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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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20 janvier

Il y a un dieu pour les causes justes ! Je crois que je suis tiré d’affaires. Si je veux être honnête, je dois reconnaître que j’ai eu vraiment peur : je n’osais pas remonter chez Sophie, j’avais le sentiment diffus que c’était dangereux, que quelque chose me guettait, que j’allais enfin me faire prendre, et j’avais bien raison.

Arrivé chez elle, j’ai remis le carnet noir vierge dans le tiroir de son bureau et il m’a fallu fouiller tout l’appartement à la recherche de l’autre. J’avais la certitude qu’elle ne l’emportait pas avec elle : son éternelle peur de perdre les choses m’a sauvé. Il me fallait du temps et quand je monte chez elle, je n’aime pas rester, je sais que ce n’est pas sain, que je dois réduire les risques au minimum. Plus d’une heure pour mettre la main dessus ! Je transpirais dans mes gants en caoutchouc, je ne cessais de m’arrêter pour guetter tous les bruits de l’immeuble, la nervosité me gagnait, je ne savais pas comment lutter, une sorte de panique me gagnait. Et soudain je l’ai trouvé : derrière la chasse d’eau des toilettes. Ça n’est pas bon du tout, c’est le signe qu’elle se méfie. Pas forcément de moi, d’ailleurs… Il m’est venu à l’esprit qu’elle se méfiait peut-être de Vincent lui-même, ce qui serait bon signe. Je venais juste de le dénicher quand j’ai entendu la clé tourner dans la serrure. J’étais dans les toilettes, la porte était entrouverte et j’ai eu le réflexe de ne pas tendre la main pour la refermer sur moi : cette porte est au bout du couloir, exactement en face de la porte d’entrée ! Si ça avait été Sophie, c’était la fin, les filles se précipitent toujours aux toilettes quand elles rentrent chez elles. C’était Vincent, j’ai reconnu un pas d’homme. Mon cœur cognait si fort que je n’entendais plus rien, je ne parvenais pas même à réfléchir. La panique m’a envahi. Vincent est passé devant la porte des toilettes qu’il a repoussée sur moi, le claquement m’a tétanisé. J’ai failli m’évanouir, je me suis retenu à la cloison. J’avais envie de vomir. Vincent est passé dans son bureau, il a immédiatement branché la chaîne stéréo et étrangement, c’est ma panique qui m’a sauvé. J’ai aussitôt ouvert la porte et je me suis mis à courir sur la pointe des pieds, j’ai traversé le couloir dans une sorte d’état second, j’ai ouvert la porte du palier et, sans même la refermer, je me suis précipité dans l’escalier que j’ai dévalé à toute allure. À cet instant, j’ai cru que tout était compromis, que j’allais devoir abandonner. J’ai ressenti un désespoir terrible.

L’image de maman s’est imposée à moi et je me suis mis à pleurer. Comme si elle venait de mourir une seconde fois. Instinctivement, je serrais dans ma poche le carnet de notes de Sophie. Je marchais et mes larmes coulaient.

21 janvier

Quand j’ai écouté l’enregistrement, j’ai revécu toute la scène. Rétrospectivement, quelle horreur ! J’ai entendu la chaîne stéréo se mettre en route (un truc de Bach à mon avis), je crois avoir perçu le tapotement de mes semelles le long du couloir, mais ça reste flou. Plus distinctement ensuite, la marche de Vincent, décidée, vers la porte d’entrée, un assez long silence et la porte se refermer. Je pense qu’il s’est demandé si quelqu’un était entré, peut-être a-t-il fait quelques pas dans l’escalier, monté ou descendu quelques marches, regardé par-dessus la balustrade ou quelque chose comme ça. La porte s’est refermée de manière appliquée. Selon lui, sans doute, il a mal fermé la porte derrière lui lorsqu’il est rentré et voilà tout. Le soir, il n’a même pas évoqué cet incident avec Sophie, ce qui aurait été une catastrophe. Quelle peur !

23 janvier

E-mail affolé à Valérie. Le matin de son rendez-vous avec le thérapeute, impossible de remettre la main sur son carnet… Elle l’a caché dans les toilettes, elle en est certaine, et ce matin, plus de carnet. Elle en pleurerait. Elle se sent énervée, excitable et fatiguée. Déprimée.

