Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
— Mais avec nous deux, qui travaillions ensemble, dit Issib, ça l’a obligé à une concentration sans faille. Et il perd quand même… Ça signifie qu’il s’affaiblit encore.
— Alors voilà ce que je pense, Issib : en attirant sur nous toute son attention, on ne l’aide pas, on lui fait du mal. »
Issib éclata encore de rire. « C’est impossible, voyons ! C’est de Surâme qu’on parle en ce moment, je te signale, pas d’un prof en face d’une classe indisciplinée !
— Mais Surâme a déjà échoué une fois ; sinon, il ne serait pas question de chariots de guerre.
— Qu’est-ce qu’il faut faire, alors ?
— Tout arrêter, dit Nafai. Arrêter une journée, ne plus toucher aux sujets interdits, et voir si les gens recommencent à avoir des visions ou non.
— Tu crois vraiment qu’à nous deux, on a pris tellement du temps de Surâme qu’il ne peut plus envoyer de visions ? Qu’est-ce qui se passe pendant qu’on dort et qu’on mange, alors ? Il y a des temps morts, quand même !
— Peut-être qu’on l’a embrouillé, je ne sais pas. Peut-être qu’il s’affole parce qu’il se demande quoi faire de nous.
— D’accord, dit Issib. Dans ce cas-là, ne nous contentons pas de tout arrêter ; on va donner des conseils à Surâme ! Hein, pourquoi pas ?
— Oui, c’est vrai, pourquoi pas ? répondit Nafai. Ce sont des humains qui l’ont fabriqué, après tout.
— Enfin, on le suppose. C’est possible.
— Alors, on lui dit de cesser de perdre son temps à essayer de nous bloquer et de s’inquiéter parce qu’il n’y arrive pas ; on lui dit que ça ne sert à rien, parce que même si on pouvait penser sans difficulté à tous les sujets interdits du monde, on ne le dirait à personne et on n’essaierait pas de les mettre en pratique. D’accord ?
— D’accord.
— Jure-le, alors, Issib ! Je le jure, moi aussi. Je fais le serment – tu m’écoutes, Surâme ? – que nous ne sommes pas tes ennemis et que tu n’as donc pas à t’inquiéter de nous une seconde de plus. Retourne envoyer des visions aux femmes. Et utilise plutôt ton temps à empêcher de nuire les gens dangereux, les Têtes Mouillées, par exemple, Gaballufix, et Roptat aussi, sans doute. Et si tu n’arrives pas à les arrêter toi-même, dis-nous au moins comment le faire à ta place.
— Mais à qui est-ce que tu parles ? demanda Issib.
— À Surâme, tiens !
— Ça fait vraiment débile !
— Depuis notre naissance, il nous dit ce qu’il faut penser, répondit Nafai. Qu’est-ce qu’il y a de débile à lui faire une suggestion de temps en temps ? Allons, prête serment, Issya.
— D’accord, je promets, je prête le plus solennel des serments. Tu m’écoutes, Surâme ?
— Il écoute, intervint Nafai. Ça au moins, on en est sûrs.
— Bon, dit Issib. Tu crois qu’il va faire comme on lui dit ?
— Je n’en sais rien. Mais je suis sûr d’une chose : on n’apprendra rien de plus en traînant dans cette bibliothèque. Sortons d’ici, et ce soir, allons passer la nuit chez Père.
On aura peut-être l’idée du siècle, ou lui une vision. On verra bien. »
Ce ne fut que dans l’après-midi, alors qu’il quittait la maison de Mère, que Nafai se rappela qu’Elemak courtisait Eiadh. Bien sûr, il n’avait aucun droit d’en vouloir à son aîné : il n’avait rien dit de ses sentiments à personne, après tout ! Et à quatorze ans, il était beaucoup trop jeune pour prétendre au statut de compagnon légal. Il était bien normal qu’Eiadh désire Elemak, et cela expliquait pourquoi elle était si gentille avec Nafai sans pourtant jamais se rapprocher de lui : elle voulait rester dans ses bonnes grâces au cas où il aurait de l’influence sur Elemak. Mais il ne lui viendrait jamais à l’esprit de proposer un contrat à Nafai. Ce n’était qu’un enfant, au bout du compte.
Il se rappela soudain ce qu’Hushidh avait dit à propos d’Issib. « Je n’arriverais pas à lui parler. » Parce qu’il était infirme ? C’était peu vraisemblable. Non, Hushidh était timide parce qu’elle considérait Issib comme un compagnon possible. Même moi, j’en sais assez long sur les femmes pour deviner ça, songea Nafai.
Hushidh a mon âge, mais entre Issib et moi, c’est le plus âgé qu’elle regarde quand il s’agit d’appariement. Vu l’intérêt sexuel que je présente pour une fille de mon âge, je pourrais aussi bien être un arbre ou une brique. Et Eiadh est plus vieille que moi, c’est même une des plus vieilles de la classe, alors que je suis parmi les plus jeunes. Dire que je me suis imaginé…
Il se sentit les joues brûlantes, bien qu’il fût seul à connaître son humiliation.
Marchant à travers Basilica, Nafai s’aperçut qu’en dehors d’une promenade occasionnelle dans la rue de la Pluie, il n’était pas sorti de chez sa mère depuis le début de ses recherches avec Issib. Or, à cause des paroles d’Hushidh peut-être, il s’aperçut que la ville avait changé. Y avait-il moins de monde dans les rues ? Possible ; mais la vraie différence, c’était l’allure des gens : les Basilicains se déplaçaient souvent d’un pas résolu, sans pour autant perdre une miette de ce qui se passait autour d’eux. Même les gens pressés prenaient le temps de s’arrêter un moment, au moins de sourire devant un musicien des rues, un jongleur ou un amuseur qui récitait ses vers de mirliton. Et beaucoup de gens flânaient, prenaient le temps de vivre, conversaient avec leurs amis bien sûr, mais aussi avec des inconnus dans la rue, comme si tous les habitants de Basilica étaient des voisins, des parents même.
Mais ce soir, c’était différent. Comme s’ils craignaient de se faire brûler la peau, les gens évitaient le soleil qui détourait les toits à l’ouest et projetait des plaques obliques d’obscurité en travers des rues. Tous étaient murés en eux-mêmes ; les musiciens ne retenaient pas l’attention, et leur musique elle-même semblait timide, comme s’ils étaient prêts à cesser de chanter au moindre signe de déplaisir. Les rues étaient plus silencieuses que d’habitude, aussi parce que presque personne ne parlait.
Nafai en comprit vite la raison : huit hommes arrivaient au petit trot, pulsants au poing, épées électriques à la ceinture. Des soldats, songea Nafai ; les hommes de Gaballufix. Non : officiellement, ils formaient la milice des Palwashantu ; mais Nafai ne se sentit aucune parenté avec eux.
Ils ne regardaient ni à gauche ni à droite, comme si le but de leur course était bien défini. Mais Nafai et Issib remarquèrent que les rues se vidaient à leur approche. Où passaient donc les gens ? Ils ne réapparurent que plusieurs minutes après le départ des soldats ; sans se cacher vraiment, certains avaient cherché refuge dans des boutiques en prenant un air affairé, d’autres avaient simplement bifurqué dans des voies latérales ; et d’autres enfin, sans quitter la rue, s’étaient figés sur place à l’instar de Nafai et d’Issib, participant l’espace de quelques instants non plus de la vie, mais de l’architecture du lieu.
À l’évidence, la présence des soldats ne rassurait personne. Elle aurait même plutôt inquiété tout le monde.