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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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28 février

Pour ce qui est de Sophie, rien de tragique. Elle quitte Paris, il faudra faire avec, voilà tout. Ce qui me pèse, c’est de voir toute mon organisation technique devenir inutile. Bon, c’est ainsi. Je n’aurai pas, ça va de soi, la chance de trouver un lieu d’observation aussi propice que celui-ci, mais je trouverai bien quelque chose.

Le bébé devrait arriver cet été. Je commence à l’intégrer à ma stratégie des prochains mois.

5 mars

Branle-bas de combat : ce matin, le camion des déménageurs s’est pointé en bas de la rue. Il n’était pas 7 heures, mais depuis 5 heures du matin les lumières de l’appartement étaient allumées et je distinguais les silhouettes affairées de Sophie et de son mari. Vers 8 h 30, Vincent est allé au travail, abandonnant l’intendance à sa petite femme. Ce type est vraiment détestable.

Je ne vois pas l’intérêt de rester plus longtemps dans cette chambre : elle me rappellera en permanence les merveilleux moments où je vivais près de Sophie, où à n’importe quel instant, je pouvais regarder ses fenêtres, la voir, la photographier… J’ai plus d’une centaine de clichés d’elle. Sophie dans la rue, dans le métro, au volant de sa voiture, Sophie passant nue devant sa fenêtre, Sophie à genoux devant son mari, Sophie se limant les ongles des pieds à la fenêtre du salon…

Un jour, Sophie va me manquer définitivement, c’est certain. Mais nous n’en sommes pas là.

7 mars

Petit embarras technique : je n’ai récupéré que deux des trois micros. Le troisième a dû disparaître dans le déménagement, c’est tellement petit ces machins-là.

18 mars

Il fait un froid terrible dans cette campagne. Et Dieu que c’est triste ! Qu’est-ce que Sophie est venue faire ici… Elle suit son grand homme de mari. Gentille petite femme. Je ne lui donne pas trois mois avant de s’ennuyer à mourir. Son ventre va lui tenir compagnie, mais elle va avoir tellement de soucis… Certes, son Vincent a reçu une belle mutation, mais je le trouve très égoïste.

L’installation de Sophie dans l’Oise va me contraindre à faire beaucoup de kilomètres, et en plein hiver… Je me suis donc trouvé un petit hôtel à Compiègne. J’y passe pour un écrivain. Pour trouver un poste d’observation, en revanche, il m’a fallu plus de temps. Mais c’est fait. Je passe par la partie écroulée du mur d’enceinte, à l’arrière de la maison. J’ai trouvé à garer ma moto dans les ruines d’un appentis dont il reste suffisamment de toit. C’est très éloigné de la maison et on ne peut pas voir ma moto depuis la route, où d’ailleurs il ne passe presque personne.

Sauf le froid, tout va donc bien pour moi. Je n’en dirais pas autant de Sophie. À peine installée et les ennuis pleuvent déjà. D’abord, même quand on est active, les journées sont longues dans cette immense maison. Les ouvriers ont bien fait une diversion les premiers jours, mais le gel est revenu de manière inattendue et ils ont cessé de travailler, on ne sait pas quand on va les revoir. Moralité : la cour devant la maison, bousillée par les camions, est maintenant complètement gelée et Sophie se tord les chevilles en permanence dès qu’elle doit sortir. Sans compter que ça fait encore plus triste. Le bois pour la cheminée semblait tout près quand on n’en avait pas besoin, mais maintenant… Et puis, on est seule. De temps en temps, on sort sur le perron avec un bol de thé. On a beau être dans l’enthousiasme, quand on travaille toute seule toute la journée et que le petit mari rentre tous les soirs à pas d’heure…

Pour preuve, ce matin, la porte de la maison s’est ouverte et un chat est sorti. C’est une bonne idée, un chat. Il est resté un moment là, assis sur le seuil à regarder le parc. C’est un chat noir et blanc, un beau chat. Quelques instants plus tard, il est allé faire ses besoins sans trop s’éloigner de la maison. Ce devait être parmi ses premières sorties, Sophie le guettait de la fenêtre de la cuisine. J’ai fait un grand tour pour passer moi aussi à l’arrière de la maison. Nous nous sommes presque retrouvés nez à nez, le chat et moi. J’ai stoppé net. Ce chat n’est pas sauvage. Gentil chat. Je me suis baissé et je l’ai appelé. Il a attendu un moment et il s’est approché, il s’est laissé caresser en faisant le dos rond et en levant le derrière comme ils font tous. Je l’ai pris dans mes bras. Il s’est mis à ronronner. Je sentais en moi une raideur, une fébrilité… Le chat s’est laissé porter en ronronnant. Je suis allé avec lui jusqu’à l’appentis où Vincent entrepose ses outils.

