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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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Après le repas, comme je le redoutais, Andrée a servi le café sur la table basse, devant le canapé. Quand elle s’est installée près de moi, la truie m’a dit, d’un air langoureux, après un silence qu’elle espérait profond et explicite, que, pour mes « difficultés », elle « comprenait ». Elle a dit ça avec une voix de religieuse. Je parierais qu’elle se félicite de l’aubaine. Elle a évidemment très envie de se faire tringler, parce que ça ne doit pas lui arriver tous les jours, et tomber sur un amant vaguement impuissant doit la rendre enfin utile à quelque chose. J’ai fait l’embarrassé. Un silence s’est installé. Dans ces cas-là, pour faire diversion, elle parle de son travail, comme tous ceux qui n’ont rien à dire. Anecdotes, toujours les mêmes. Mais à un moment, elle a évoqué le département Communication. Mon attention s’est tout de suite mise en alerte. Quelques instants plus tard, j’ai réussi à conduire la conversation vers Sophie, d’abord d’un peu loin, en disant que les grandes ventes devaient donner un travail monstre à tout le monde. Après avoir passé en revue la moitié de l’entreprise, Andrée en est enfin venue à Sophie. Elle brûlait de me raconter le coup des images. Elle pouffait de manière grotesque. La bonne copine…

— Je vais regretter son départ…, a-t-elle dit. De toute manière, elle partait…

J’ai tendu l’oreille. Et c’est alors que j’ai tout appris. Sophie quitte Percy’s, mais pas seulement. Sophie quitte Paris. Ce n’était pas une maison de campagne qu’ils cherchent depuis un mois, c’est une maison à la campagne. Son mari vient d’être nommé directeur d’une nouvelle unité de recherche à Senlis et c’est là qu’ils vont s’installer.

— Mais, qu’est-ce qu’elle va faire ? ai-je demandé à Andrée.

— Comment ça ?

Elle avait l’air très étonnée que je m’intéresse à une chose pareille.

— Tu me dis que c’est quelqu’un de très actif, alors, je me demande… ce qu’elle va faire à la campagne…

Andrée a pris une mine gourmande, comme pour une aimable conspiration, pour me dire que Sophie « attend un bébé ». Ce n’était pas une nouveauté, ça m’a quand même fait quelque chose. Dans l’état où elle est, ça me semble très imprudent.

— Et ils ont trouvé quelque chose ? ai-je demandé.

Selon elle, ils ont trouvé « une belle maison dans l’Oise », pas trop loin de l’autoroute.

Un bébé. Et Sophie quittant sa place et Paris par la même occasion… Avec le coup du dossier de presse, j’espérais bien obtenir que Sophie cesse un temps de travailler, mais la grossesse plus le départ de Paris… Il me fallait réfléchir à cette nouvelle donne. Je me suis levé aussitôt. J’ai balbutié quelques mots. Je devais partir, il était tard.

— Mais tu n’as même pas bu ton café, a déploré la gourde.

Tu parles, son café… Je suis allé reprendre ma veste et je me suis dirigé vers la sortie.