24 janvier

Rendez-vous avec le thérapeute. Quand elle a parlé du carnet qu’elle a perdu, il s’est montré rassurant. Ce sont, dit-il, des choses qui arrivent, justement quand on y prête trop attention. Dans l’ensemble, il lui a semblé très pondéré, pas affolé du tout. Elle a éclaté en sanglots quand elle a parlé du rêve sur sa belle-mère. Elle n’a pas pu s’empêcher de lui raconter l’accident qui s’est déroulé dans les mêmes circonstances exactement que son rêve. Et le fait qu’elle ne se souvient absolument pas de ce qu’elle a fait de sa journée. Il a écouté avec calme, lui non plus ne croit pas du tout aux rêves prémonitoires. Il lui a expliqué une théorie qu’elle n’a pas très bien comprise, qu’elle n’a pas très bien entendue parce qu’elle avait l’esprit trop lent. Lui, il appelle ça des « petits malheurs ». N’empêche, à la fin de l’entretien, il lui a demandé si elle n’envisagerait pas d’aller « se reposer » un peu. C’est ce qui lui a fait le plus peur. Je crois qu’elle a interprété ça comme une proposition d’internement. Je sais que ça la terrifie.

Valérie répond très vite à ses e-mails. Elle veut lui montrer qu’elle est proche. Valérie sent bien — et moi je sais — qu’elle ne lui dit pas tout. C’est peut-être une attitude magique. Ce dont elle ne parle pas n’existe pas, ou ne risque pas d’être contaminé…

30 janvier

Je commençais à désespérer de cette histoire de montre. Voilà près de cinq mois qu’elle a perdu la jolie montre qui lui vient de son père. Dieu sait pourtant qu’à l’époque, elle a retourné tout ce qui pouvait se retourner dans la maison dans l’espoir de la retrouver. Rien n’y a fait. La montre a dû passer par pertes et profits. Un vrai deuil.

Et puis voilà ! D’un coup, Sophie tombe dessus. Et devinez où ? Dans le coffret à bijoux de sa mère ! Au fond. Certes, elle ne l’ouvre pas tous les jours, les choses qui s’y trouvent, elle ne les porte pas. Mais tout de même, depuis la fin août, elle a bien dû l’ouvrir cinq ou six fois. Mentalement, elle a même essayé de se souvenir précisément combien de fois, avec certitude, elle l’a ouvert depuis les vacances, elle en a dressé la liste pour Valérie, comme si elle voulait lui prouver quelque chose, ce qui est idiot. Et pourtant, elle ne l’a jamais vue là, cette montre. Elle n’était pas sur le dessus, bien sûr, mais ce n’est pas un coffret bien profond et d’ailleurs, il n’y a pas tant de choses que cela… Et puis, de toute façon, pourquoi serait-elle allée la mettre à cet endroit ? C’est insensé.

Sophie ne semble même pas contente de l’avoir retrouvée, sa montre, c’est un comble.

8 février

Perdre de l’argent, ça arrive, mais en avoir trop, c’est assez rare. Et surtout, c’est inexplicable.

Mes petits amis Sophie et Vincent ont des projets. Sophie s’exprime très discrètement à ce sujet dans ses e-mails à Valérie. Elle dit que « ça n’est pas encore sûr » et qu’elle lui en parlera bientôt, qu’elle « sera même la première ». Toujours est-il que Sophie a décidé de se séparer d’une petite toile qu’elle a achetée il y a cinq ou six ans. Elle a fait passer l’information dans les milieux qu’elle fréquente et elle l’a vendue avant-hier. Elle en demandait trois mille euros. Il paraît que c’était très raisonnable. Un monsieur est venu voir l’œuvre. Puis une dame. Finalement, Sophie a transigé à deux mille sept cents, à condition que ce soit en espèces. Elle a semblé contente. Elle a déposé l’argent dans une enveloppe dans le petit secrétaire, mais elle n’aime pas conserver trop d’argent liquide à la maison. Alors c’est Vincent, ce matin, qui s’est rendu à la banque pour en faire le dépôt. Et c’est là que c’est inexplicable. Vincent semble très ébranlé par cette affaire. Depuis, entre eux, ce sont des discussions à n’en plus finir, paraît-il. Dans l’enveloppe, il y avait trois mille euros. Sophie est formelle : deux mille sept cents. Vincent aussi : trois mille. J’ai affaire à un couple formel. C’est drôle.

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