25 mars

Je n’étais pas venu depuis quelques jours, exactement depuis que l’autre soir, Sophie a découvert son gentil chat cloué sur la porte de l’appentis de son mari. Ça lui a fait un coup, il faut se mettre à sa place ! Je suis arrivé vers 9 heures, Sophie partait. Je l’ai juste entrevue qui mettait un sac de voyage dans le coffre de sa voiture. J’ai attendu une demi-heure, par précaution, puis j’ai forcé un volet du bas, à l’arrière, et je suis entré visiter. Sophie n’a pas chômé. Elle a déjà repeint la plus grande partie du rez-de-chaussée, cuisine, salon et une autre pièce dont je ne sais pas à quoi elle servira. Un joli jaune pâle avec des frises d’un jaune plus soutenu, les poutres du salon dans un vert un peu pistache (pour autant que je puisse en juger), toujours est-il que c’est très joli. Un travail de moine. Des dizaines et des dizaines d’heures de travail. Les ouvriers les ont laissés avec une salle de bains brute de décoffrage mais ça fonctionne, l’eau est chaude. La cuisine aussi est en pleine réfection. Les ouvriers ont posé les meubles par terre, je suppose que la plomberie doit d’abord être achevée avant qu’ils les fixent. Je me suis fait du thé et j’ai réfléchi. Je me suis promené dans les pièces, j’ai pris pour moi deux ou trois babioles, le genre de choses dont on ne se rend jamais compte qu’elles ont disparu mais qui surprennent quand on les retrouve accidentellement. Après quoi, ma décision prise, je suis allé chercher les pots de peinture, les rouleaux, j’ai mis bien moins de temps que Sophie pour tout repeindre du sol au plafond, quoique dans un style plus « spontané ». Les meubles de cuisine sont réduits à du petit-bois pour la cheminée, j’ai nettoyé les coulures de peinture avec le linge de table, j’en ai profité pour donner une petite touche de couleur sauvage au mobilier, j’ai cisaillé la tuyauterie de la salle de bains jusqu’à la cuisine et je suis parti en laissant la robinetterie ouverte.

Je n’ai pas besoin de revenir tout de suite.

26 mars

Dès son arrivée, Sophie a fait la connaissance de Laure Dufresne, l’institutrice du village. Elles ont à peu près le même âge, elles ont sympathisé. J’ai profité des horaires de classe pour aller faire un tour chez elle. Je ne veux pas être pris au dépourvu. Rien à signaler. Petite vie tranquille. Petite jeune femme tranquille. Elles se voient pas mal. Laure passe volontiers prendre un café en fin de journée. Sophie est allée lui donner un coup de main pour installer de nouveaux meubles dans sa classe. À la jumelle, je les ai vues s’amuser. J’ai l’impression que cette rencontre est positive pour Sophie. J’ai commencé à tirer des plans sur la comète. La question est de savoir comment je vais me servir de tout ça. Et je crois que j’ai trouvé.

27 mars

Laure a beau tenter de la rassurer, Sophie est démoralisée. Après la mort de son chat, sa maison a été saccagée pendant son absence, ce qui lui a mis un rude coup. Selon elle, il doit s’agir d’une malveillance de voisinage. Laure prétend que c’est impossible : elle a été très bien accueillie, les gens d’ici sont très gentils, assure-t-elle. Sophie a de gros doutes. Et les faits qu’elle aligne plaident en sa faveur. Et puis faire venir les experts, porter plainte, trouver des ouvriers, recommander des meubles, tout ça ne se fait pas en un jour. Il y en a pour des semaines (des mois peut-être, allez savoir). Et tout repeindre, les bras vous en tombent. Avec ça, Vincent, à son nouveau poste, qui termine tard tous les jours en disant que c’est normal, que c’est toujours comme ça au début (de toute manière, celui-là…). Avec cette maison, elle sent que quelque chose a mal commencé. Elle ne veut pas avoir de réflexes trop négatifs (tu as raison Sophie : reste rationnelle). Vincent a fait poser une alarme pour la tranquilliser mais, malgré cela, elle ne se sent pas à l’aise. La lune de miel avec l’Oise n’aura pas duré longtemps. Sa grossesse ? Ça avance. Trois mois et demi. Mais vraiment, Sophie n’a pas bonne mine.

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