dernier verre ». J’étais dans mes petits souliers. Elle me souriait comme si elle avait à faire à un timide congénital et, bien sûr, dès que nous avons passé la porte, elle m’a embrassé sur les lèvres. Dire mon dégoût ne serait rien. J’ai pensé à Sophie de toutes mes forces, ça m’a aidé un peu. Devant son insistance (j’aurais pourtant dû m’y préparer, mais je ne parvenais jamais à me projeter réellement dans cette situation), j’ai balbutié que je n’étais « pas prêt ». Ce sont les mots que j’ai employés, les premiers qui me sont venus, le seul accent de sincérité que je me sois jamais permis avec cette fille. Elle m’a regardé d’un drôle d’air et je suis parvenu à sourire d’une manière gauche. Et j’ai ajouté : « C’est difficile pour moi… Il faudrait qu’on en parle… » Elle s’est crue entrée dans un genre de confession sexuelle et je l’ai sentie rassurée. Ce genre de fille doit adorer jouer les infirmières avec les hommes. Elle m’a serré la main plus fort, l’air de dire : « Ne t’en fais pas. » J’ai profité de l’embarras de la situation pour déguerpir et je l’ai fait en accentuant volontairement le sentiment de la fuite.

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