L'Homme aux cercles bleus
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #1
- Год: 1996
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878580761
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
— Oui.
— J’ai jugé utile de prévenir aussitôt votre secteur, insista Louviers.
— Je vous remercie. Qui c’est, le monsieur ? demanda Adamsberg.
— Je suppose que c’est un médecin à la retraite. C’est ce que raconte en tout cas la sacoche de soins d’urgence qu’il avait avec lui. Il avait soixante-douze ans. Il s’appelle Gérard Pontieux, il est né dans l’Indre, il mesure un mètre soixante-dix-neuf, bref, rien de plus à dire pour le moment que le contenu de sa carte d’identité.
— On ne pouvait pas empêcher ça, dit Adamsberg en secouant la tête. On ne pouvait pas. Un second meurtre était prévisible mais imparable. Tous les policiers de Paris n’auraient pas suffi à l’empêcher.
— Je sais ce que vous pensez, dit Louviers. L’affaire était entre vos mains depuis le meurtre Châtelain, et le coupable n’a pas été coincé. Il récidive, ce n’est jamais agréable.
C’est vrai, c’était à peu près ça que pensait Adamsberg. Il avait su que ce nouveau meurtre arriverait. Mais pas une seconde il n’avait espéré pouvoir faire quelque chose contre. Il y a des stades de recherche où l’on ne peut rien faire qu’attendre que l’irréparable survienne pour essayer d’en tirer quelque chose de neuf. Adamsberg n’avait pas de remords. Mais il avait de la peine pour ce pauvre vieux type chic et gentil étalé par terre, qui avait fait les frais de son impuissance.
Au petit matin, le corps était emmené en fourgon. Conti était venu effectuer les photos à la lumière du premier jour, relayant son collègue du 14e. Adamsberg, Danglard, Louviers et Margellon se retrouvèrent autour d’une table du Café Ruthène qui venait de lever son volet.
Adamsberg restait silencieux, déconcertant son massif collègue du 14e qui lui trouvait les yeux voilés, la bouche tordue et les cheveux emmêlés.
— Pas la peine d’interroger les cafetiers cette fois, dit Danglard. Le Café des Arts et le Ruthène sont des établissements qui ferment trop tôt, avant dix heures. L’homme aux cercles s’y connaît en endroits déserts. Il avait déjà opéré pas loin d’ici pour le chat crevé, rue Froidevaux, le long du cimetière.
— C’est chez nous, ça, remarqua Louviers. Vous ne nous aviez pas prévenus.
— Il n’y avait pas eu meurtre, ni même incident, répondit Danglard. On s’est déplacés par simple curiosité. D’ailleurs, vous n’êtes pas exact, car c’est un de vos types qui m’a donné l’information.
— Ah, bon, dit Louviers. Content quand même d’être au courant.
— Comme le précédent cadavre, intervint Adamsberg du bout de la table, celui-ci ne dépasse pas de la circonférence du cercle. Impossible donc de démêler si l’homme aux cercles en est responsable ou si l’on s’est servi de lui. Ambiguïté, toujours. Très habile.
— Donc ? demanda Louviers.
— Donc rien. Le médecin légiste situe la mort vers une heure du matin. Un peu tard, je trouve, conclut-il après un nouveau silence.
— C’est-à-dire ? demanda Louviers qui ne se décourageait pas.
— C’est-à-dire après la fermeture des grilles du métro.
Louviers resta perplexe. Puis Danglard lut sur son visage qu’il renonçait à la conversation. Adamsberg demanda l’heure.
— Presque huit heures trente, dit Margellon.
— Allez téléphoner à Castreau. Je lui ai demandé quelques vérifications sommaires vers quatre heures trente. Il doit avoir avancé à présent. Dépêchez-vous avant qu’il aille se coucher. Castreau ne plaisante pas avec son temps de sommeil.
Quand Margellon revint, il dit que les vérifications sommaires n’avaient pas apporté grand-chose.
— Je m’en doute, dit Adamsberg, mais dites quand même.
Margellon lut ses notes.