Comment ça s’est passé, je n’en sais plus trop rien. Andrée m’a suivi jusqu’à la porte. Elle s’était fait une tout autre idée de la soirée avec moi. Elle disait que c’était dommage, qu’il n’était tout de même pas si tard, surtout pour un vendredi. J’ai bredouillé que je travaillais le lendemain. Andrée ne me sera plus jamais d’aucune utilité, mais pour ne pas me griller tout à fait, j’ai dit quelques mots que je voulais rassurants. C’est alors qu’elle s’est lancée. Elle m’a serré contre elle, elle m’a embrassé dans le cou. Elle a dû sentir ma résistance. Je ne sais plus ce qu’elle a susurré, elle proposait de « s’occuper de moi », elle saurait se montrer patiente, je n’avais aucune crainte à avoir, enfin, des choses comme ça… Ça n’aurait rien été si, pour m’encourager, elle n’avait pas posé sa main sur mon ventre. Bien bas, la main. Je n’étais déjà plus en état de me dominer. Après cette soirée et les nouvelles que je venais d’apprendre, c’était trop. J’étais presque adossé à la porte, je l’ai repoussée violemment. Elle a été surprise de cette réaction mais elle a voulu poursuivre son avantage. Elle a souri et ce sourire de grosse était si hideux, si concupiscent… le désir sexuel est si libidineux chez les filles moches… je n’ai pas pu m’empêcher. Je l’ai giflée. Très fort. Elle a immédiatement posé sa main sur sa joue. Son regard exprimait l’étonnement le plus total. Je me suis rendu compte de l’énormité de la situation et de son inutilité. De tout ce que j’avais été obligé de faire avec elle. Alors je l’ai giflée une seconde fois, de l’autre côté, et une fois encore, jusqu’à ce qu’elle se mette à crier. Je n’avais plus peur. Je regardais autour de moi, la pièce, la table dressée avec les restes du repas, le canapé avec les tasses de café auxquelles nous n’avions pas touché. Tout cela m’a dégoûté, profondément. Alors je l’ai prise par les épaules et l’ai attirée contre moi, comme pour la rassurer. Elle s’est laissé faire, espérant sans doute qu’une parenthèse simplement douloureuse était en passe de se refermer. Je suis allé jusqu’à la fenêtre, que j’ai ouverte en grand, comme pour respirer, et j’ai attendu. Je savais qu’elle viendrait. Ça n’a pas pris deux minutes. Elle reniflait dans mon dos de façon ridicule. Puis je l’ai entendue s’approcher, son parfum m’a enveloppé une dernière fois. J’ai pris ma respiration, je me suis retourné, je l’ai attrapée par les épaules et quand elle a été là, serrée contre moi, à pleurnicher comme un chiot, je me suis retourné doucement, comme si je voulais l’embrasser et d’un coup très brutal, des deux mains sur ses épaules, je l’ai poussée. J’ai juste vu son regard effaré au moment où elle disparaissait par la fenêtre. Elle n’a même pas crié. Deux ou trois secondes plus tard, j’ai entendu un bruit ignoble. J’ai commencé à pleurer. Je tremblais de la tête au pied pour empêcher l’image de maman de remonter jusqu’à moi. Mais je devais avoir gardé suffisamment de lucidité, parce que quelques secondes plus tard, j’avais pris ma veste et dégringolé l’escalier.

24 février

Évidemment, la chute d’Andrée a été une épreuve pour moi. Non pas tant, ça va de soi, pour la mort de cette gourde, mais pour la manière dont elle est morte. Rétrospectivement, je suis étonné de ne pas avoir ressenti quelque chose après la mort de la mère de Vincent. Sans doute qu’un escalier, ce n’est pas pareil. Cette nuit, ce n’est pas Andrée qui s’envolait, bien sûr, mais maman. Ce n’était toutefois pas aussi pénible que dans tant d’autres rêves de ces dernières années. Comme si quelque chose en moi se pacifiait. Je pense que je dois cela à Sophie. Ça doit se jouer du côté du transfert, ou quelque chose comme ça.

26 février

Ce matin, Sophie s’est rendue à l’enterrement de sa chère collègue. Elle était habillée en noir. En la voyant ainsi sortir de chez elle, tout en noir, je l’ai trouvée jolie, pour une future morte. Deux enterrements en si peu de temps, ça doit secouer. Je ne peux pas me cacher que je suis très secoué moi-même. Andrée, et surtout cette façon de mourir…! Je la trouve blasphématoire. Une insulte à ma mère. Des images très douloureuses de l’enfance me sont revenues, contre lesquelles je me suis battu pied à pied. Peut-être que toutes les femmes qui m’aiment sont destinées à passer par la fenêtre.

J’ai fait le point complet de la situation. Évidemment, ça n’est pas reluisant, mais il n’y a pas non plus de catastrophe. Je dois redoubler de prudence. Si je ne commets pas d’impair, je pense que tout ira bien. Chez Percy’s, personne ne m’a vu. Je ne m’y suis plus montré après ma rencontre avec la truie.

J’ai évidemment laissé un tas d’empreintes chez elle, mais je ne suis pas fiché à la police et sauf accident, il y a peu de chance pour que je me trouve en situation de leur permettre un recoupement quelconque. Il n’empêche : la plus grande prudence s’impose et je ne pourrai plus jamais commettre une telle gaffe sans mettre tout mon projet en péril.

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