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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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N’empêche que Vincent regarde Sophie d’une drôle de manière. Il lui a même dit que depuis quelque temps, elle a une « conduite bizarre ». Sophie ne pensait pas qu’il avait observé quoi que ce soit. Elle a pleuré. Ils ont parlé. Vincent a dit qu’il faudrait consulter. Que c’était même le bon moment.

15 février

Avant-hier, Sophie a tout retourné. Sa carte ne peut pas mentir, elle a emprunté deux ouvrages, elle s’en souvient même très bien parce qu’elle les a feuilletés. Pas lus, tout juste feuilletés. Elle les avait empruntés par curiosité, à cause d’un article qu’elle avait lu quelques semaines plus tôt. Elle les revoit même très bien. Impossible de remettre la main dessus. Albert Londres et un lexique professionnel. Maintenant, tout l’affole, Sophie. Pour un rien, elle devient fébrile. Elle a téléphoné au centre de documentation pour demander qu’on prolonge son prêt. Il paraît qu’elle les a rapportés. La bibliothécaire lui a même dit la date : le 8 janvier dernier. Elle a regardé dans son agenda, c’est la date à laquelle elle s’est rendue chez un client en banlieue. Elle aurait pu passer par là… Pourtant, elle ne se souvient absolument pas d’avoir rapporté ces deux livres ce jour-là. Elle a interrogé Vincent mais elle n’a pas insisté : en ce moment il n’est pas à prendre avec des pincettes, écrit-elle à Valérie. Les livres sont toujours disponibles au centre de documentation, ils n’ont pas été réempruntés. Ça a été plus fort qu’elle, elle y est allée, elle a demandé à quelle date elle les avait restitués. C’est confirmé.

Je l’ai vue sortir. Elle est vraiment très préoccupée.

18 février

Il y a huit jours, Sophie a organisé une conférence de presse pour une importante vente de livres anciens. Pendant le cocktail qui a suivi, elle a fait des photos numériques des journalistes, des membres de la direction, du buffet, pour le journal d’entreprise mais aussi pour éviter à la presse de faire déplacer des photographes. Pendant une journée entière et une partie du week-end, elle a travaillé sur son ordinateur, à la maison, pour retailler, corriger les photos qu’elle doit soumettre à la direction et adresser à tous les journalistes présents et excusés. Elle a rassemblé tout ça dans un dossier « Presse_11_02 » qu’elle a mis en pièce jointe à un e-mail. L’enjeu doit être d’importance, elle a hésité, vérifié, retouché encore les images, revérifié. Je la sentais mal à l’aise. L’enjeu professionnel, sans doute. Et puis elle s’est enfin décidée. Avant d’envoyer son e-mail, elle a effectué une sauvegarde. Je n’abuse jamais du contrôle que j’ai sur sa machine par internet. J’ai toujours la crainte qu’elle s’en aperçoive. Mais cette fois, je n’ai pas pu résister. Pendant la sauvegarde, j’ai ajouté deux clichés dans le dossier. Même format, même retouche, garanti fait main. Mais pas de buffet, pas de journalistes ni de clients prestigieux. Seulement l’attachée de presse en train de faire une bonne pipe à son mari sous le soleil de la Grèce. On reconnaît beaucoup moins le mari que l’attachée de presse, c’est vrai.

19 février

Ça se passe évidemment très mal au bureau de Sophie. Cette histoire de dossier de presse a déclenché une véritable traînée de poudre. La surprise l’a effondrée. Dès lundi matin, elle a été appelée chez elle par un membre du directoire. Plusieurs journalistes l’ont aussi appelée dès le début de la matinée. Sophie est abasourdie. Elle n’a parlé de cela à personne, évidemment, et surtout pas à Vincent. Elle doit ressentir une honte terrible. Je l’ai moi-même appris par un e-mail qu’un « ami » journaliste lui a envoyé : terrassée par la nouvelle, elle avait dû lui demander de lui envoyer les photos, elle n’y croyait pas ! Il faut dire que j’ai bien choisi : la bouche pleine, elle lève les yeux vers le visage de Vincent avec un regard volontairement libidineux. Ces petites bourgeoises, quand ça veut jouer à la pute en privé, c’est plus vrai que nature. La seconde photo est un peu plus compromettante, si l’on peut dire. C’est à la fin, ça montre qu’elle sait y faire et que de son côté, le jeune homme fonctionne très bien…