— Le Dr Pontieux n’a pas de casier. On a déjà affranchi sa sœur, qui habite toujours dans la maison de famille de l’Indre. Il semble qu’elle soit sa seule famille. Elle a quelque chose comme quatre-vingts ans. Enfant d’un couple d’agriculteurs, le Dr Pontieux réalisa une ascension sociale qui absorba, semble-t-il, toute son énergie. La phrase est de Castreau, précisa Margellon. Bref, il est resté célibataire. D’après la gardienne de son immeuble, que Castreau a également appelée, il n’y a guère d’affaires de femmes à relever, ni de quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Ça, c’est Castreau qui le rajoute aussi. Il habitait là depuis au moins trente ans, avec son cabinet au troisième et son appartement au deuxième, et la gardienne l’a toujours connu. Elle dit qu’il était prévenant et bon comme du pain et elle pleure beaucoup. Résultat, aucun nuage, un homme sobre. Tranquillité, monotonie. Ça…
— Ça, c’est Castreau qui le rajoute, coupa Danglard.
— La gardienne sait-elle pourquoi le docteur est sorti hier soir ?
— Il avait été appelé au chevet d’un môme fiévreux. Il n’exerçait plus, mais d’anciens clients aimaient bien lui demander conseil. Elle suppose qu’il avait décidé de rentrer à pied. Il aimait marcher à pied, pour l’hygiène, forcément.
— Pas forcément, dit Adamsberg.
— À part ça ? demanda Danglard.
— À part ça rien, et Margellon rangea ses notes.
— Un inoffensif médecin de quartier, conclut Louviers, aussi neigeux que votre précédente victime. Même scénario on dirait.
— Il y a pourtant une grosse différence, dit Adamsberg. Une énorme différence.
Les trois hommes le regardaient en silence. Adamsberg gribouillait avec une allumette brûlée sur un coin de la nappe en papier.
— Vous ne voyez pas ? demanda Adamsberg en les regardant, sans intention de les défier.
— Faut croire que ça ne saute pas aux yeux, dit Margellon. Quelle énorme différence ?
— Cette fois, c’est un homme qu’on a tué, dit Adamsberg.
Le médecin légiste remit son rapport complet en fin d’après-midi. Il situait l’heure du décès vers une heure trente. Le Dr Gérard Pontieux avait, comme Madeleine Châtelain, été assommé avant d’être égorgé. Le meurtrier s’était acharné en pratiquant dans la gorge au moins six entailles et avait atteint les vertèbres. Adamsberg grimaça. Toute l’enquête de la journée n’avait guère fourni plus de renseignements que ceux qu’ils possédaient au matin. Maintenant, on savait pas mal de trucs sur le vieux docteur, mais rien que de l’ordinaire. Son appartement, son cabinet, ses papiers privés avaient révélé une vie sans porte dérobée. Le docteur se préparait à louer son domicile pour retourner dans l’Indre où il venait d’acheter, dans des conditions également ordinaires, une petite maison. Il laissait une bonne petite somme à sa sœur, pas de quoi tuer un chat.
Danglard revint vers cinq heures. Il avait ratissé tous les environs du meurtre avec trois hommes. Adamsberg vit qu’il avait l’air satisfait mais qu’il avait aussi envie de se verser un verre.
— Il y avait ça dans le caniveau, dit Danglard en lui montrant une pochette plastique. Ce n’était pas loin du corps, à vingt mètres environ. L’assassin n’a même pas pris la peine de dissimuler la chose. Il agit comme s’il était intouchable, certain de son impunité. C’est la première fois que je vois ça.
Adamsberg ouvrit la pochette. Dedans, il y avait deux gants de cuisine en caoutchouc rose, collés de sang. C’était assez répugnant.
— L’assassin voit la vie simplement, non ? dit Danglard. Il égorge avec des gants de cuisine, et puis il s’en débarrasse un peu plus loin en les jetant dans le caniveau, comme si c’était une simple boulette de papier. Mais il n’y aura pas d’empreinte. C’est ça qu’il y a de bien avec les gants en caoutchouc : on peut s’en défaire en les faisant glisser sans les toucher, et c’est des gants qu’on trouve partout. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse avec ça, à part conclure que le meurtrier est follement sûr de lui ? Il va nous en tuer combien comme ça ?