Bref, c’est une catastrophe. Elle n’est pas allée travailler et elle est restée prostrée toute la journée, au grand affolement de Vincent, à qui elle a refusé de dire quoi que ce soit. Même à Valérie, elle s’est contentée de dire qu’il venait de lui arriver « quelque chose de terrible ». La honte, c’est affreux, ça paralyse.

20 février

Sophie a pleuré tout le temps. Elle a passé une partie de sa journée derrière la fenêtre à fumer d’innombrables cigarettes, j’ai fait beaucoup de photos d’elle. Elle n’a pas remis les pieds au bureau et je suppose que là-bas, ça doit ronfler comme une ruche. Je parie que les fuites vont bon train et qu’on s’échange des photocopies des clichés de Sophie devant la machine à café. C’est aussi ce que doit imaginer Sophie. Je ne pense pas qu’elle pourra y retourner. C’est sans doute pour cela qu’elle a semblé aussi indifférente à la nouvelle de sa mise à pied. Une semaine. Il semblerait que l’on soit parvenu à limiter les dégâts, mais bon, le mal est fait à mon avis… Et dans une carrière, ce sont des trucs qui vous poursuivent. Sophie, en tout cas, a l’air d’un ectoplasme.

23 février

La soirée avait déjà commencé comme un traquenard : je devais passer la chercher pour aller dîner. J’avais réservé deux couverts chez Julien mais mon increvable amoureuse avait d’autres plans. Lorsque je suis entré chez elle, j’ai trouvé la table dressée pour deux. L’imbécile qui, comme son parfum l’indique, ne recule jamais devant le mauvais goût, avait même posé un chandelier sur la table, un truc ignoble qui se prend pour de l’art moderne. Je me suis récrié mais maintenant que j’étais entré, que je sentais l’odeur d’un plat au four, il était difficile, impossible même, de refuser l’invitation. J’ai protesté pour la forme, me promettant de ne plus jamais revoir cette fille. Ma décision était prise. Cette pensée m’a réconforté et comme la table ronde empêchait Andrée de me toucher comme elle le fait dès que l’occasion se présente, je me suis senti un peu à l’abri.

Elle habite un appartement très exigu au quatrième étage d’un immeuble ancien sans aucun charme. Le salon-salle à manger n’a qu’une fenêtre, tout en hauteur il est vrai, mais sans beaucoup de lumière car elle donne sur la cour. C’est le genre de lieu où l’on doit maintenir les lampes allumées en permanence si on ne veut pas devenir dépressif.

Comme la soirée, la conversation était languissante. Pour Andrée, je suis Lionel Chalvin, je travaille dans une entreprise de promotion immobilière. Je n’ai plus de parents, ce qui me dispense, grâce à un regard douloureux dès que le sujet est abordé, de tout souvenir d’enfance. Je vis seul, et comme le croit cette grosse andouille, je suis impuissant. Du moins, je souffre d’impuissance. J’ai réussi à éviter le sujet, ou à n’en aborder que les effets tangibles. Je navigue à vue.

La conversation a roulé sur les vacances. Andrée est partie, le mois dernier, quelques jours chez ses parents à Pau et j’ai eu droit aux anecdotes sur le caractère de son père, les frayeurs de sa mère, les conneries de son chien. J’ai souri. Vraiment, je ne pouvais pas faire plus.

C’était ce qu’on doit appeler « un dîner fin ». Enfin, c’est ce qu’elle doit appeler ainsi. Il n’y a que le vin qui pouvait mériter une telle appellation, mais son commerçant l’aura choisi pour elle. Elle n’y connaît rien. Elle avait préparé un « cocktail maison » qui ressemblait terriblement à son parfum.

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